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Notes d’examen gonflées : Québec accusé de faire fi de sa propre directive

Des étudiants de niveau secondaire en examen.

Photo : getty images/istockphoto / LuminaStock

Radio-Canada

Selon des informations obtenues par la CAQ, le ministère de l'Éducation a modifié les notes de 5312 élèves qui ont échoué aux examens ministériels de juin dernier afin qu'ils puissent réussir leur cours. Une situation qui est tout à fait conforme aux règles statistiques du gouvernement, selon le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx.

Un texte de Véronique Prince, correspondante parlementaire à Québec

Le nombre de notes bonifiées par le ministère a augmenté par rapport à l'année précédente, alors que le ministre Sébastien Proulx avait envoyé une directive au réseau de l'éducation, l'exhortant à mettre fin à cette pratique.

Chaque année, le ministère de l’Éducation accorde la note de passage de 60 % aux élèves qui obtiennent des résultats de 58 % ou 59 %. Les documents obtenus par la CAQ démontrent que c’est en français, en cinquième année du secondaire, que le plus grand nombre d’ajustements a été effectué par le ministère en 2017.

Plus de 1000 élèves ont pu réussir leur cours de justesse à la suite d’une bonification de leur note. Ils sont presque aussi nombreux à avoir bénéficié de cette mesure en science et technologie. En mathématiques, 835 autres élèves ont pu réussir leur examen grâce à l’intervention du ministère.

Ça met en perspective la position du ministre qui envoie une consigne aux commissions scolaires en leur disant d’arrêter de tripoter les notes, mais lui-même continue de le faire et il le fait plus encore cette année que l’an passé.

Jean-François Roberge, porte-parole de la Coalition avenir Québec (CAQ) en matière d'Éducation

En 2016, sur près de 275 000 élèves inscrits, 4823 ont vu leur note finale bonifiée. Pour l’année 2017, sur les 277 000 élèves inscrits, 5312 élèves, soit 1,9 %, ont eu une note bonifiée.

Pas de conspiration, assure Sébastien Proulx

Sébastien Proulx, ministre de l'Éducation, du Loisir et du SportAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sébastien Proulx, ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport

Photo : Radio-Canada

Interrogé sur les ondes de RDI, le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, a expliqué avoir en effet émis par le passé une directive pour éviter que des écoles ou des commissions scolaires bonifient volontairement les notes des élèves en échec pour afficher de meilleures statistiques.

Il précise cependant que, dans les cas évoqués par la CAQ, ces modifications de notes sont le fait de règles statistiques prévues par le système informatique du ministère de l'Éducation.

Présent dans de nombreux pays, ce traitement statistique permet de tenir compte du fait qu’il puisse y avoir eu une erreur de mesure dans l’ensemble des examens qui couvrent une matière, a-t-il expliqué. En présence d’une erreur de mesure, cet arrondissement de la note permet d’éviter de porter préjudice à un élève en le mettant en échec alors qu’il aurait acquis ce qui est nécessaire pour obtenir la note de passage de 60 %.

Il y a un traitement statistique dans tous les grands systèmes d’éducation lorsqu’il y a des épreuves ministérielles. C’est en bas de 2 % en moyenne. Je suis à 1,9 %... Peut-être que l’an prochain on sera à 1,6 %, ce n’est pas le ministère qui décide, ce sont les résultats des élèves.

Sébastien Proulx, ministre de l'Éducation du Québec

« Si en secondaire 4 vous avez 80 000 élèves qui ont à passer l’examen du ministère, vous aurez compris que ce n’est pas la même personne qui corrige les 80 000 copies. C’est dans ce contexte qu’il y a un traitement statistique qui se fait », explique Sébastien Proulx.

Selon le ministre qui dénonce une utilisation partisane de ces informations par la CAQ, l'impact de ces modifications est minime sur l'ensemble des notes que reçoit un élève dans une matière.

Lorsque vous passez un examen ministériel de français à une année du secondaire précise, ce n’est pas cette note qui va vous faire passer ou pas votre année ni votre cours de français. Ce n’est qu’une partie de la note.

Sébastien Proulx, ministre de l'Éducation du Québec

« Il n’y a pas de problème particulier, il n’y a pas de tentative d’améliorer des résultats. Ce traitement statistique ne donne pas la réussite d’une épreuve. On ne réussit pas son cours de français parce qu’on a eu une majoration de 59 à 60 à l’examen ministériel », précise le ministre Proulx.

La CAQ n'y croit pas

Toutefois, au printemps 2017, un sondage de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) a révélé que la moitié des professeurs qu’elle représente avaient dû augmenter les notes de leurs élèves à la suite d’une demande de leur direction d’école. Le ministre Sébastien Proulx les avait pourtant exhortés à cesser cette pratique.

« C’est le comble de l’incohérence qu’il demande aux commissions scolaires de cesser de gonfler les notes, alors que son propre ministère continue de le faire », souligne Jean-François Roberge.

Ce « traitement statistique » ne devrait pas exister au Québec pour le député de la CAQ.

« La note de passage c’est 60 %, pas 58 % », dit-il. Jean-François Roberge croit que c’est une tactique pour améliorer le bilan des examens du ministère. Il demande au gouvernement d’y mettre fin pour les prochaines épreuves prévues en juin 2018.

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