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Oxfam lâché par l'ambassadrice vedette Minnie Driver et des centaines de donateurs

L'actrice Minnie Driver est entourée de deux Cambodgiennes.

L'actrice britannique Minnie Driver, lors d'un événement organisé au Cambodge par Oxfam, en 2004, pour inciter les grandes entreprises à verser des salaires décents à des travailleurs du textile des pays les plus pauvres du monde.

Photo : Reuters / Chor Sokunthea

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'actrice Minnie Driver ne fera plus de promotion pour Oxfam, en raison des scandales sexuels qui touchent l'organisme caritatif au Royaume-Uni. Des centaines de donateurs abandonnent aussi Oxfam, tandis qu'une ministre britannique réclame des changements.

Dans un message publié mardi sur Twitter, l’actrice anglaise dit n'avoir été « rien de moins qu’horrifiée » par les allégations selon lesquelles des travailleurs humanitaires d’Oxfam ont acheté les services de prostituées en Haïti, au Tchad et au Soudan du Sud.

Je suis anéantie au nom des femmes qui ont été utilisées par des gens envoyés pour les aider, et anéantie par la réponse de l’organisation pour laquelle je fais de la sensibilisation depuis que j’ai 9 ans.

Une citation de : Tweet de Minnie Driver

Oxfam a réagi en disant être « reconnaissante » pour le travail fait ces dernières années par l’actrice, connue notamment pour ses rôles dans le film Good Will Hunting et la série télévisée Speechless. L'organisme assure qu’il reste « plus déterminé que jamais à apprendre de ses erreurs ».

Mme Driver est la première personnalité publique à abandonner son poste d’ambassadrice d’Oxfam depuis que le quotidien The Times of London a révélé la semaine dernière que plusieurs de ses employés dépêchés en Haïti après le séisme de janvier 2010 avaient été visés par des allégations d’inconduite sexuelle.

Les chanteuses Angélique Kidjo, Annie Lennox, le groupe rock britannique Coldplay, l’acteur Gaël Garcia Bernal, l’actrice Helen Mirren et l’archevêque sud-africain Desmond Tutu, prix Nobel de la paix 1984, comptent parmi les ambassadeurs d’Oxfam dans le monde.

Empêtré dans les scandales

Depuis l'éclosion de la polémique, Oxfam se défend d'avoir voulu étouffer l'affaire et tente, tant bien que mal, de gérer la crise.

Lundi, la directrice générale adjointe d'Oxfam, Penny Lawrence, a démissionné. L'organisme a également procédé au licenciement de nombreux employés.

Mercredi, l'ONG a confirmé le renvoi de Damien Berrendorf, un employé en poste en Haïti depuis cinq ans, qui a assuré la direction régionale dans ce pays en 2017. Oxfam assure toutefois que ce congédiement n’a aucun lien avec des comportements sexuels condamnables.

Jeudi, des représentants d'Oxfam devront rendre des comptes au ministère haïtien de la Planification et de la Coopération externe.

Le président d'Haïti, Jovenel Moïse, a dénoncé une « violation extrêmement grave de la dignité humaine ».

Par ailleurs, la directrice de la prévention interne à Oxfam entre 2012 et 2015, Helen Evans, a dénoncé mardi la « culture d'abus sexuels au sein de certains bureaux ». Selon elle, des viols et tentatives de viols ont eu lieu à la délégation du Soudan du Sud et des mineurs bénévoles ont été agressés dans des magasins de l'ONG au Royaume-Uni.

Oxfam est aussi éclaboussée par une tout autre affaire. Mardi, le président d'Oxfam International, Juan Alberto Knight, a été arrêté au Guatemala. L’ancien ministre des Finances du pays fait l'objet d'une enquête pour corruption.

De nouvelles allégations

Le Belge Roland van Hauwermeiren, soupçonné d'avoir commis des inconduites sexuelles alors qu'il dirigeait les opérations d'Oxfam au Tchad puis en Haïti, aurait fait l'objet d'une plainte pour abus sexuel alors qu'il était en poste au Liberia pour l'ONG Merlin en 2004.

Selon le site Internet Irin, spécialisé dans les opérations humanitaires, M. Van Hauwermeiren a démissionné parce qu'il faisait l'objet d'une enquête; il était notamment soupçonné d'avoir organisé des orgies. Il a néanmoins été embauché par la suite dans ce poste de direction au Tchad et en Haïti.

Il a de nouveau démissionné de ses fonctions après qu'Oxfam eut entrepris d'enquêter sur ses agissements en Haïti, où il était soupçonné d'avoir acheté les services de prostituées. Selon l'enquête du Times, M. Van Hauwermeiren a admis avoir agi de la sorte, mais Oxfam lui a offert de démissionner afin qu'il collabore à l'enquête interne. Son dossier n'aurait jamais été remis aux autorités haïtiennes.

M. Van Hauwermeiren a ensuite travaillé comme directeur de l'organisation caritative Action contre la faim au Bangladesh entre août 2012 et août 2014. L'ONG française a fait savoir lundi qu'elle n'avait jamais reçu le moindre avertissement ou plainte à son sujet.

