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Desjardins Assurances réexamine le dossier de Samuel Archibald

Le reportage de Laurent Therrien
Radio-Canada

Sur la sellette depuis le week-end, Desjardins Assurances générales a affirmé qu'elle était prête à réévaluer le dossier de son client Samuel Archibald, un professeur d'université en congé de maladie à cause d'une dépression. Celui-ci avait rédigé une lettre ouverte dans laquelle il dénonçait l'attitude de l'assureur devant son état.

Un texte de Vanessa Destiné

Dans sa lettre « Je ne fais pas une vraie dépression et je suis un fraudeur », publiée dans La Presse, Samuel Archibald soutenait que son assureur refusait de lui payer des prestations d’invalidité en lien avec sa dépression.

Selon lui, l’assureur justifiait ce refus en citant notamment ses apparitions publiques, une intervention à la radio, ainsi que ses activités professionnelles rapportées sur les réseaux sociaux qui témoigneraient d’une certaine rémission.

M. Archibald dénonçait le manque de sensibilité de l’assureur et alléguait qu'il semblait surtout chercher un « dépressif idéal » qui « passerait cinq mois sous les couvertures à brailler ».

Son cri du coeur est rapidement devenu viral sur les réseaux sociaux, bon nombre d’internautes s’interrogeant sur les motivations de son assureur et racontant leurs propres expériences.

« C’est pas un processus rectiligne, la guérison d’un épuisement professionnel ou d’une dépression. C’est le côté le plus traître : parfois on a de bonnes journées […] puis soudain, c’est souvent des crises de panique qui vont me handicaper », a-t-il relaté en entrevue à Radio-Canada.

Sans commenter la version de M. Archibald, Desjardins a répondu à la controverse, lundi, en affirmant que le dossier fait l’objet d’un processus de révision.

Nous sympathisons avec sa situation et, comme ce dossier n’a jamais fait l’objet d’une réévaluation, nous avons rapidement mis en branle un processus de révision hier. Nous allons maintenir les communications avec M. Archibald de même qu’avec son employeur.

Extrait de la réponse de Desjardins Assurances générales

Encore des préjugés

Un cas comme celui de Samuel Archibald n’a rien de surprenant, avance Doris Provencher, directrice générale de l'Association des groupes d'intervention en défense des droits en santé mentale du Québec.

« Les assureurs, quand tu as un problème de santé mentale, ils veulent avoir ton dossier médical, ils veulent connaître ta vie de A à Z, ils fouillent. C’est comme si tu es coupable en partant », explique-t-elle.

Sophie Mongeon, avocate spécialisée dans les dossiers d’invalidité et de litige avec les assureurs, abonde dans le même sens. Elle souligne que les assureurs utilisent de plus en plus les réseaux sociaux pour assembler des dossiers.

L’avocate recommande d’éviter de diffuser « le peu de bonheur » que l’on peut vivre si l’on se trouve dans un état associé à la dépression, parce qu'il s'agit d'une « arme à double tranchant ». Selon elle, les assureurs sont sensibilisés aux questions touchant à la maladie mentale, mais comme les indemnisations pour invalidité représentent une grande partie de leurs coûts, ils cherchent à les réduire au minimum.

En 2016, les compagnies d’assurance ont versé 6,3 milliards de dollars aux Québécois en prestations de maladie et d'invalidité.

D'après Doris Provencher, au-delà de l’aspect financier, si les assureurs ont encore du mal à gérer les dossiers touchant à la santé mentale, c’est à cause d’un manque d’éducation.

« Parce que je souris, parce que je fais du jogging, c’est que je vais mieux? Mais non, pas nécessairement. Même si j’ai un bras cassé, je peux aller prendre une marche, je peux faire des choses », illustre-t-elle.

L’idée qu’ils ont d’un problème de santé mentale, c’est vraiment quelqu’un qui est roulé en boule. Mais pourquoi, si j’ai un problème de santé mentale, je ne pourrais pas vivre?

Doris Provencher, directrice générale de l'Association des groupes d'intervention en défense des droits en santé mentale

Mme Provencher se réjouit des nombreux efforts qui ont été déployés au cours des dernières années pour éliminer la stigmatisation associée à la maladie mentale.

Mais les campagnes populaires ont beau rallier les gens, les préjugés persistent, rappelle la directrice, en ajoutant qu’ils sont généralisés dans l'ensemble de la population.

La maladie mentale, « c’est toujours un tabou, c’est toujours une crainte. Il y a un bout de fait, on en parle plus. Mais quand ça arrive dans notre cour, c’est toujours un peu plus difficile », souligne-t-elle.

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