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Grassy Narrows : la province découvre un sol contaminé au mercure en amont de la rivière

Un panneau d'avertissement indique que l'eau de la rivière est contaminée.
Grassy Narrows Photo: Radio-Canada / Jody Porter

Jusqu'à récemment, le ministère de l'Environnement répétait qu'il n'y avait pas de source de contamination en amont du cours d'eau qui traverse deux communautés autochtones du nord-ouest de l'Ontario.

Un texte de Joël Ashak

Or, un rapport commandé par le ministère fait état d’un prélèvement qui contient plus de cinquante fois le taux habituel de mercure trouvé dans le sol.

Dans le document remis au ministère fin décembre et obtenu par CBC News, on peut lire que des échantillons ont été prélevés de 24 emplacements autour de l’usine de pâte à papier Dryden.

L'usine DomtarDomtar a acheté l’usine de Dryden en 2007 et soutient n’avoir jamais utilisé de mercure à cet endroit. Photo : Radio-Canada / Louis-Philippe Leblanc

Deux de ces échantillons affichaient une teneur en mercure plus élevée que la normale.

Le mercure était utilisé dans la papetière quand elle était encore exploitée par la compagnie Reed Paper.

L’usine de pâte à papier aujourd'hui détenue par Domtar ne se sert plus de ce produit chimique, mais entre 1962 et 1970, quelque 10 tonnes de mercure ont été déversées dans la rivière Wabigoon-English.

En plus des résidus de cette époque, certains membres de Grassy Narrows affirmaient qu’il existait toujours une source active de contamination provenant du sol situé sous la papetière ; une thèse longtemps réfutée par la province.

Des barils de mercure enfouis

En juin 2016, rongé par le remords, un ancien employé de la papetière avait affirmé avoir participé à l’enfouissement de 50 bidons remplis d’un mélange de mercure et de sel dans une fosse en amont de la rivière.

C’est à cet endroit que l’échantillon à teneur le plus élevé a été prélevé par l’équipe de scientifiques du ministère de l’Environnement.

L'ancien chef de la Première Nation de Grassy Narrow Bill Fobister sur une table d'examen médical. Le chef de la Première Nation de Grassy Narrows, Bill Fobister, se fait examiner par le Dr Minamata Masanori Hanada, expert en la maladie de Minamata en 2014. Photo : Radio-Canada / Martine Laberge

Dans les communautés autochtones de Grassy Narrows et de Wabaseemoong, on rapporte des symptômes de contamination au mercure chez plus de neuf habitants sur dix, sans compter les poissons infectés qui minent leur plus grande source de revenus et d’alimentation.

Le chef de Grassy Narrows, Simon Fobister, s’est dit « troublé » par la nouvelle, même s’il admet s’en être douté depuis des années.

La contamination a été un désastre pour notre santé et notre économie.

Simon Fobister, chef de Grassy Narrows

« L’aspect positif est que si l’on sait qu’il y a encore du mercure dans le sol, il faut le nettoyer », a-t-il conclu avec pragmatisme.

Les deux communautés demandent au gouvernement provincial de décontaminer la rivière et de construire un centre de soins depuis des années.

Première Nation de Grassy Narrows dans le Nord-Ouest de l'Ontario Les lacs et les rivières du système English-Wabigoon, où s’approvisionne directement la Première Nation, ont des niveaux de mercure en croissance et jusqu’à 20 fois supérieurs à la norme. Photo : Radio-Canada / Martine Laberge

Le gouvernement réagit

Gary Wheeler, directeur des communications du ministère de l'Environnement, tient d'abord à préciser que « l'enquête est menée grâce à un processus transparent qui comprend la participation des Premières Nations » de la région.

« 211 échantillons de sol individuels ont été collectés systématiquement à partir de 24 sites. 92% des emplacements échantillonnés ont rapporté des concentrations totales de mercure égales ou inférieures à la concentration naturelle de base en Ontario (0,27 microgramme de mercure par gramme de sol). Les deux autres sites, échantillonnés dans le coin nord-est, ont signalé des concentrations élevées de mercure », confirme le directeur des communications.

M. Wheeler ajoute que le ministère travaille présentement à trouver des possibles sites d'enfouissement. « Nous avons trouvé certaines zones qui pourraient indiquer une possible présence de matériaux sous terre. Ces zones seront évaluées plus tard. »

En février 2017, le gouvernement libéral avait promis un plan d’action pour nettoyer le cours d’eau.

Dans un communiqué publié lundi, le Nouveau Parti démocratique ontarien a accusé le gouvernement Wynne d’inaction et d’avoir « laissé tomber » Grassy Narrows et la Première Nation de Wabaseemoong.

« Nous aurions pu réagir plus tôt pour réduire les risques environnementaux et prodiguer les soins nécessaires aux victimes. Le gouvernement libéral a forcé les résidents de Grassy Narrows et de Wabaseemoong à souffrir en silence », indique ce communiqué.

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