•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des travailleurs de « rue » pour sortir les aînés de l’isolement

Le reportage de Cathy Senay
Radio-Canada

L'isolement chez les personnes âgées est devenu un enjeu de santé publique majeur dans plusieurs pays et le Canada ne fait pas exception. Le Collectif aînés isolement social fait partie des projets d'innovation financés par Ottawa pour enrayer ce problème.

Un texte de Cathy Senay

Le regroupement de Québec mise sur les travailleurs de milieu pour trouver des aînés isolés et les aider à sortir de la solitude. Les travailleurs de milieu jouent un rôle qui s’apparente à celui des travailleurs de rue, mais leurs interventions ciblent uniquement les personnes âgées en situation d’isolement.

« L’isolement, c’est un problème important sur lequel il faut agir », explique André Tourigny, codirecteur de l’Institut sur le vieillissement et la participation sociale des aînés, l’organisme affilié à l’Université Laval qui chapeaute le Collectif aînés isolement social.

L'initiative s’inspire notamment des actions du gouvernement britannique, qui a nommé un ministre de la Solitude, et des travaux de l’organisme Age UK.

Depuis deux ans, le travailleur de milieu Yannick Pavard cible différents endroits où il est susceptible de rencontrer des aînés souffrant de solitude ou de croiser des gens pouvant le mener à des personnes âgées qui lui sont encore inaccessibles.

Il fait le tour de cafés, de restaurants à service rapide ou encore de friperies. Yannick Pavard veut se faire connaître et devenir un confident.

Ils sont environ une dizaine de travailleurs de milieu comme lui à Québec.


Yannick Pavard intervient auprès d'aînés au Centre d'action bénévole du ContrefortYannick Pavard, travailleur de milieu Photo : Radio-Canada / Cathy Senay

Des impacts sur la santé

Au Canada, on estime qu'environ 15 % des 65 ans et plus souffrent d'isolement. La solitude peut accroître le risque de mortalité, engendrer des problèmes cardio-vasculaires et faire augmenter les symptômes de la dépression.

Un aîné isolé est également plus susceptible de négliger son alimentation, de délaisser l’activité physique et de vivre des troubles anxieux et de sommeil.

On essaie pendant six mois d’être à une place, on se rend compte que ça ne fonctionne pas, on essaie d’une autre manière, on essaie d’autres horaires. On est toujours en essais et erreurs.

Yannick Pavard, travailleur de milieu

Il lui faudra de multiples visites effectuées au même endroit, pendant plusieurs semaines, pour bâtir des liens de confiance.

« Mon approche, ce n’est pas d’arriver avec mon étiquette d’intervenant, parce qu’il y a des gens qui ne veulent rien savoir », explique-t-il.

Cependant, sa profession demeure encore méconnue du public.

Des fois, j’arrive au McDo, je parle avec des aînés et les gens me disent : "Qu'est-ce que tu fais de tes journées? Tu es toujours ici avec nous!" Les gens pensent que je suis en train de passer ma journée avec eux pour le fun, alors que je suis en train de travailler.

Yannick Pavard, travailleur de milieu
Vidéo de sensibilisation du Collectif aînés isolement social de Québec

Dans une friperie où il se rend souvent, Yannick Pavard a appris à connaître la responsable, Johanne Racine. Ses visites l’ont surtout amené à faire le constat suivant : pour certaines femmes âgées, une visite à la friperie représente leur seule sortie de la semaine.

Le travailleur de milieu en profite pour se présenter et distribuer aux clientes de la friperie un dépliant sur son travail. Selon lui, la grande majorité des aînés ignorent quels sont les ressources disponibles et les services offerts. Son rôle est de servir de guide.

Si je rencontre une personne, elle me parle de ses difficultés et je dois l’accompagner vers un organisme. J’ai besoin de la voir le lendemain. Je vais avoir le temps de fournir cet encadrement.

Yannick Pavard, travailleur de milieu

Yannick Pavard sait fort bien qu’une grande proportion d’aînés isolés lui échappe toujours.

« On espère que le travailleur de milieu soit de plus en plus popularisé, que les gens vont savoir que ça existe et que ça va se faire de bouche à oreille. »

Un aîné à la fois

Carmelle Nadeau, 66 ans, vit seule. Elle est l'une des personnes qui a été rejointe par l'initiative.

« Je suis tout le temps toute seule. Je suis célibataire, je n'ai pas d’enfant. Je suis une vieille fille », résume-t-elle.


Carmelle Nadeau, retraitée de Québec Carmelle Nadeau, retraitée de Québec Photo : Radio-Canada / Cathy Senay

Un manque de confiance en elle l’a longtemps isolée des autres. Anxieuse, elle était incapable de prendre la parole.

À la maison, elle tricote, regarde la télévision et fait des casse-têtes, mais elle est peu portée à cuisiner.

Depuis cet automne, Carmelle Nadeau a fait des pas de géants grâce à une formation sur l'isolement offerte par le Collectif aînés isolement social.

Je vais chercher des moyens pour me sortir de ma solitude, d’être capable de me faire confiance, d’arrêter de douter de moi et essayer de prendre des responsabilités sans tout remettre en question.

Carmelle Nadeau, habitante de Québec

Carmelle Nadeau a changé. Elle affirme maintenant être de plus en plus en mesure de passer par-dessus son anxiété, tout en restant elle-même.

« J’essaie de m’avancer vers les autres », explique celle qui est maintenant responsable d’un club de tricot.

Québec

Santé publique