Effet domino

Le scandale d’Oxfam a eu l’effet d’une bombe dans le milieu de l’aide humanitaire.

Mercredi, Médecins sans frontières (MSF) a indiqué qu'au moins 24 cas de harcèlement et d'agression sexuelle ont été rapportés dans ses rangs en 2017.

L'ONG International Rescue Committee, basée à New York, a quant à elle reconnu que trois cas d'abus sexuels avaient été rapportés dans ses bureaux de République démocratique du Congo.

Selon le directeur des études sur le développement à l'École des études orientales et africaines de Londres, Mike Jennings, les situations d'urgence sont propices aux abus.

« Vous avez des personnes extrêmement vulnérables, qui ont tout perdu bien souvent, et d'autres qui ont accès à beaucoup de ressources, ce qui leur donne du pouvoir » , explique-t-il à l'AFP.

Des donateurs perdus, des collaborateurs échaudés

Oxfam Royaume-Uni a par ailleurs confirmé que 1270 de ses donateurs ont cessé de faire des dons mensuels dans les trois jours qui ont suivi les révélations du Times. L’organisme perd normalement 600 donateurs par mois.

L’ONG a cependant tenu à faire savoir qu’elle avait reçu 78 dons uniques pour la seule journée de mardi, un nombre inégalé depuis le 1er janvier. Une porte-parole dit être « reconnaissante » du soutien reçu en ces temps difficiles.

Le géant anglais du commerce de détail Marks and Spencer, la société de carte de crédit Visa et une fondation liée au duc d’Édimbourg – le prince Philip, mari de la reine Élisabeth II – ont également annoncé au cours des dernières heures qu’ils remettaient en question leur collaboration avec Oxfam.

Évoquant « de très graves allégations », Marks and Spencer a indiqué dans un communiqué qu’elle « suit la situation de très près, en cherchant à comprendre quelles étapes suit Oxfam pour y répondre et développer un plan de protection robuste pour l’avenir ».

Visa dit être en discussion avec Oxfam pour comprendre ce qui s’est passé, et déterminer comment elle y répondra. « Nous sommes attachés aux normes de conduite personnelles et professionnelles les plus élevées, et nous nous attendons à la même chose de nos partenaires », a dit un porte-parole.

Le Duke of Edinburgh’s Award (DofE) a pour sa part réagi à d’autres révélations faites plus tôt cette semaine, selon lesquelles les bénévoles qui travaillent dans les boutiques d’Oxfam n’ont pas tous fait l’objet de vérification de sécurité, et que certains d’entre eux ont aussi été visés par des allégations d’inconduite sexuelle. L’organisation fournit des bénévoles à Oxfam pour effectuer ce travail.

« La sécurité des participants est la plus grande priorité de DofE. À la lumière de ces allégations, nous allons revoir, à titre de fournisseur de bénévoles, notre association avec Oxfam », a commenté un porte-parole de l’organisme.

La compagnie de jus de fruits Innocent, qui verse environ 175 000 $ CA par année à Oxfam, étudie également ses options. « Si ces gestes sont vrais, nous allons bien sûr revoir notre financement », a indiqué son fondateur, Richard Reed.

Vous donnez de l’argent pour faire le bien; vous ne donnez pas de l’argent pour ces autres choses.

Une citation de : Richard Reed, fondateur d'Innocent

Londres s’en mêle

La ministre britannique du Développement international, Penny Mordaunt, a pour sa part profité d’une allocution prononcée dans le cadre du colloque Agenda 2030 sur la protection des enfants, tenu à Stockholm, pour réclamer un changement radical dans la façon de travailler des ONG.

Il importe d'éviter d’autres scandales du genre, sans quoi l'aide gouvernementale s'arrêtera, a déclaré la ministre. Elle répète par ailleurs qu’Oxfam doit faire preuve de transparence dans ce dossier, et qu’elle doit informer les autorités compétentes au Royaume-Uni et à l’étranger des informations qu’elle possède.

Au-delà du fait que les enquêtes doivent être effectuées et que tout criminel potentiel doit être poursuivi en conséquence, il est clair que la culture qui a permis que cela se produise doit changer, et elle doit changer maintenant.

Une citation de : Penny Mordaunt, ministre britannique du Développement international

« Nous voulons un changement des procédures [...] que le personnel rende compte de ses actions », a aussi déclaré Mme Mordaunt, selon des extraits de son discours, diffusés par ses services à Londres.

Évoquant « des accusations terrifiantes », la ministre Mordaunt a appelé toutes les organisations caritatives britanniques à :

  • garantir la protection de toutes les personnes qui participent à leurs activités;
  • adopter une culture de la transparence;
  • assurer le traitement de tous les incidents rapportés.

À défaut d'agir de la sorte, a prévenu la ministre, le gouvernement britannique cessera de les financer.

Mme Mordaunt a par ailleurs fait savoir qu’elle rencontrera mercredi des responsables de la National Crime Agency, une agence nationale de lutte contre la criminalité, pour discuter du cas d’Oxfam.

Avec les informations de Agence France-Presse, BBC, The Guardian, Daily Mail, et Times de Londres

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