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La course à obstacles de vos médicaments

Les médicaments doivent passer au travers de multiples étapes avant de se trouver sur les tablettes des pharmacies.

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperriere-Roy

Radio-Canada

Souvent réclamés par des patients souffrants, seulement 10 % des nouveaux médicaments testés sur les humains se retrouvent sur les tablettes des pharmacies au pays. Un long processus doit s'enclencher pour que le traitement soit approuvé par Santé Canada. En voici les principales étapes.

  Un texte de Fanny Samson

« Pour qu’un traitement fasse son entrée en clinique, il doit traverser une course à obstacles », explique Jonathan Jarry, communicateur scientifique associé à l’Organisation pour la science et la société à l’Université McGill.

Prenons l'exemple d'un nouveau traitement contre le cancer. Il sera dans un premier temps testé en laboratoire sur des cellules extraites de la tumeur d'un patient.

« Si on a une molécule que l’on veut tester pour savoir si elle a un effet sur les cellules cancéreuses, on peut faire croître des cellules cancéreuses dans des plats de Petri », dit-il.

Si des effets sont observés, notamment si la progression de la maladie est ralentie, le nouveau médicament sera testé sur des animaux.

Le choix de l'animal est important puisque différents modèles existent, selon la maladie étudiée. « Pour ce qui est du cancer, on va souvent aller vers la souris », indique Jonathan Jarry.

Il va y avoir des modèles d’animaux en particulier qui sont faits pour reproduire du mieux qu’on peut la maladie qui est présente chez l’humain.

Jonathan Jarry, communicateur scientifique

Essais cliniques

Ces étapes doivent être franchies avant que le médicament soit expérimenté sur un petit groupe d’hommes et de femmes.

Une analyse de puissance doit préalablement être effectuée pour savoir combien de personnes sont nécessaires dans le cadre des essais cliniques.

« Il y a des formules mathématiques qu’on peut utiliser pour savoir le nombre de patients qu’on doit recruter pour un essai clinique, étant donné le type d’effet qu’on s’attend à observer, poursuit Jonathan Jarry. Si on veut avoir un effet remarquable de la part de notre médicament, on rentre ça dans l’équation et ça va nous dire le nombre de patients qu’on doit recruter pour chaque section de l’essai clinique. »

Les responsables de ces recherches ajoutent ensuite un certain nombre de personnes puisque certaines abandonnent le processus.

Dans la phase un, le médicament est testé sur des patients souvent très malades. « On doit le tester dans cette phase-là pour savoir à quel point il est toléré chez l’humain. »

En phase deux, l'échantillonnage est plus gros pour ainsi vérifier son efficacité.

Et finalement, on teste contre la thérapie conventionnelle pour voir si le nouveau traitement est supérieur.

Jonathan Jarry, communicateur scientifique

L'approbation de Santé Canada

Lorsque la compagnie pharmaceutique juge qu’elle possède suffisamment d’études pour répondre aux exigences du gouvernement, elle fait une demande d’approbation, indique le pharmacien Olivier Bernard, vulgarisateur scientifique surtout connu sous le pseudonyme Pharmachien.

« Le gouvernement étudie le dossier. Ils vont émettre un avis de conformité ou non, une autorisation de mise en marché », dit-il, précisant que ces compagnies possèdent des brevets.

Toutefois, il souligne que cette course à obstacles permet de faire approuver un traitement pour un problème de santé spécifique. Pour que le médicament soit vendu pour une autre raison, d'autres tests doivent être faits.

Pour que le médicament soit vendu pour une autre raison, d'autres tests doivent être faits.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pour que le médicament soit vendu pour une autre raison, d'autres tests doivent être faits.

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperriere-Roy

Par exemple, le Truvada est homologué par Santé Canada depuis plusieurs années pour traiter les personnes atteintes de VIH, mais ce n’est qu’en 2016 qu’il a été approuvé pour réduire les risques de transmission du virus de façon préventive au quotidien.

Pour ce qui est des injections de vitamine C par intraveineuse, ce traitement est approuvé pour traiter le scorbut. Même si des études préliminaires ont été effectuées pour connaître son efficacité sur les cellules cancéreuses, de nombreux spécialistes considèrent qu’il faudra davantage de données probantes pour approuver ces injections.

Santé Canada indique que « la décision de prescrire ou d’utiliser un médicament revient au patient et à celui qui émet la prescription ». Selon l’agence fédérale, l’utilisation d’un produit pour une autre raison que celle étiquetée est supervisée par les collèges des médecins, dans chaque province.

Des années de tests

Les multiples étapes de création d'un médicament.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les multiples étapes de création d'un médicament.

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperriere-Roy

Le communicateur scientifique Jonathan Jarry souligne que ce long processus est nécessaire. « C’est pour s’assurer que les traitements que la médecine nous offre soient efficaces, sécuritaires, et que s’il y a des effets secondaires, qu’on les connaisse bien, afin de les mitiger », dit-il.

Pour parvenir à cet ultime examen scientifique, l’homme de science soutient que le temps peut varier entre les premières recherches et l’arrivée du nouveau produit en clinique.

« On parle souvent d’une dizaine, si ce n’est pas une vingtaine, parfois même une trentaine d’années », ajoute-t-il.

C’est seulement quelques traitements que l'on réussit à faire valider en bout de chemin.

Jonathan Jarry, communicateur scientifique

Jonathan Jarry rappelle que la plupart des traitements ne traversent pas cette course à obstacles jusqu’à la fin.

Pour ce qui est des étapes précédentes, très peu d'études passent au-delà. « De la science fondamentale au marché, on pourrait estimer le pourcentage de médicaments qui survivent à moins de 1 sur 3000 », souligne le scientifique.

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