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  • Exclusif
  • Trop vieux, les militaires canadiens?

    Un soldat canadien effectue un test d'aptitude au combat.
    Un soldat canadien effectue un test d'aptitude au combat. Photo: DND/MDN Canada
    Radio-Canada

    Les militaires canadiens sont parmi les plus âgés en Occident et la situation empire, car l'armée peine à recruter. Des données obtenues par Radio-Canada révèlent l'ampleur du défi de renouvellement auquel font face les Forces canadiennes.

    Un texte de Thomas Gerbet

    Les Canadiens vieillissent et les militaires aussi. Les données du Commandement du personnel militaire des Forces, obtenues et compilées par Radio-Canada, révèlent qu'entre 1988 et 2018, la proportion de militaires canadiens de moins de 30 ans est passée de 53 % à 34 %.

    À l'inverse, le nombre de militaires de plus de 50 ans grimpe en flèche.

    « Ça nous donne une armée d'expérience », relativise le professeur de l'École nationale d'administration publique (ENAP) Stéphane Roussel, mais « le danger, c'est qu'en cas de crise, on ne soit pas capable de mobiliser le bassin [de soldats] nécessaire pour faire face. »

    La situation est particulièrement préoccupante chez les réservistes, ces hommes et ces femmes qui servent à temps partiel et qui sont mobilisables pour des missions à l'étranger ou des opérations sur le territoire canadien.

    Depuis le début de la guerre en Afghanistan, l'âge moyen des membres de la réserve est passé de 31,6 à 35,4 ans.

    Les Forces canadiennes n'ont pas été en mesure de nous fournir une analyse du phénomène. « Nous n'avons pas effectué de recherches spécifiques sur cette question », a répondu Derek Abma, des communications stratégiques militaires.

    Manque de recrutement

    On sait qu'il manque plus de 5000 réservistes à l'armée canadienne. L'objectif de 30 000 du gouvernement Trudeau est loin d'être atteint.

    « Il y a un malaise évident », constate Rémi Landry, lieutenant-colonel à la retraite et professeur associé à l'Université de Sherbrooke.

    Il faudrait s'assurer qu'il y a plus de gens qui entrent que de gens qui quittent, de façon à maintenir les effectifs.

    Rémi Landry, lieutenant-colonel à la retraite et professeur à l'Université de Sherbrooke

    « Ce qui est vraiment préoccupant, c'est la relève, ajoute le professeur Stéphane Roussel. Il faudra probablement gérer un trou dans les effectifs. »

    L'armée régulière

    Des soldats de l'armée canadienneDes soldats de l'armée canadienne Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

    Dans l'armée régulière, le gouvernement Trudeau souhaite atteindre un effectif de 71 500 militaires. Or, les données du mois de janvier font état de 66 738 membres.

    Les militaires canadiens de métier ont en moyenne 35 ans, un chiffre assez stable depuis 2002, mais l'armée canadienne est plus vieille que celle de ses principaux alliés.

    On pourra toujours se consoler en se comparant à l'armée de Belgique, qui fait face à un problème plus criant encore alors même que ses soldats sont mobilisés dans les rues de Bruxelles depuis les attentats, il y a deux ans : 60 % des militaires belges ont plus de 40 ans, contre 28 % au Canada.

    Une armée plus vieille est-elle une armée moins forte?

    « Je n'ai aucun doute sur la qualité et le professionnalisme de nos soldats », répond le lieutenant-colonel à la retraite Rémi Landry.

    « Aujourd'hui, le métier de militaire, c'est un métier de technicien très spécialisé, ajoute Stéphane Roussel. Ce n'est plus un troufion dans la tranchée. Il faut des années de formation, et avoir des gens qui ont beaucoup d'expérience, c'est une bonne chose. »

    Des causes multiples

    Le quasi-plein-emploi dans plusieurs régions du Canada complique les efforts de recrutement des Forces canadiennes. Les experts que nous avons consultés montrent aussi du doigt les compressions dans le budget de l'armée ces dernières années. « C'était à prévoir », dit Rémi Landry.

    D'autres facteurs jouent contre le recrutement, selon le lieutenant-colonel à la retraite :

    • le retrait d'Afghanistan;
    • la médiatisation des problèmes de stress post-traumatique;
    • les cas de violences sexuelles envers des femmes militaires.

    Selon le professeur Stéphane Roussel, « si on avait des missions de maintien de la paix, ça faciliterait la tâche des campagnes de recrutement ». Il rappelle que les booms de recrutement ont généralement lieu après des événements qui donnent une très grande visibilité aux Forces canadiennes. Ce fut le cas après la crise d'Oka ou la crise du verglas.

    Politique fédérale

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