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Entente avec la FMSQ : de l'argent qui ne va pas au soutien du réseau de la santé, dit l'opposition

Un stéthoscope de médecin
Un stéthoscope de médecin Photo: Radio-Canada / Radio-Canada.ca
Radio-Canada

S'il était porté au pouvoir, le Parti québécois (PQ) gèlerait le salaire des médecins spécialistes et investirait le montant de près de 500 millions de dollars en rattrapage salarial qui leur a été accordé dans le soutien à domicile. Quant à la Coalition avenir Québec (CAQ), elle affirme elle aussi qu'elle n'aurait jamais accordé un tel montant aux médecins spécialistes.

L'opposition réagit ainsi à l'entente survenue la semaine dernière entre le gouvernement et la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et dont les détails ont été dévoilés vendredi matin.

« La priorité, c’est le soutien à domicile. Il faut investir de façon massive. Au PQ, si on avait 500 millions à donner, on ne le donnerait pas aux spécialistes qui ont déjà une enveloppe très bien garnie, on le donnerait au soutien à domicile », a commenté Diane Lamarre, porte-parole du PQ en matière de santé, en entrevue à RDI.

La députée Lamarre affirme que bien que l'entente augmente de façon importante la rémunération des médecins, elle ne donne aucune garantie que les patients seront mieux soignés.

Elle souligne les problèmes d’accès aux soins de santé tout en affirmant que le gouvernement aurait mieux fait d’investir dans l’embauche de plus d’infirmières praticiennes spécialisées, ce qui permettrait, dit-elle, d’améliorer cet accès.

La députée péquiste se moque aussi des économies que le gouvernement prétend réaliser avec l’entente.

Elle en a particulièrement contre la clause remorque (ou clause de parité salariale), qui vient d'être éliminée par le gouvernement Couillard et qui devait accorder aux médecins spécialistes une augmentation de 5,25 %, équivalente à celle obtenue par les travailleurs de la fonction publique. La clause avait été consentie par le gouvernement en 2014.

C’était un non-sens d’ajouter une clause remorque [en 2014], en plus de toutes les augmentations qui avaient été prévues. Le gouvernement se félicite de la retirer, mais c’était indécent.

Diane Lamarre, porte-parole du PQ en matière de santé

« Un exercice de relation publique », dit la CAQ

La CAQ, par la voix de son porte-parole en matière de santé, François Paradis, a elle aussi tourné en ridicule les économies que dit réaliser le gouvernement grâce à cette nouvelle entente avec les médecins spécialistes.

« Le gouvernement se vante d’en donner moins que prévu. J’espère », a-t-il lancé.

Les contribuables vont payer les médecins spécialistes plus que nécessaire et on va faire croire à tout le monde que c’est une bonne affaire. […] Je pense aux aînés qui attendent des soins à domicile, aux infirmières surchargées.

François Paradis

M. Paradis reproche surtout au gouvernement le rattrapage salarial accordé aux médecins spécialistes, « puisque le rattrapage avec le reste du Canada est complété depuis 2015 ».

Selon l’Institut canadien d’information en santé, les médecins spécialistes québécois gagnent, depuis 2015, 36 000 $ de plus que leurs confrères ontariens, a précisé François Paradis. « De plus, on ne tient pas compte du coût de la vie, qui est inférieur au Québec », précise-t-il.

François Paradis souligne que le salaire moyen d’un médecin spécialiste québécois est de 403 000 $ par année.

Un réseau qui tombe en ruine

Quant au député de Québec solidaire Amir Khadir, il affirme qu’avec cette entente, le gouvernement vient d’ajouter « au moins deux couches au scandale de la rémunération des spécialistes ».

M. Khadir déplore le fait que cela a pris 15 ans de pouvoir aux libéraux pour « conclure une entente qui amène enfin les médecins spécialistes à devenir plus accessibles [à la population] ».

Il dénonce également les augmentations accordées aux spécialistes, « un 2,1 milliards de plus dont on a besoin pour engager des préposés aux bénéficiaires, des travailleurs sociaux dans les CLSC, des infirmières dans nos urgences et des technologistes pour faire rouler les salles d’opération et les machines qui ferment à 4 h. »

Et alors que le découragement et la démobilisation du personnel infirmier et du personnel de soutien menacent le réseau de la santé de tomber en ruine, déplore-t-il, le président du Conseil du Trésor se vante de conclure une entente qui sera « un gouffre moins profond » que les ententes précédentes.

Au lieu d’avoir le fémur, le tibia et les orteils cassés, on va vous épargner l’orteil. Réjouissons-nous.

Amir Khadir

De l’argent contre peu de résultats

Il n’y a pas que les politiciens de l’opposition qui remettent en doute les bienfaits de l’entente conclue avec la FMSQ. Les médecins québécois pour le régime public le font également.

« Il n’y a rien dans cette entente-là qui nous explique comment elle va améliorer le soin aux patients », affirme Éric Tremblay, omnipraticien et vice-président de l’association.

M. Tremblay rappelle que près de 2 milliards de dollars ont également été versées aux médecins spécialistes entre 2005 et 2015, « des sommes qui ressemblent à celles dont on parle aujourd’hui », ce qui n’a pas résulté en des améliorations tangibles du système de santé.

Qu’est-ce qu’on a eu comme résultat en échange de ça? Il semblerait qu’on a rien eu, en fait. Les études montrent qu’il n’y a pas eu d’augmentation des actes prodigués par les médecins et des services reçus par les patients.

Éric Tremblay

Selon l'omnipraticien, l'amélioration des soins de santé se fait en investissant dans une équipe et des équipements appropriés, pas uniquement en payant les spécialistes.

« Pour faire une opération, il ne s’agit pas de payer le médecin plus cher. Il faut avoir des prothèses, des salles d’opération, des infirmières, toute une équipe », énumère-t-il.

M. Tremblay estime que l’idée d’augmenter l'accès à l'imagerie par résonnance magnétique à 16 heures par jour, comme vient de promettre le gouvernement, est un pas dans la bonne direction, car les équipements sont « sous-utilisés ».

Il déclare toutefois que beaucoup de médecins considèrent qu’ils reçoivent assez d’argent, dont les 600 membres de son association, dont font notamment partie des médecins spécialistes.

« Je suis pas mal certain que je parle pour beaucoup d’autres médecins », dit-il.

« On veut bâtir un régime de santé public qui est fort. Ça prend une gouvernance qui met l’argent à la bonne place, et ce n’est pas ça qu’on voit », conclut Éric Tremblay.

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