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Katherine Levac, la fausse ingénue

Katherine Levac
Katherine Levac Photo: ATTRACTION IMAGES / marianne plaisance

Le grand soir arrive pour Katherine Levac. L'humoriste franco-ontarienne présente officiellement au public, mercredi soir, son premier spectacle en solo, intitulé Velours. Si les ventes de billets illustrent l'engouement que suscite l'artiste de 28 ans, l'intéressée semble garder la tête froide, concentrée avant tout sur ses propres aspirations.

On aurait envie d’écrire qu’avec l’arrivée de Katherine Levac, Mariana Mazza va se sentir moins seule au milieu des humoristes – surtout des hommes – en tournée au Québec. Pour autant, la native de La Nation n’a pas particulièrement envie qu’on lui colle une étiquette militante.

« Je ne me lève pas en me disant : "Bon là, il faut que ce soit vraiment féministe." Non, ça va l’être, parce que [je suis] féministe », a-t-elle précisé à Catherine Pogonat lors de l’émission Rencontres publiques, voilà quelques jours.

Au fil des (nombreuses) entrevues qu'elle accorde ces temps-ci, il se dégage toujours de Katherine Levac le désir de tracer sa route et seulement la sienne. Débarrassée des carcans imposés par la télévision ou les festivals, elle présente un spectacle d’une heure et demie qui lui permet de dire ce qui lui plaît.

Ceux qui s’attendent avant tout à réentendre le français à part de Paidge Beaulieu ou de retrouver la gentille idiote Rebecca-Sophie, personnages joués par Katherine Levac pour SNL Québec et la série Like-moi!, seront déçus.

Mis en scène par Sonia Cordeau, avec Marc Brunet (créateur de Like-moi!) à la sélection de textes, Velours n’est pas un spectacle de sketches : Katherine Levac y parle d’elle. « Je ne puise que dans ma vie », dit-elle à propos de ses textes, coécrits avec David Beaucage.

Le titre Velours fait notamment référence à l’existence paisible de la jeune femme. « J’ai longtemps cherché ma tragédie; je ne l’ai pas trouvée. Ce n’est pas un statement populaire de dire “je l’ai eue facile” », a-t-elle dit à la blague, au printemps dernier, à Tout le monde en parle.

Le public adhère déjà : avant même la première officielle au théâtre Maisonneuve le 7 février, plus de 50 000 billets ont été écoulés. On affiche complet pour de nombreuses dates déjà.

Le travail a payé

Dès lors, la tendance serait d’y voir un succès particulièrement rapide. La révélation de l’année 2015 aux Olivier préfère évoquer la charge de travail que tout cela représente : « Un médecin qui sort de l’école et qui a un emploi, on ne lui dit jamais que ça va trop vite », ajoute-t-elle.

Elle n’oublie pas, par la même occasion, de rappeler qu’elle est la fille d’un père fermier, où la notion de labeur sans compter les heures a une importance capitale.

Ce modèle a dû forger une détermination de fer – derrière le velours qui peut surprendre tant les apparences tendent à faire croire l’inverse.

Je ne suis pas naïve. Ma voix et mon physique, [le fait] que ma pensée et mon propos ne fittent pas avec ça, j’en ai toujours joué. Je le contrôle, je le maîtrise.

Katherine Levac à l'émission Médium large

L’écriture avant tout

Ainsi, les cases dans lesquelles on veut mettre Katherine Levac tombent ne lui. En grandissant en Ontario, elle pourrait avoir été inspirée par l’humour anglo-saxon, suggère Catherine Pogonat. L’artiste aux yeux de qui l’écriture prime sur tout répond en racontant le bouleversement provoqué par la lecture des romans québécois de Matthieu Simard et Stéphane Dompierre, découverts alors qu’elle était à l’université, en train de chercher sa voie.

Les cours n’ont d’abord pas satisfait la passionnée d’impro, sans pour autant s’avérer inutiles. Son apprentissage du jeu classique lui a ainsi appris à prendre son temps sur scène : « On fait un mouvement s’il a lieu d’être. Je bouge très peu, je dois me forcer. »

L’École nationale de l’humour lui a finalement permis de trouver un espace où on valorise autant l’écriture que le rire, tout en la préparant à la scène. La popularité obtenue à la télé ainsi que les passages à Zoofest et à En route pour mon premier gala ont servi de rampes de lancement.

Finalement, son succès a le principal avantage de permettre à l’humoriste de choisir ce qu’elle veut faire. La popularité ne semble pas tant la concerner. Elle dit ne réaliser son importance qu’à la lecture de certains messages, tel celui d’une jeune fille franco-ontarienne qui décide de faire de l’impro dans sa propre langue, « qui n’est pas telle qu’elle devrait être », après avoir vu l’humoriste être capable d’en faire rire.

Katherine Levac a beau dire qu’elle espère être capable de se renouveler, il n’est pas sûr qu’elle aura une longue carrière. Le souhaite-t-elle? Elle ne cache pas ressentir de plus en plus l’envie de fonder une famille. « Ce n’est pas difficile d’être une femme et d'avoir des contrats, mais c’est difficile pour la vie personnelle », souligne-t-elle. Les modèles ne courent pas les rues : Lise Dion a eu ses enfants avant de faire carrière, tandis que Cathy Gauthier a arrêté la sienne pour tomber enceinte.

« Je n’ai pas de message d’espoir à donner, on verra, puis ça m’angoisse », dit-elle encore à Catherine Perrin. Comme souvent, la phrase, prononcée avec sa voix qui part facilement dans les aigus, fait rire son interlocuteur. Le message, lui, se veut on ne peut plus clair et net.

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