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Un SAS vers la réussite scolaire

Le reportage d'Anne-Louise Despatie
Radio-Canada

Une initiative originale de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB) permet d'aider les élèves de 16 à 18 ans qui ont échoué à leurs examens du secondaire, et ce, avant qu'ils ne rejoignent à temps plein le marché du travail : l'école du SAS, le Secondaire adapté à ta situation.

Un texte de Myriam Fimbry

Cassandra Messier a 18 ans et fréquente l’école du SAS depuis le mois d’août. Elle sentait qu’elle avait besoin d’encadrement. « Au lieu d’aller aux adultes remplir un cahier, tu viens ici devant un prof pendant six mois ou un an, explique-t-elle. T’as pas beaucoup de cours et ça va plus vite. »

Au SAS, elle suit uniquement des cours de mathématiques et d’anglais. Cet automne, elle travaillait le français et la science, deux matières qu’elle vient de réussir, lors des examens de janvier. Le diplôme d’études secondaires (DES) est maintenant à portée de main et elle rêve d’aller plus loin : entrer au cégep en sciences humaines, profil société et monde, puis aller à l’université faire du droit pour devenir avocate.

Elle partait de loin, comme tous les élèves qui se retrouvent ici. « Règle générale, ce sont des élèves qui ont eu des parcours difficiles », résume le directeur, Salah Dine Ouici.

Ici, l’avantage, [c'est que] c’est pas gros, c’est comme une petite famille. L’approche des enseignants est différente, beaucoup plus personnalisée.

Salah Dine Ouici, directeur du SAS

L’école du SAS a vu le jour en 2013 dans le quartier Outremont et vient d’ouvrir un nouveau pavillon à Dorval. Cette année, elle accueille 135 élèves à Outremont et 95 à Dorval.

Le directeur de l'école du Secondaire adapté à ta situation, Salah Dine OuiciLe directeur de l'école du Secondaire adapté à ta situation, Salah Dine Ouici Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

La technique de recrutement est bien rodée. Aussitôt après les résultats des examens, Salah Dine Ouici obtient la liste de tous ceux qui n’ont pas obtenu leur diplôme dans les 12 écoles secondaires de la CSMB. Il surveille les inscriptions aux cours d’été et compare les listes.

Puis il appelle avec son équipe tous les élèves qui ne se sont pas inscrits aux cours d’été. Ceux-là sont à haut risque de lâcher l’école. Il va les convaincre un par un de s’inscrire dès maintenant au SAS et leur fixe un rendez-vous avec un conseiller en orientation pour définir leurs objectifs.

« C’est très important de leur parler, dit-il, parce que ces élèves-là vivent un deuil de diplôme secondaire. Ils se disent que ce n’est pas pour eux, qu’ils vont aller travailler, et voir un peu plus tard [s’ils reprennent les études]. Si on ne les appelle pas et on ne les recrute pas à ce moment-là, le risque de les échapper est trop grand. »

S’adapter aux élèves

« L’autorité ne passe pas avec eux », raconte le jeune enseignant de mathématiques Jessie Turgeon, 25 ans. Inutile de les sanctionner pour un retard ou une absence. « Je leur fais comprendre que la conséquence du retard, c’est plutôt d’avoir manqué le début du cours et que ce temps-là, il va falloir que tu le reprennes, sinon au final tu ne passeras pas ton cours. »

L'enseignant de maths Jessie TurgeonL'enseignant de maths Jessie Turgeon Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Il prend le temps de s’assurer que tout le monde a compris en classe, car « c’est pas des jeunes qui vont travailler en arrivant chez eux ». Plusieurs n’ont pas le français comme langue maternelle. « Il ne faut jamais les lâcher, et redire les phrases de manière différente, 10 fois plutôt qu’une, 20 fois qu’une, parce que ça rentre différemment dans la tête de tout le monde. »

M. Turgeon s’assure aussi de leur faire vivre des réussites, de les féliciter dès qu’ils marquent des points.

C’est de leur donner le crédit qu’ils n’ont jamais eu, ça marche beaucoup. Je leur fais passer un petit test pour lequel je sais qu’ils sont prêts, parce que je les ai bien préparés. D’avoir une réussite, ça les amène à en vouloir une autre et une autre.

Jessie Turgeon, enseignant en mathématiques

Salah Dine Ouici se réjouit des résultats du SAS : « 82 % de nos élèves qui avaient fait une demande au cégep ont été acceptés alors que ce sont probablement des élèves qu'on aurait perdus dans la nature. Ça me rend très très fier. Je suis directeur, mais de formation, je suis enseignant. Tout enseignant ne peut qu'être fier de ces résultats-là. J'adore mes élèves et si ça fait le bonheur des élèves, ça fait le mien. »

Selon les derniers chiffres du ministère de l’Éducation, le taux de diplomation et de qualification atteint 80,1 % au Québec, pour la cohorte d’élèves entrés au secondaire en 2009. Ce taux inclut les DES, DEP et certificats de qualification.

À la CSMB, il atteint 85,9 %, alors qu’il était de 85 % l’an dernier – un résultat qui le place au troisième rang des commissions scolaires francophones du Québec, derrière celle des Découvreurs, dans la région de Québec, et celle du Fleuve-et-des-Lacs, dans le Bas-Saint-Laurent.

Selon la présidente de la CSMB, Diane Lamarche-Venne, cette hausse est en partie due à tous les efforts qu’elle déploie pour raccrocher les jeunes, incluant l’école du SAS.

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