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  • Exclusif
  • Les résidences pour aînés prônent l'interdiction de fumer du cannabis

    Une femme fume de la marijuana. Photo: iStock
    Radio-Canada

    EXCLUSIF - Après les municipalités et les propriétaires d'immeubles locatifs, c'est au tour des résidences pour aînés de s'opposer à la consommation du cannabis dans leurs établissements.

    Un texte de Davide Gentile

    « Je pense qu'il faut interdire le cannabis sous forme de cigarette », dit Yves Desjardins du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA).

    « Il y a beaucoup de préoccupations chez nos membres », souligne Me Miriam Morissette, avocate du cabinet Jolicoeur Lacasse qui conseille le RQRA.

    Le regroupement conseille à ses membres d'inclure de nouvelles clauses au moment du renouvellement des baux. « La plupart [d’entre eux] ont jusqu'à la fin mars pour procéder au renouvellement des baux. Ils doivent inclure pour le 1er juillet une interdiction complète du cannabis. »

    Selon Me Morissette, les résidents pourront difficilement contester cette nouvelle règle, même si le cannabis est légalisé en juillet. Elle rappelle que la Régie du logement a rendu des décisions qui indiquent que fumer du cannabis « est un choix personnel qui n'est pas protégé par la Charte ».

    Fumer à l’extérieur

    Le RQRA estime que les résidents qui veulent fumer du cannabis pourront sortir des résidences pour le faire. « Fumer implique des risques et, comme pour la cigarette, les propriétaires veulent un environnement sécuritaire », affirme Yves Desjardins.

    Il estime que les consommateurs pourraient aussi se rabattre sur les dérivés du cannabis. Cependant, ces produits comestibles à base de marijuana seraient interdits au départ par la loi, qui n'autoriserait dans un premier temps que le cannabis séché à des fins récréatives.

    L'avocate Miriam Morissette souligne les risques pour la cohabitation dans les résidences.

    Il y a aussi des risques, par exemple, pour la conduite de triporteurs sous l'effet du cannabis.

    L'avocate Miriam Morissette

    En définitive, le RQRA pense que les fumeurs de cannabis pourront fumer à l'extérieur des immeubles.

    Le cannabis et les CHSLD

    C'est ce que fait chaque jour Sébastien Smith. Même à moins 20 degrés, il quitte en fauteuil roulant son CHSLD de l'Hôpital général de Québec pour aller dans un parc adjacent fumer un joint de cannabis.

    « C'est le même manège depuis 10 ans », raconte l'homme qui souffre de spina-bifida. Il dit que c'est le meilleur moyen pour calmer ses douleurs physiques.

    Sébastien Smith souhaite pouvoir enfin fumer au chaud dans le CHSLD lorsque le cannabis sera légal.

    Des plants de cannabis.Des plants de cannabis Photo : iStock

    Le projet de loi prévoit en effet que les CHSLD peuvent autoriser la consommation de cannabis dans les fumoirs existants.

    Cela suscite des questions à Claude Ménard du Regroupement provincial des comités d'usagers. « Certains CHSLD ont un fumoir. Est-ce qu'on va donner la permission de consommer du cannabis au même endroit? Et on fait quoi avec les CHSLD où il n'y a plus de fumoir? », s’interroge-t-elle.

    La réponse à cette question n'est pas claire. Selon le projet de loi, les CHSLD et les ressources intermédiaires seraient autorisés à construire de nouveaux fumoirs pour le cannabis.

    Un flou demeure

    Comme les CHLSD, les ressources intermédiaires sont souvent dotées de fumoirs. « Est-ce qu'il y aura des heures pour le cannabis et d'autres pour la cigarette? Ça va nous prendre des orientations. En ce moment, on est dans le flou », admet Carl Veilleux de l'Association des ressources intermédiaires d'hébergement du Québec (ARIHQ).

    Pour l'instant, il ne semble pas y avoir beaucoup de demandes de la part des propriétaires et des résidents de ressources intermédiaires. Comme c’est le cas dans les CHSLD, la consommation de cannabis suscite des questions, puisqu'en principe les chambres sont des lieux privés.

    « Ce n’est pas banal quand même. C'est la légalisation d'une drogue qui a des effets avec les médicaments », soutient le porte-parole de l’ARIHQ, Luc Vallerand.

    Du cannabis à usage médicinal dans l'entrepôt du producteur Tweed en Ontario, propriété de Canopy Growth. Du cannabis à usage médicinal dans l'entrepôt du producteur Tweed en Ontario, propriété de Canopy Growth. Photo : Radio-Canada / Louis Blouin

    L’avis du médecin

    Une inquiétude que partage le Dr Robert Perrault de la Direction régionale de santé publique de Montréal. Il précise que les interactions du cannabis avec les médicaments « sont peu connues ».

    Selon lui, les patients « doivent consulter leur médecin avant de consommer du cannabis, même si c'est légal ». Son organisation souhaite qu'on oriente les résidents de CHSLD vers d'autres méthodes de consommation alternatives, car le joint présente des problèmes de santé et de sécurité.

    Le cabinet de la ministre responsable de la Santé publique, Lucie Charlebois, précise que le projet de loi est encore à l'étude. « Dans sa mouture actuelle, il est prévu qu'un fumoir peut être aménagé. Il ne s'agirait donc pas d'une obligation », précise l'attachée de presse Alexandra Régis.

    Plusieurs utilisateurs pourraient cependant se demander si le cannabis est autorisé dans certaines résidences et interdit dans d'autres. « Ce serait carrément injuste », affirme Sébastien Smith, forcé de fumer son joint dehors à moins 20 degrés Celsius.

    Santé publique

    Société