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  • Exclusif
  • Le Centre de réadaptation en dépendance de Montréal ferme des lits faute d’infirmières

    Au Québec, le réseau de la santé a actuellement besoin de 1968 nouvelles infirmières.

    Photo : getty images/istockphoto / Pablo_K

    Radio-Canada

    EXCLUSIF - Le Centre de réadaptation en dépendance de Montréal (CRDM) est touché par une vague de départs d'infirmières qui a forcé la direction à fermer environ le tiers des lits que compte l'établissement.

    Un texte de Davide Gentile

    L'infirmière Claudine Pringle a quitté le Centre de réadaptation en dépendance avant Noël. « On était 12 infirmières pour garder l'unité ouverte 24 heures sur 24. Sur les 12, il y en a 6 qui sont parties », explique Mme Pringle. La moitié des infirmières de l'unité de sevrage médical ont quitté le centre.

    « Les infirmières étaient en détresse en raison du temps supplémentaire », soutient Josianne Moreau, présidente du Syndicat des professionnelles en soins de santé du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal.

    Parfois forcée de travailler des journées de 16 heures, Claudine Pringle affirme avoir quitté ses fonctions pour préserver sa santé mentale. « Quand j'ai remis ma démission, j'ai pleuré devant mon patron », relate la jeune femme avec émotion.

    La pénurie de personnel est devenue si sérieuse que la direction a décidé, au début de décembre, de fermer 10 lits, environ le tiers des lits que compte l'établissement.

    Dans une lettre du 28 janvier, la direction précise qu'« en raison de la pénurie de personnel qui perdure et afin de cesser les nuits consécutives en temps supplémentaire obligatoire, il devient impératif de diminuer le niveau de service offert en gestion du sevrage ».

    En résumé, l'établissement ne peut plus admettre tous les patients qui ont besoin de supervision médicale la nuit.

    « On a des difficultés à remplacer le personnel. Pour assurer la sécurité des usagers et du personnel, on a pris la décision de fermer ces lits », précise le directeur des programmes de dépendance au CIUSSS du Centre-Sud-de-l‘Île-de-Montréal, Jason Champagne. Il reconnaît qu'avec les heures supplémentaires obligatoires, le personnel est « essoufflé ».

    Une pénurie qui a un impact

    Cette pénurie d'infirmières a un impact sur les autres professionnels du CRDM. « Ça crée de la confusion et du stress », explique Mélanie Cantin, de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé (APTS). Le syndicat regroupe entre autres les éducateurs du CRDM qui seraient également à bout de souffle.

    « Les gens tombent comme des mouches », relate un employé qui a voulu garder l'anonymat. « Du monde qui pleure, je n'en ai jamais ramassé autant », indique Mélanie Cantin.

    La représentante syndicale rappelle que la crise actuelle a éclaté à cause du manque d'infirmières. Toutefois, le recrutement d'éducateurs serait aussi de plus en plus complexe, ajoute-t-elle. « Chez les éducateurs, le problème des listes de rappel est criant. »

    Selon Mélanie Cantin, les problèmes qui touchent le CRDM auront un impact sur l'ensemble du réseau de lutte contre les dépendances.

    L'établissement serait le plus important centre de lutte contre les dépendances du réseau public à Montréal. « C'est le seul centre gratuit. Il y a d'autres ressources, mais il faut payer », dit-elle. Un médecin spécialisé en dépendances, qui a voulu conserver l'anonymat, parle d'un centre « névralgique » pour le centre-ville de Montréal.

    L'administration nie que la situation actuelle ait quelque lien que ce soit avec des contingences budgétaires. « Il n'y a aucune compression », affirme le directeur des programmes de dépendance au CIUSSS du Centre-Sud-de-l‘Île-de-Montréal, Jason Champagne.

    Son équipe travaille à recruter d'autres infirmières pour relancer l'unité de sevrage d'ici quelques semaines. « Si des gens ont le goût de venir dans le grand centre de réadaptation en dépendance au Québec, on va les accueillir! » s'exclame le gestionnaire.

    De son côté, Claudine Pringle semble partie pour de bon. L'infirmière clinicienne est très heureuse du poste qu'elle a trouvé dans le secteur communautaire. Et ce, malgré un salaire qui serait environ 15 % inférieur à celui qu'elle recevait dans le secteur public. Pour elle, les conditions de travail sont plus importantes que le salaire. « Je suis très heureuse. Je ne travaille plus les fins de semaine. Et il n'y a pas de temps supplémentaire obligatoire ».

    Josianne Moreau, du Syndicat des professionnelles en soins de santé du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal, pense qu'il sera difficile de recruter les infirmières au CRDM. « La réadaptation est un domaine spécialisé », explique-t-elle.

    Les chiffres semblent lui donner raison. Uniquement pour l'île de Montréal, environ 150 postes d'infirmières étaient à pourvoir le 9 février.

    Grand Montréal

    Santé