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Robert Lepage s'exprime sur l'après-Weinstein au théâtre

Robert Lepage

Robert Lepage

Photo : Radio-Canada / Olivier Lalande

Agence France-Presse
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Il y a quelques mois, le metteur en scène Robert Lepage n'aurait jamais pensé qu'il se poserait des questions en répétant, avec une actrice nue, sa pièce à propos du marquis de Sade.

« Je lui ai dit : "Écoute, si pendant les répétitions, j'ai fait quelque chose de déplacé, tu me le dis", raconte à l'Agence France-Presse (AFP) l'artiste de 60 ans, qui présente sa pièce Quills au Théâtre de la Colline, à Paris.

Cette réflexion ne lui avait jamais traversé l'esprit avant le débat international sur le harcèlement sexuel, lancé dans la foulée des accusations contre le producteur hollywoodien Harvey Weinstein.

En 2016, Lepage a monté avec Jean-Pierre Cloutier Quills (plumes), une adaptation en français de la pièce de l'Américain Doug Wright, inspirée de la vie du marquis de Sade (1740-1814), et a présenté cette pièce au Québec. Sulfureux écrivain français, le marquis est réputé pour ses écrits érotiques et pornographiques empreints de cruautés, qui ont fait naître le terme « sadisme ».

Deux ans plus tard, au moment de répéter la pièce où il campe l'aristocrate accusé de débauche, le contexte n'est plus le même.

Une comédienne est assise sur les genoux de Robert Lepage qui porte une perruqie aux longs cheveux blancs dans un décor évoquant un boudoir.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Robert Lepage incarne le marquis de Sade dans la pièce «Quills».

Photo : STEPHANE BOURGEOIS

« Une pièce que vous avez montée en 2016, comment ça s'inscrit en 2018? On découvre un débat qui n'était pas, souligne l'artiste multidisciplinaire. On n'a jamais eu de réflexion là-dessus... On est devenus sensibles à ça », confie-t-il.

Dans Quills, Lepage joue une scène de sexe avec une actrice. Les deux comédiens sont complètement nus sur une croix.

« On est très souvent dans les salles de répétition, nus, en train de s'embrasser, donc on est dans des situations très intimes, où les gens sont très vulnérables », affirme Robert Lepage, connu pour un style de mise en scène très visuel.

« On ne sait pas si l'autre est à l'aise ou pas, jusqu'où on peut aller, et si le geste est gratuit, dit-il. Alors, imaginez-vous dans ce contexte. On fait entrer un prédateur », en l'occurrence le marquis de Sade.

Le marquis de Sade a été pendant longtemps voué aux gémonies en raison du caractère pornographique et violent de ses écrits, qui lui vaudront d'être emprisonné ou placé en asile.

« Ma vraie plume se situe entre mes cuisses » ou encore « les vœux de chasteté font une moquerie de l'homme », proclamait l'aristocrate à l'époque, qui disait tirer son bonheur de l'éclatement des conventions.

Quills retrace les derniers jours imaginaires du marquis, alors qu'il était pensionnaire d'un asile d'où il continuait de faire publier ses récits sulfureux malgré les tentatives des autorités de « purifier de la puanteur de l'indécence cet être dépravé, licencieux et libidineux ».

Pour Robert Lepage, la pièce écrite dans les années 1990 est plus actuelle que jamais, avec la dénonciation d'abus sexuels qui fait la une de la presse mondiale.

« Les artistes ont toujours la prétention de faire une chose qui va être actuelle, mais ne soupçonnent pas qu'elle est plus actuelle qu'on ne le voulait, affirme-t-il avec un sourire. Quills prend donc des connotations différentes avec tout ce qui se passe avec le mot-clic #moiaussi », conclut le metteur en scène.

Pierre‑Yves Cardinal, Érika Gagnon, Pierre‑Olivier Grondin, Pierre Lebeau, et Mary‑Lee Picknelldu complètent la distribution de Quills, qui est présentée jusqu'au 18 février en France.

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