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Katherine Levac, du nouveau

Katherine Levac sur la scène du théâtre Maisonneuve, le 7 février 2018
Katherine Levac bougeait peu lors de la première de Velours, mais avec élégance, note le chroniqueur Franco Nuovo. Photo: Radio-Canada
Franco Nuovo

CHRONIQUE – Franchement, je ne suis pas très friand des humoristes. Non pas que je n'aime pas me fendre la pêche, mais il y en a tellement, tellement qu'on ne sait plus où donner de la tête. Je vous dis ça comme ça, juste au moment où je m'apprête à écrire quelques lignes sur Katherine Levac, qui présente, depuis quelques jours, son « premier spectacle d'humour de toute sa vie ».

Mise au point : n’allez pas croire que je suis allergique aux comiques. J’ai déjà couvert pendant des années, à titre de journaliste, le festival de la rigolade dont il est préférable maintenant de taire le nom. Il y a eu ce temps aussi où Deschamps a monté 100 fois sur la scène de la Place des Arts, et j’ai bien dû le voir presque autant de fois mordre l’injustice, les inégalités, la pauvreté, la violence faite aux femmes, etc. À cette époque, je travaillais pour la maison qui le produisait. Pendant des années, les semaines n’ont compté que six jours, le lundi étant réservé aux Ha! Ha! de Ding et Dong ainsi qu’à tous leurs invités.

Paul et Paul m’ont fait douter de mon bon goût; Rock et Belles Oreilles, de ma capacité à encaisser; Jean-Marc Parent, de mon bon sens. Ma rate s’est dilatée au maximum grâce à Lise Dion, Laurent Paquin m’a servi naïveté et lucidité sur un plateau d’argent, Louis-José Houde m’a donné quelques crampes, et Cathy Gauthier, qu’on n’avait pas vue venir, nous en a mis plein la gueule. Et puis tant d’autres ont suivi. Cela dit, que ceux que je n’ai pas nommés n'en fassent pas une affaire personnelle!

Bon, vous me direz que c’était une autre époque, que tout ça trahit mon âge et que, depuis, des tas de petits humoristes sont sortis des choux, ont grandi et sont allés faire leur classe à l’école de Louise Richer. Du coup, dès 1988 a été fondée l’École nationale de l’humour, dont justement Parent et Massicotte ont été parmi les 12 premiers étudiants. Là, les amis, c’était parti : la révolte des berceaux, la multiplication des pains! Surtout quand, en 1992, le gouvernement a reconnu à l’établissement déjà bien installé deux programmes de formation professionnelle.

Et depuis, on ne cesse de parler de relève. Une grosse relève. Il suffit de tourner la tête pour voir un humoriste sortir de l’ombre. Alors, par moments, je fais comme une petite indigestion.

Ils occupent les planches du club Le Bordel jusqu’au théâtre Maisonneuve. La semaine dernière, par exemple, Bellefeuille, le chevelu qui fait ses vocalises, a fait un malheur à la Place des Arts.

Or, depuis un moment déjà, probablement à cause de Like-moi et de SNL Québec, Katherine Levac a attiré mon attention. Et puis, je l’ai entendue se confier à Catherine Perrin et répondre aux questions avec intelligence. J’ai donc eu envie d’aller voir ce fameux premier show d’humour de sa vie. C’était il y a quelques jours. Ça se bousculait au portillon. C’était plein à craquer. Avant d’entrer, dans la cohue, on sentait déjà l’affection du public pour cette jeune humoriste et sa curiosité de voir comment elle allait se tirer d’affaire.

Quelle agréable surprise! C’est grand, la scène du théâtre Maisonneuve. Grand, profond et surtout sans décor. C’est petit, une jeune humoriste plantée là, au milieu, sur les planches. Elle aurait pu s’y perdre. Eh bien, pas du tout!

La nervosité des premières minutes a cédé la place à un aplomb, à une assurance et à un débit impressionnant. On est loin d’« une ligne, un punch ». Katherine Levac maîtrise cet art difficile de raconter des histoires sans nous ennuyer, en ne nous faisant pas forcément mourir de rire, mais en captant notre attention et en nous faisant sourire du début à la fin. Ce qui n’empêche pas quelques éclats. L’exercice est plus difficile qu’on le croit.

Dans ses textes, ma foi plutôt bien ficelés, elle dresse le portrait d’une génération, la sienne, nous sert une élégante satire des baby-boomers et se permet la critique des sociétés ontarienne et québécoise servie avec finesse par la Franco-Ontarienne assumée qu’elle est.

Elle bouge peu, mais avec élégance.

Il n’y a pas de méchanceté chez Katherine Levac. Pas de facilité non plus. Je sais que certains auraient souhaité voir davantage Paige Beaulieu et Rebecca-Sophie, ces personnages colorés qu’elle a créés. Or, Katherine Levac a su éviter le piège et ne servir qu’une goutte de ce qui n’aurait été que du réchauffé.

Elle a osé. Elle s’est lancée et, du coup, il émane d’elle sur scène une fragilité qui la rend d’autant plus attachante.

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