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L’ANC réclame officiellement la démission du président Jacob Zuma

Le président  sud-africain, Jacob Zuma, remonte ses lunettes
Jacob Zuma, président d’Afrique du Sud Photo: Reuters / Siphiwe Sibeko
Radio-Canada

Le Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir en Afrique du Sud, a confirmé mardi avoir exigé du président Jacob Zuma qu'il quitte le pouvoir. L'ANC n'a cependant pas assorti son exigence d'une quelconque date butoir. Le président Zuma, qui a déjà refusé à plusieurs reprises de se plier à des demandes similaires, donnera sa réponse mercredi.

Les officiels de l'ANC ont passé lundi plus de 13 heures dans une réunion à huis clos avant de s'entendre sur la marche à suivre.

La direction de l'ANC a déposé une requête officielle réclamant la démission du président – aussi appelée un « rappel » – comme elle peut le faire pour tous ses membres délégués à une fonction gouvernementale. En 2008, elle l'avait fait pour le président Thabo Mbeki, qui avait obtempéré et accepté de démissionner.

Le chef de l'État n'est toutefois pas obligé d'accepter la décision du parti. Dans pareil cas, l’ANC pourrait présenter devant le Parlement une motion de défiance qui, pour être adoptée, doit obtenir la majorité absolue des 400 députés. Elle contraindrait ainsi Jacob Zuma à partir. Selon plusieurs observateurs, le président actuel ne survivrait pas à un tel vote.

Plus tôt lundi, l’ANC avait donné 48 heures à M. Zuma pour qu'il démissionne de ses fonctions de chef de l'État sud-africain, ce qu’il s’est refusé à faire.

Le président sud-africain, Jacob ZumaLe président sud-africain, Jacob Zuma, pendant un discours lors du congrès de son parti visant à choisir un nouveau chef pour le remplacer. Photo : Associated Press / Themba Hadebe

Un président en sursis

Jacob Zuma, 75 ans, est affaibli par une série d'affaires de corruption. Il a déjà perdu ses fonctions à la tête de l'ANC. Il a été remplacé en décembre par son vice-président, Cyril Ramaphosa, qui tente depuis plusieurs semaines d'obtenir le départ anticipé du président.

Malgré les appels répétés à sa démission, Jacob Zuma s’accroche au pouvoir. Il est décidé à terminer son mandat qui doit prendre fin à l'issue des élections générales prévues en 2019.

La résistance du président a entraîné le pays dans une grave crise politique. Le discours présidentiel annuel sur l'état de la nation a été reporté la semaine dernière, une première dans l'histoire de la démocratie sud-africaine.

L'opposition, qui tient depuis longtemps au départ de M. Zuma, exige la dissolution du Parlement et la tenue d'élections anticipées.

Il est important que le Parlement soit dissous et que nous repartions de zéro.

Kenneth Meshoe, chef du Parti démocratique chrétien africain (ACDP)

L'opposition a aussi réclamé que soit avancée une motion de défiance, inscrite à l'ordre du jour du Parlement le 22 février.

Fraude et corruption

Au cours de ses neuf années passées à la tête du pays, M. Zuma a été éclaboussé par différentes affaires de fraude et de blanchiment d’argent.

Le président fait actuellement face à des accusations de corruption liées à une affaire de vente d’armes à la fin des années 1990. Le plus haut tribunal d'Afrique du Sud a aussi statué en 2016 qu'il avait violé la Constitution après avoir détourné des fonds publics pour rénover sa maison.

M. Zuma pourrait également être cité dans le cadre d’une enquête à venir sur le pillage allégué des entreprises d'État par certains de ses proches collaborateurs.

Le président sud-africain a également été inculpé pour viol en 2005, mais il a été blanchi l’année suivante.

Toutes ces affaires ont soulevé l’ire de la population et des partis d’opposition. L’attitude du président, qui s’évertue à clamer son innocence dans tous les dossiers, a aussi contribué à exacerber les tensions.

Le vice-président de l'Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa. Photo : Reuters / Mike Hutchings

Un bras de fer qui s’étire

Le vice-président Cyril Ramaphosa a dit être conscient que l’ANC avait des comptes à rendre à la population sud-africaine et s’est engagé plus d’une fois à trouver une sortie de crise rapide.

Selon différentes sources, le président Zuma exigerait l’immunité ainsi que le remboursement des frais déboursés pour sa défense contre sa démission, mais ces informations ont été démenties tant par le principal intéressé que par les responsables de l’ANC.

Cyril Ramaphosa a promis que « ceux qui sont corrompus et [qui] ont volé l'argent des pauvres seront jugés ».

Devant l’impasse, les partis d’opposition comptent déposer une motion de défiance – la seconde en moins d’un an – au cours des prochaines semaines.

Regarder vers l'avenir

C’est dans ce contexte explosif que Cyril Ramaphosa et les membres du comité doivent décider de l'avenir de la présente administration.

Si Jacob Zuma acceptait de démissionner par lui-même, Cyril Ramaphosa se retrouverait alors à la tête du pays, comme président intérimaire, pour une période de 30 jours, le temps de mettre en place une succession.

Cyril Ramaphosa pourrait toutefois avoir de la difficulté à gérer les troupes de l’ANC, de plus en plus fragmentées par des divergences de points de vue.

Le blocage actuel a déjà commencé à ternir la réputation de M. Ramaphosa, qui était pressenti pour porter les couleurs de l’ANC aux élections de 2019.

« Zuma détient toujours le pouvoir », a rappelé Mmusi Maimane, chef de l’opposition officielle en marge de la rencontre de l’ANC. « Le fait que [Cyril Ramaphosa] veuille toujours négocier une amnistie avec Zuma montre qu'il existe un appétit pour la corruption au sein de l'ANC », a-t-il ajouté.

Avec les informations de BBC, RFI, Associated Press, et Agence France-Presse

Corruption et collusion

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