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Un présumé membre de l’EI supplie Ottawa de le rapatrier

Jack Letts pose sur une photo.
Jack Letts, un Canadien d'origine britannique détenu dans une prison kurde de Syrie supplie Ottawa de le rapatrier. Photo: Radio-Canada / Facebook

Le Canadien d'origine britannique Jack Letts, détenu par les forces kurdes qui le considèrent comme un djihadiste du groupe armé État islamique (EI), presse le gouvernement de Justin Trudeau d'obtenir sa libération et de le rapatrier au pays, a appris CBC.

Le gouvernement canadien est en contact avec les proches de Jack Letts et a envoyé des représentants dans le nord de la Syrie pour le rencontrer.

Dans un enregistrement audio obtenu par CBC, l’homme de 22 ans, surnommé « Jihadi Jack » par les médias britanniques, déclare aux agents consulaires canadiens : « S'il vous plaît, faites-moi sortir de cet endroit! »

Lors de cette rencontre qui a eu lieu le 10 janvier dernier, Jack Letts déclare aux représentants d’Ottawa qu’ils peuvent bien le mettre en prison une fois au Canada, mais qu’il désire à tout prix sortir de cette prison kurde où il affirme être en train de devenir fou.

Ça ne me dérange pas, si vous me mettez en prison, mais s’il vous plaît, faites-moi sortir d’ici.

Jack Letts

Les représentants canadiens ne lui offrent cependant aucune garantie quant à une éventuelle libération.

Converti à l'islam très tôt

Converti à l’islam alors qu’il fréquentait l’école primaire de Cherwell, à Oxford, au Royaume-Uni, Jack Letts a quitté son pays pour la Syrie en 2014. Il s’est ensuite marié en Irak, où il a eu un enfant.

Selon CBC, il a été capturé en mai 2017, après avoir fui Raqqa, ex-capitale du défunt califat établi par l'EI en Syrie.

Jack Letts est emprisonné depuis dans la prison kurde de Qamishli, dans le nord de la Syrie, près de la frontière turque.

Des prisonniers assis au sol, yeux bandés.De présumés djihadistes de l'EI arrêtés en Syrie. Photo : Getty Images / JM LOPEZ

Tentative de suicide

Placé en cellule d’isolement par les forces kurdes pendant plus d’un mois, Jack Letts a raconté qu’il était devenu fou et qu’il a essayé de se pendre dans sa cellule par désespoir.

Depuis, il a été autorisé à vivre dans une cellule avec d'autres prisonniers.

Lorsque les représentants consulaires lui demandent pourquoi il ne retourne pas plutôt chez ses parents, au Royaume-Uni, Letts répond sans équivoque: « Je veux venir au Canada. »

Ottawa refuse de commenter le cas

À Ottawa, le ministère des Affaires étrangères refuse de commenter cette affaire pour le moment.

Un porte-parole de la ministre Krystia Freeland s’est contenté de préciser que le ministre était tenu au courant de la situation.

Or, cette réticence d’Ottawa de parler publiquement du cas de Jack Letts, étonne ses parents qui habitent toujours au Royaume-Uni et se sont confiés à CBC..

Les parents de Jack Letts, Sally Lane et John LettsLes parents de Jack Letts, Sally Lane et John Letts Photo : Radio-Canada / BBC

Depuis huit mois, ils font tout ce qu’ils peuvent pour l’aider à sortir de prison et le faire venir au Canada. C’est ce que nous a dit Affaires mondiales Canada avec qui nous avons des contacts réguliers.

John Letts, père de Jack Letts

Sally Lane, la mère de Jack, veut que son fils aille au Canada, plus précisément dans le sud de l'Ontario, où elle et son mari ont de la famille.

Selon l’avocat de la famille Letts à Ottawa, Paul Champ, il ne fait aucun doute, en se fiant aux conversations qu’il a eues avec les fonctionnaires, que le seul obstacle au rapatriement de Jack Letts est le défi logistique que représente sa sortie de Syrie.

Emprisonné en zone de guerre

Le problème, c'est que Jack Letts n’est pas emprisonné par un gouvernement, mais par une milice régulièrement bombardée par l’armée turque et par diverses factions rivales.

