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Érosion des berges : les changements climatiques ne sont pas les seuls responsables

La tempête cause des dommages à la promenade de Percé.

En octobre dernier, une forte tempête a causé des dommages importants à la promenade de Percé, en Gaspésie.

Photo : Radio-Canada / Radio Gaspésie Ariane Aubert Bonn

Radio-Canada

Le déploiement de plusieurs moyens sera nécessaire pour contrer l'érosion des berges, mais dans certains cas, il faudra se résigner à s'éloigner de celles-ci  : « un jour ou l'autre, il faudra partir ».

Le Bar des sciences de l'émission Les années lumière de Radio-Canada sur l'érosion des berges et les submersions côtières a rassemblé une centaine de citoyens de Rimouski et de sa région venus entendre trois spécialistes de la question sur le thème « La mer va-t-elle nous engloutir? ».

Sophie-Andrée Blondin de l'émission Les années lumière de Radio-Canada échange avec le maire de Rimouski, Marc Parent, lors d'un Bar des sciences sur l'érosion des berges.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sophie-Andrée Blondin de l'émission Les Années lumières de Radio-Canada échange avec le maire de Rimouski, Marc Parent, lors d'un Bar des sciences sur l'érosion des berges.

Photo : Radio-Canada

Dès le début de la rencontre, une résidente de Sainte-Luce, Jeannine Gagné, a défini les enjeux en rappelant qu'elle avait vu partir à la mer six à huit mètres de son terrain lors des grandes marées de 2010 qui ont frappé l'Est-du-Québec.

C'était quelque chose d'inattendu que l'on n'aurait [pas] pu imaginer [...] On en entendait vaguement parler, mais là, c'était la réalité.

Jeannine Gagné, résidente de Sainte-Luce
Pascal Bernatchez, professeur et titulaire de la Chaire de recherche en géoscience côtière à l'UQAR lors du Bar des sciences sur l'érosion des berges à Rimouski.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pascal Bernatchez, professeur et titulaire de la Chaire de recherche en géoscience côtière à l'UQAR lors du Bar des sciences sur l'érosion des berges à Rimouski.

Photo : Radio-Canada / Picasa

L'un des spécialistes invités au débat, le professeur Pascal Bernatchez, de l'Université du Québec à Rimouski, a même ajouté que selon lui, la brutalité et la soudaineté de ces événements auraient fait des morts si le déferlement du fleuve était survenu en pleine nuit.

Pas uniquement la faute aux changements climatiques

Sans nier le rôle des changements climatiques dans ce phénomène, un autre scientifique invité, le géomorphologue Alain Hénaff, de l'Université de Bretagne occidentale, en France, a mis en garde l'auditoire contre un raisonnement trop facile.

Si on a un coupable tout trouvé, on n'a pas besoin de chercher nos propres erreurs, de questionner nos façons de faire. [...] On peut alors baisser les bras en disant : ''de toute façon, ce sont les changements climatiques''. [...] On se déresponsabilise.

Alain Hénaff, géomorphologue, Université de Bretagne occidentale
Alain Hénaff (à droite), géomorphologue de l'Université de Bretagne occidentale en France lors du Bar des sciences sur l'érosion des berges à Rimouski.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Alain Hénaff (à droite), géomorphologue de l'Université de Bretagne occidentale en France lors du Bar des sciences sur l'érosion des berges à Rimouski.

Photo : Radio-Canada / Picasa

Car pour lui, les choix que nous avons faits par le passé ont favorisé l'érosion. Il cite à cet égard le prélèvement de sable sur les plages, qui diminue la capacité naturelle de ces dernières à absorber l'assaut des vagues. Ou encore ce désir de s'établir tout près des cours d'eau. Ou carrément de gagner du terrain sur les cours d'eau.

Chaque pays devra faire ses choix [quant à l'occupation des berges]. On peut discuter ou imposer. Il n'y a pas une seule solution. Ça tient de la politique.

Alain Hénaff, géomorphologue, Université de Bretagne occidentale

Le choix des moyens

Le professeur Bernatchez de l'UQAR soutient que les mentalités ont beaucoup changé depuis les grandes marées de 2010. Il rappelle qu'à l'époque, le réflexe spontané des citoyens et des élus devant l'ampleur des dégâts était d'ériger une muraille entre le fleuve et la berge.

Il y a 10 ans, la seule solution dont on parlait, c'était des murs, de l'enrochement. Aujourd'hui, on parle de solutions plus douces, plus écologiques.

