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Près de 75 000 patients refusés par les médecins de famille

Le reportage d'Alexandre Duval
Radio-Canada

Tous les Québécois inscrits au guichet d'accès à un médecin de famille (GAMF) n'ont pas eu la même chance. Depuis avril 2016, plus de 540 000 patients ont été pris en charge par un médecin grâce au GAMF, mais 73 844 dossiers ont été refusés par les omnipraticiens.

Un texte d’Alexandre Duval

Même si les médecins de famille ont parfaitement le droit de refuser de prendre en charge des patients, ce nombre fait bondir le président du Conseil pour la protection des malades.

« Ce qui m'inquiète par-dessus tout, c'est de savoir si parmi ces 75 000 patients, la majorité d'entre eux ne sont pas des patients avec des conditions de santé très lourdes », s’interroge Paul Brunet.

Si c'était le cas, ça sentirait le profilage médical et ça, ce ne serait pas acceptable.

Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades

Il n'est pas possible de vérifier l’état de santé des patients refusés. Toutefois, le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) affirme qu'il n'y a pas de quoi s'alarmer.

« Quand on analyse les chiffres, pour nous, ce n'est pas particulièrement préoccupant », commente le Dr Louis Godin.

Patients injoignables

Selon les données du ministère de la Santé et des Services sociaux, les médecins ont principalement refusé des dossiers parce que le patient était « injoignable ».

Cela représente près de 37 % des refus enregistrés entre le 10 avril 2016 et le 31 décembre 2017.

Or, les médecins n’ont pas l’obligation d’essayer de joindre un patient à plusieurs reprises avant de jeter l'éponge.

Le Dr Godin n'y voit pas de problème. Bien souvent, l'empêchement vient du fait que les coordonnées des patients ne sont pas à jour dans le GAMF.

« En général, dans une clinique, le secrétariat va tenter à quelques reprises de joindre le patient et s'il n'est pas joignable, on ne peut pas faire de miracle », dit-il.

Le Dr Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec.Le Dr Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec Photo : Radio-Canada

Le deuxième motif le plus souvent invoqué (24,8 %) pour refuser un dossier est que la pratique du médecin est « incompatible » avec la condition du patient.

Le président du Conseil pour la protection des malades comprend qu’un omnipraticien ne peut pas « tout savoir ».

Paul Brunet soutient néanmoins qu’il est « difficile de croire qu'un généraliste serait confronté à une incompatibilité de pratique avec un patient ».

Ou bien il est généraliste, ou bien il ne l'est pas.

Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades
Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des maladesPaul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades Photo : Radio-Canada

Le Dr Godin refuse de souscrire à cet argument. « Ce serait d'agir autrement qui ne serait pas correct pour le patient. Ce serait qu'un médecin accepte de prendre en suivi un patient avec lequel il ne se sent pas confortable de le faire. Ça, ce serait une erreur. »

Quatre autres raisons sont mises de l’avant par les médecins pour refuser un patient issu du GAMF : une distance trop grande entre la clinique et le domicile du patient (16,7 %), une incompatibilité personnelle (11 %), un rendez-vous manqué par le patient (8,5 %) ou un patient connu du médecin (2,1 %).

Manque de communication?

Philippe Baguette fait partie des dizaines de milliers de patients dont le dossier a été refusé. Sa famille et lui étaient inscrits au GAMF depuis son lancement. Exaspéré de voir le temps passer sans avoir de nouvelles, il a porté plainte en juillet 2017.

Le dossier de Philippe Baguette, inscrit au GAMF depuis ses débuts, a été refusé par un médecin Le dossier de Philippe Baguette, inscrit au GAMF depuis ses débuts, a été refusé par un médecin Photo : Radio-Canada

Le résident de Québec a alors été informé que son dossier avait été attribué à un médecin de Saint-Augustin-de-Desmaures. Quelques mois plus tard, il a voulu prendre un rendez-vous pour sa conjointe. C’est là qu’il a eu une mauvaise surprise.

« C'est moi qui ai un peu eu l'air fou, parce qu'à la clinique, on m'a dit "Non, non! On n'a aucun dossier à son nom" », raconte-t-il. En communiquant à nouveau avec le commissaire aux plaintes, il a appris que le médecin avait refusé leurs dossiers.

M. Baguette dénonce le manque de communication entourant le GAMF. « Si ce n'est pas moi qui reprenais l'initiative de contacter le commissariat aux plaintes, je n'avais aucune information, on ne me tenait pas au courant. »

On s'inscrit sur un site Internet, mais après, on n'a aucun moyen de suivre le dossier, à part de déposer des plaintes!

Philippe Baguette

Priorité conservée

Le ministère de la Santé et des Services sociaux assure que lorsqu'un patient est refusé, son dossier est simplement renvoyé au guichet d’accès. Il conserve ainsi son ordre de priorité en attendant un autre médecin.

C'est en partie pour cela que le ministre Gaétan Barrette ne croit pas qu'il soit nécessaire d'avertir les patients d'un refus. « Ça alourdirait la pratique du médecin de façon démesurée », estime-t-il.

Selon lui, les 73 844 refus représentent un nombre « significatif, mais il faut le mettre en relation avec le chiffre beaucoup plus grand de patients qui ont eu accès à un médecin de famille grâce à ça. »

Gaétan Barette affirme que tous les patients qui se sont inscrits au GAMF avant décembre 2017 devraient avoir un médecin de famille d'ici Pâques.

Il invite aussi les patients qui sont toujours en attente d'un médecin à mettre leurs coordonnées à jour dans la GAMF pour s'assurer d'être joignables.

Santé