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Rohingyas : un reportage sur un massacre suscite un appel à une enquête internationale

Les victimes d'un massacre dans l'État de Rakhine, au Myanmar.
C'est une enquête sur le massacre de ces 10 hommes, dans l'État de Rakhine, qui a provoqué une crise internationale. Photo: Reuters
Reuters

Une enquête de Reuters sur le meurtre de musulmans rohingyas au Myanmar a poussé Washington à réclamer une enquête crédible sur les massacres dans ce pays, et entraîné des appels en faveur de la libération des deux journalistes arrêtés alors qu'ils travaillaient sur cette affaire.

Cette enquête spéciale, publiée dans la nuit de jeudi à vendredi, détaille les événements ayant mené au meurtre de 10 hommes rohingyas du village d'Inn Din, dans l'État de Rakhine, des hommes qui ont ensuite été enterrés dans une fosse commune après avoir été tués à la machette ou abattus par des voisins et des soldats bouddhistes.

« À l'image de précédentes informations sur des fosses communes, cette enquête souligne la nécessité, pour les autorités birmanes, de coopérer à une enquête indépendante et crédible sur les allégations d'atrocités commises dans le nord de l'État de Rakhine », a déclaré la porte-parole du département d'État américain, Heather Nauert.

« Une telle enquête aiderait à tracer un portrait plus complet de ce qui s'est passé, à clarifier l'identité des victimes, à identifier les gens responsables des violations des droits de la personne, et à faire progresser les efforts en vue de faire prévaloir la justice et l'obligation de rendre des comptes », a-t-elle ajouté.

L'enquête de Reuters s'appuie sur des entretiens avec des bouddhistes ayant admis avoir mis le feu à des demeures de Rohingyas, avoir enterré des corps et tué des musulmans dans le cadre de ce qu'ils décrivent comme une hystérie de violence déclenchée lorsque des insurgés rohingyas ont attaqué des installations des forces de sécurité, en août dernier.

Les témoignages représentent la première instance où des soldats et des policiers paramilitaires sont impliqués, par des membres des forces de sécurité, dans des incendies criminels et des exécutions dans le nord de l'État de Rakhine. Selon les Nations unies, il pourrait s'agir d'un génocide.

Dans le reportage, le Myanmar affirme que son « opération de nettoyage » est une réponse légitime aux attaques des insurgés.

Interrogé sur les preuves découvertes par Reuters à propos du massacre, le porte-parole du gouvernement birman, Zaw Htay, a déclaré jeudi, avant la publication du reportage, que « nous ne nions pas les allégations concernant la violation des droits de la personne. Et nous n'offrons pas de dénégation généralisée ».

S'il existe des « preuves directes, fiables et solides » d'éventuels abus, le gouvernement enquêtera, a-t-il ajouté.

Le gouvernement n'a pas officiellement commenté la publication du reportage de Reuters.

« Un tournant »

Près de 690 000 Rohingyas ont fui leurs villages et ont franchi la frontière avec le Bangladesh depuis le mois d'août.

En entrevue à l'émission Newsnight, de la BBC, la députée travailliste britannique Rosena Allin-Khan a déclaré que le reportage de Reuters correspondait aux témoignages qu'elle avait recueillis lors de son passage comme médecin dans un camp de réfugiés rohingyas au Bangladesh, l'an dernier.

« Nous sommes demeurés les bras croisés pendant un génocide », a-t-elle affirmé. « Ces preuves marquent un tournant, car pour la première fois depuis le début de tout cela, en août, nous avons eu les témoignages des coupables eux-mêmes. »

Selon elle, en plus de mener une enquête internationale, il est nécessaire de transférer le dossier à la Cour pénale internationale.

Le journaliste de Reuters Wa Lone, à la sortie du tribunal.Le journaliste Wa Lone, arrêté pour son travail sur les Rohingyas, risque jusqu'à 14 ans de prison. Photo : Reuters / Jorge Silva

De son côté, l'organisation Human Rights Watch (HRW) affirme que les leaders militaires du Myanmar devraient être tenus responsables, devant un tribunal international, des crimes allégués contre la population rohingya.

« À mesure que d'autres preuves sont mises au jour à propos de la préparation et des intentions, par les forces armées du Myanmar, pour raser des villages rohingyas et tuer leurs occupants, la communauté internationale doit se concentrer sur la façon dont les dirigeants des forces armées doivent être tenus responsables de leurs actes », a déclaré le directeur adjoint pour l'Asie de HRW, Phil Robertson.

Son de cloche similaire au sein du groupe de mobilisation Fortify Rights, qui réclame lui aussi une enquête indépendante.

« La communauté internationale doit cesser son immobilisme et faire le nécessaire pour que les responsables soient confrontés à leurs crimes avant que les preuves ne soient perverties ou perdues, que les souvenirs s'effacent, et que davantage de gens ne souffrent », a lancé le président du groupe, Matthew Smith.

Le rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté d'opinion et d'expression, David Kaye, a écrit sur Twitter que « lors du travail sur cet article, deux journalistes de Reuters ont été arrêtés par la police du Myanmar. Ils demeurent détenus et doivent absolument être libérés ».

Yanghee Lee, l'enquêteur onusien sur les droits de la personne qui s'est vu refuser l'accès aux régions rohingyas, a répété la demande de son confrère et a ajouté, toujours sur Twitter, qu'« une enquête indépendante et crédible est nécessaire pour aller au fond des choses dans l'affaire du massacre d'Inn Din ».

La police a arrêté les deux reporters, Wa Lone et Kyaw Soe Oo, le 12 décembre dernier pour avoir supposément obtenu des documents confidentiels liés à l'État de Rakhine, et les a accusés d'avoir violé la Loi sur les secrets officiels. Les deux journalistes se trouvent en prison alors qu'un tribunal doit déterminer s'ils seront bel et bien accusés en vertu de cette loi remontant à l'époque coloniale.

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