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Réexamen du contrat de vente d'hélicoptères canadiens aux Philippines

Un aumônier militaire philippin asperge d'eau bénite, en 2015, un des huit appareils alors acquis de Bell Helicopter.
Un aumônier militaire philippin asperge d'eau bénite, en 2015, un des huit appareils alors acquis de Bell Helicopter. Photo: The Associated Press / Bullit Marquez
La Presse canadienne

Le gouvernement canadien ordonne un nouvel examen d'un contrat de vente conclu entre Bell Helicopter et les Philippines après qu'un dirigeant militaire philippin eut affirmé que les 16 appareils concernés pourraient servir à des opérations militaires internes.

Le ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne, en a fait l'annonce peu avant la période des questions, mercredi, alors que des organisations humanitaires et les néo-démocrates commençaient à tirer la sonnette d'alarme.

Lors d'une mêlée de presse dans le foyer de la Chambre, il a affirmé qu'à l'époque où le contrat entre Bell Helicopter et le gouvernement philippin avait été conclu, en 2012, « les faits indiquaient » que les appareils devaient être utilisés à des fins de recherche et de sauvetage.

Mais de récents propos d'un militaire philippin « indiquant autrement » ont fait sourciller le gouvernement, qui a demandé à la Corporation commerciale canadienne (dont le mandat inclut la vente de biens militaires à d'autres pays) de se pencher sur la question, a dit M. Champagne.

Le major-général Restituto Padilla, chef des plans militaires des Philippines, a confié à Reuters que les 16 hélicoptères seraient utilisés pour les « opérations militaires de sécurité interne », en plus des missions pour aider les sinistrés et faire des sauvetages.

Lorsqu'on a vu cette déclaration-là, vous comprenez qu'on a lancé immédiatement une revue avec les autorités compétentes; et sur cette base-là, on va faire une revue des faits et on prendra la bonne décision par la suite.

Le ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne, mardi

L'archipel du Sud-Est asiatique est dirigé depuis 2016 d'une main de fer par un président autoritaire, Rodrigo Duterte, dont le gouvernement mène une croisade sanglante contre les narcotrafiquants.

En entrevue avec l’ancien stratège de Barack Obama, David Axelrod, dans un événement de l’Institut de politique de l’Université de Chicago mercredi soir, le premier ministre Justin Trudeau a dû commenter la situation. M. Axelrod lui a demandé s’il avait des craintes quant à la vente d’équipements militaires à un régime qui pourrait l'utiliser contre ses propres citoyens et que M. Trudeau a lui-même, par ailleurs, souvent critiqué par le passé.

« Absolument. Nous avons des règles très strictes entourant ceux à qui nous vendons et ce que nous pouvons leur vendre, que ce soit des armes ou des véhicules militaires comme les hélicoptères, et sur la nature de leur utilisation, a affirmé Justin Trudeau. Nous allons nous assurer, avant que cette entente ne soit conclue […] qu’elle répond à nos attentes en matière de sécurité, qu’elle n’est pas inscrite dans un intérêt de sécurité intérieure et qu’il y a un bénéfice net pour les travailleurs canadiens. »

Lors de la période de questions en Chambre, les néo-démocrates ont demandé au gouvernement de s'engager à bloquer toute transaction qui enverrait de l'équipement susceptible d'être utilisé par une armée accusée de multiples violations des droits de l'homme.

Ils ont souligné qu'il serait ironique de fournir des hélicoptères au président Duterte, alors que celui-ci s'est lui-même vanté d'avoir largué un homme du haut de l'un de ces appareils en plein vol tout en affirmant qu'il le referait sans hésitation.

L'opposition satisfaite... pour le moment

En réponse aux objections de la deuxième opposition, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a spécifié qu'elle n'avait reçu aucune demande de permis d'exportation pour ce contrat, puisqu'il devait s'agir, au départ, de matériel non militaire.

« Je ferai une analyse extrêmement rigoureuse des droits de la personne [pour] toute demande de permis d'exportation potentielle liée à ce contrat », a-t-elle conclu en réponse à une question de la députée Hélène Laverdière.

À sa sortie des Communes, celle-ci s'est dite « partiellement satisfaite » des explications de la ministre. En revanche, « sur le principe », il lui « semble quand même assez évident » qu'Ottawa ne peut cautionner l'envoi d'appareils de fabrication canadienne au régime Duterte.

« Pour moi, pas d'hélicoptères! Absolument! On ne peut pas avoir de garantie que ce ne sera pas utilisé contre les civils », a martelé Mme Laverdière en mentionnant que la même logique s'applique dans le cas du contrat des véhicules blindés avec l'Arabie saoudite.

Le chef de l'opposition officielle, Andrew Scheer, a lui aussi bien accueilli la décision du gouvernement libéral de commander un nouvel examen de l'entente intervenue entre Bell Helicopter et Manille.

« Il est très important que cette révision soit effectuée, et évidemment, si de l'équipement canadien est utilisé [pour commettre des exactions], cela serait inapproprié », a-t-il mentionné en point de presse après la période des questions.

Les hélicoptères sont construits dans une usine de Mirabel, dans les Laurentides, qui emploie 900 personnes. Le contrat est confidentiel, mais le gouvernement des Philippines aurait mis de côté près de 300 millions pour se munir de nouveaux appareils.

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