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Le pape aurait été avisé en 2015 des agissements du clergé chilien

Le pape François assis devant un évêque au Chili

Le pape François lors de son passage au Chili, en janvier 2018.

Photo : Reuters / Luca Zennaro

Associated Press
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le pape François aurait reçu en 2015 la lettre explicite d'une présumée victime qui détaille l'agression sexuelle qu'elle a subie de la part d'un prêtre et qui condamne l'aveuglement volontaire du clergé chilien, ont confié à l'Associated Press l'auteure de la lettre et des membres de la Commission pontificale pour la protection des mineurs.

Le pape a récemment déclaré qu'aucune victime n'avait dénoncé les tentatives de l'Église chilienne d'étouffer ce scandale.

L'existence de cette lettre manuscrite de huit pages remet en question la politique de « tolérance zéro » du souverain pontife envers les agressions sexuelles et les dissimulations. Elle laisse également planer une ombre sur sa présumée empathie envers les victimes d'agressions sexuelles, envenimant encore davantage la pire crise de sa papauté.

Le scandale a éclaté le mois dernier, lors de la visite du pape en Amérique du Sud. François a été vivement critiqué pour avoir défendu avec vigueur l'évêque Juan Barros qui est accusé par de présumées victimes d'avoir balayé sous le tapis des agressions sexuelles qui auraient été commises par le père Fernando Karadima.

Pendant ce voyage, le pape a qualifié de « calomnies » les allégations à l'endroit de l'évêque Barros; il semblait ne pas savoir que plusieurs victimes prétendent qu'il était présent au moment des agressions du père Karadima.

Peu après, à bord de l'avion qui le ramenait au Vatican, le pape a déclaré à l'Associated Press (AP) : « Vous me dites en toute bonne foi qu'il y a des victimes, mais je n'en ai vu aucune, parce qu'elles ne se sont pas manifestées. »

Lettre remise à un adjoint

Quatre membres de la Commission pontificale pour la protection des mineurs assurent au contraire qu'en avril 2015, ils ont remis en mains propres à un adjoint du pape, le cardinal Sean O'Malley, une lettre de la présumée victime, Juan Carlos Cruz, qui décrivait les attouchements et les baisers du père Karadima et le comportement de l'évêque Barros.

« Quand nous lui avons remis la lettre pour le pape, il nous a assuré qu'il la lui donnerait et qu'il transmettrait nos préoccupations au pape, a dit à l'AP une ancienne membre de la Commission, Marie Collins. Plus tard, il nous a assuré que ça avait été fait. »

Mme Collins a montré à l'AP une photo où on la voit remettant la lettre au cardinal.

Juan Carlos Cruz, qui vit maintenant à Philadelphie, aux États-Unis, affirme que le cardinal O'Malley lui a téléphoné pour l'assurer que sa lettre avait été transmise au pape.

Le cardinal O'Malley m'a appelé après la visite du pape, ici à Philadelphie, et il m'a entre autres dit qu'il avait remis la lettre au pape en mains propres.

Une citation de : Juan Carlos Cruz, présumée victime du père Karadima

Ni le Vatican ni le cardinal O'Malley n'ont répondu à de multiples demandes de commentaires.

Le père Karadima était un prêtre charismatique proche du pouvoir. Ses victimes se sont exprimées publiquement en 2010, après avoir dénoncé pendant des années aux autorités religieuses que le père Karadima les embrassait et les caressait quand elles étaient adolescentes. Des allégations à son sujet circulaient depuis 2002.

Plusieurs Chiliens n'ont pas encore pardonné au pape d'avoir ensuite nommé Juan Barros, un proche du père Karadima, comme évêque de la ville d'Osorno, dans le sud du pays. L'évêque Barros nie avoir été au fait des agissements de Fernando Karadima, mais des doutes subsistent. Les victimes du prêtre affirment que Mgr Barros a tout vu, mais qu'il n'a rien fait.

Sa nomination a profondément divisé le diocèse d'Osorno et miné encore plus la crédibilité de l'Église au Chili.

Le Vatican a condamné le père Karadima à une vie de prière et de pénitence en 2011. Une juge chilienne a aussi estimé que ses victimes étaient crédibles, mais qu'il était impossible de déposer des accusations en raison du temps qui s'était écoulé.

Le Vatican a annoncé la semaine dernière l'envoi au Chili par le pape de son principal enquêteur en matière de crimes sexuels, pour tenter de déterminer si l'évêque Barros a étouffé ou non les agissements du père Karadima.

Termes explicites

Dans sa lettre, M. Cruz supplie le pape de l'écouter et de respecter son engagement de « tolérance zéro ».

Saint-Père, je vous écris cette lettre parce que j'en ai assez de me battre, de pleurer et de souffrir. Notre histoire est bien connue et il n'est pas nécessaire de la répéter, sauf pour vous témoigner de l'horreur d'avoir subi ces agressions et vous dire que j'ai voulu m'enlever la vie.

Une citation de : Extrait de la lettre de Juan Carlos Cruz, présumée victime du père Karadima

« Saint-Père, la douleur et l'angoisse que nous ont causés ces agressions sexuelles et psychologiques sont suffisamment graves, mais les mauvais traitements qui nous été infligés par nos pasteurs sont presque pires », a-t-il écrit.

M. Cruz décrit en termes explicites la nature homoérotique du cercle de jeunes garçons et des prêtres qui entourait le père Karadima. Juan Barros est notamment issu de la communauté El Bosque que dirigeait le père Karadima à Providencia, un quartier huppé de Santiago.

Il affirme avoir vu Fernando Karadima embrasser l'évêque Barros et lui caresser les parties génitales. Il fait état de gestes similaires envers des adolescents et de jeunes prêtres. Il raconte que les jeunes religieux et les séminaristes se querellaient pour s'asseoir près du père Karadima à table et profiter de son affection.

« Le plus difficile était quand nous étions dans la chambre de Karadima et que Juan Barros, s'il n'embrassait pas Karadima, regardait pendant que Karadima nous touchait, les mineurs, et qu'il nous forçait à l'embrasser, en disant : "Mets ta bouche près de la mienne et sors ta langue" », selon la lettre consultée par l'AP.

« Il sortait ensuite la sienne et il nous embrassait avec sa langue, raconte M. Cruz au pape. Juan Barros a été témoin de tout ça un nombre incalculable de fois, pas seulement avec moi, mais aussi avec d'autres. Juan Barros a enterré tout ce que je vous ai dit », poursuit la présumée victime.

Juan Barros a fréquemment affirmé ne rien avoir à se reprocher. Dans une récente déclaration à l'AP, il a ajouté n'avoir « jamais approuvé ni participé à de tels actes graves ». « Je n'ai jamais été reconnu coupable par aucun tribunal de telles choses », a-t-il dit.

Un des principaux conseillers du pape, le cardinal chilien Francisco Errazuriz, est l'archevêque à la retraite de la ville de Santiago. Il a témoigné qu'il ne croyait pas les victimes du père Karadima et qu'il avait classé l'affaire, jusqu'à ce qu'il soit obligé de la relancer quand les victimes sont sorties sur la place publique.

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