Pascal Bernatchez, professeur et titulaire de la Chaire de recherche en géoscience côtière, UQAR

Cette approche se développe également en France, selon le Pr Alain Hénaff. Mais au-delà des moyens de protection à mettre en place, il dit que dans certains cas, il faudra se résigner à abandonner les berges et à démolir ce qui y a été construit, ce qu'il appelle une « stratégie de repli ».

Un jour ou l'autre, il faudra partir. Ça finit par entrer dans les têtes, il faudra bouger.

Le Pr Alain Hénaff

S'adapter, mais aussi résister

Luca Sorelli, professeur, Laboratoire de génie civil, matériaux et structures à l'Université Laval lors du Bar des sciences sur l'érosion des berges à Rimouski.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Luca Sorelli, professeur, Laboratoire de génie civil, matériaux et structures à l'Université Laval lors du Bar des sciences sur l'érosion des berges à Rimouski.

Photo : Radio-Canada / Picasa

S'il y avait unanimité des participants pour prioriser des moyens plus naturels comme l'ensablement ou la plantation de foin de mer pour contrer l'érosion, l'ingénieur et professeur de génie civil de l'Université Laval, Luca Sorelli, a plaidé en faveur de moyens plus actifs.

On pourrait développer des systèmes submergés, des brise-vagues, pour réduire l'effet des vagues [sur les berges].

Luca Sorelli, Laboratoire de génie civil, matériaux et structures, Université Laval

Le Pr Sorelli avance qu'un avantage accessoire à la présence de ces structures serait de produire de l'énergie en y intégrant des turbines.

Il n'hésite pas à dire que la construction de murs de protection demeure une option valable, mais en optant pour des matériaux plus performants et plus résistants.

[Une firme produit déjà] un mélange acier-pierre-ciment qui pousse la résistance à un facteur 5 [...] La structure de protection peut avoir des formes complexes inspirées de la nature.

Luca Sorelli, Laboratoire de génie civil, matériaux et structures, Université Laval

Cette idée d'utiliser des moyens de force pour contrer l'érosion a soulevé un certain scepticisme chez des riverains présents dans la salle.

Une partie de l'enrochement sur quatre kilomètres pour protéger la route 132 des assauts du fleuve Saint-Laurent dans le secteur de Marsoui en GaspésieAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une partie de l'enrochement sur quatre kilomètres pour protéger la route 132 des assauts du fleuve Saint-Laurent dans le secteur de Marsoui en Gaspésie

Photo : Radio-Canada

Une dame rappelait la décision « malheureuse » du ministère des Transports d'opter pour un enrochement massif sur une distance de quatre kilomètres, non loin de Marsoui, en Gaspésie, afin de protéger la route 132 des assauts du fleuve.

Cette structure « coupe l'accès visuel au fleuve » a-t-elle dit en plus d'avoir un impact négatif sur l'industrie touristique.

Agir sur plusieurs fronts

Présent parmi la foule, le maire de Rimouski, Marc Parent, a parlé du phénomène de l'érosion comme d'un « combat inégal entre la nature et l'homme. » N'empêche, il a plaidé pour des actions de protection, mais aussi pour un changement de nos habitudes de vie.

Il faut agir en amont pour ralentir le processus de réchauffement planétaire. C'est une réflexion que la collectivité doit engager. Quels outils doit-on se donner pour minimiser les risques?

Marc Parent, maire de Rimouski

Le professeur Pascal Bernatchez de l'UQAR a conclu les échanges en disant que l'élément le plus positif de tout ce défi qui se pose à une bonne partie de l'humanité, c'est qu'il pousse les citoyens et les élus à réfléchir aux meilleures pratiques à mettre de l'avant en zone côtière.

Son collègue de l'Université de Bretagne occidentale, Alain Hénaff, a pour sa part estimé, qu'« on a quand même du temps  devant nous » pour réagir.

Ce Bar des sciences sur le thème « La mer va-t-elle nous engloutir? » sera diffusé dans le cadre de l'émission Les années lumière à la radio de Radio-Canada, le dimanche 11 février à compter de 12 h 10.

L'animatrice Sophie-Andrée Blondin et une partie de l'assistance au Bar des sciences de l'émission Les années lumière à Rimouski.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'animatrice Sophie-Andrée Blondin et une partie de l'assistance au Bar des sciences de l'émission Les Années lumières à Rimouski.

Photo : Radio-Canada

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