Qui plus est, aucune force militaire canadienne n’est déployée dans cette région et le Canada n’a plus de représentation diplomatique en Syrie, ce qui complique l’extradition de Jack Letts, souligne l’avocat.

Les Kurdes ne veulent pas simplement le relâcher et le faire sortir. La question est donc de savoir à qui ils vont le livrer.

Me Paul Champ, avocat de la famille Letts au Canada
Des combattants kurdes montent à l'assaut dans la ville de Raqqa, en Syrie.Des combattants kurdes montent à l'assaut dans la ville de Raqqa, en Syrie. Photo : Reuters / Goran Tomasevic

D'après une déclaration écrite des autorités kurdes publiée à la mi-janvier, Jack Letts fait présentement l'objet d'une enquête par des unités « antiterroristes ». Advenant qu’il soit lavé des soupçons qui pèsent contre lui, il pourra être remis aux autorités canadiennes ou britanniques.

La déclaration invite par ailleurs les représentants britanniques et canadiens à en faire officiellement la demande.

Autrement, il demeurera entre les murs de la prison de Qamishli.

Un combattant djihadiste dans un extrait d'une vidéo datant de 2014.Un combattant djihadiste dans un extrait d'une vidéo datant de 2014. Photo : Reuters/FBI

Londres sourd aux appels de Jack Letts

Contacté jeudi par CBC pour discuter du cas de Jack Letts, le Haut-commissariat britannique à Ottawa a refusé de commenter l'affaire. Il faut dire qu’au Royaume-Uni, l’approche du gouvernement est sensiblement différente de celle du Canada face aux anciens djihadistes de l’EI.

L’automne dernier, le ministre britannique de la Défense, Gavin Williamson, a notamment suggéré que les Britanniques qui se sont battus pour l'EI devraient être pourchassés et tués.

Son commentaire avait suscité une condamnation généralisée de la part des experts juridiques et des députés travaillistes, qui estiment qu'une telle politique équivaudrait à une acceptation des exécutions extrajudiciaires.

Dans une entrevue accordée à l’émission Power & Politics du réseau CBC, le ministre canadien de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a clairement énoncé que son gouvernement « ne participait pas aux escadrons de la mort ».

Dans des rapports publiés l'automne dernier, le ministère britannique des Affaires étrangères a déclaré qu'il avait constamment averti ses citoyens au cours des dernières années de ne pas se rendre en Syrie.

Les Canadiens doivent être jugés selon les lois canadiennes, maintient Ottawa

Au Canada, le ton est différent face aux hommes et aux femmes qui ont quitté le pays pour aller combattre ou travailler aux côtés de l’EI.

Dès son arrivée au pouvoir, en novembre 2015, le gouvernement de Justin Trudeau a annoncé une abrogation de la loi C-24, adoptée par les conservateurs, qui permettait à Ottawa de retirer la citoyenneté canadienne de ceux qui ont une double nationalité et qui sont accusés de terrorisme, d'espionnage ou de haute trahison.

Ouvertement opposés à la vision des conservateurs qui considèrent la citoyenneté canadienne comme un privilège qui peut être retiré, les libéraux estiment pour leur part que tous les Canadiens doivent être égaux devant la loi.

Ainsi, qu'ils soient détenteurs d'une double citoyenneté ou pas, tous les Canadiens qui commettent des crimes doivent être jugés par le truchement du système judiciaire canadien, estiment les libéraux.

Le projet de loi C-6, qui abolit le retrait de citoyenneté, a reçu la sanction royale le 17 juin 2017.

Justin Trudeau s'adresse à la Chambre des communes.Justin Trudeau, premier ministre du Canada Photo : The Canadian Press / Adrian Wyld

En ce qui a trait au rôle qu’a pu jouer Jack Letts pendant son séjour dans les zones contrôlées par l’EI, sa famille assure qu’il n’a jamais collaboré avec les djihadistes et qu’il les suppliait de le sortir de là.

Jack Letts ne fait par ailleurs pas partie du groupe de quatre djihadistes britanniques impliqués dans des exécutions de prisonniers occidentaux filmées par l’EI. Ces quatre hommes surnommés « les Beatles » par la presse britannique sont soit morts, soit en prison.

Avec les informations de BBC, et CBC News

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