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La Ville de Longueuil abandonne un questionnaire d’embauche controversé

L'hôtel de ville de Longueuil
L'hôtel de ville de Longueuil Photo: Radio-Canada / Martin Thibault
Radio-Canada

Radio-Canada a appris que la Ville de Longueuil ne demande plus aux nouvelles employées de bureau si elles croient être enceintes ou si elles ont leurs menstruations dans son questionnaire médical d'embauche.

Un texte de Benoît Chapdelaine

La Ville indique avoir abandonné ce formulaire de la firme Medisys, spécialisée en services médicaux, après avoir pris connaissance de la controverse à l'Université Laval. Elle utilise maintenant son propre questionnaire.

Le questionnaire médical, qui était utilisé depuis plusieurs années, ne demandait pas aux nouveaux employés s'ils souffraient du sida ou s'ils avaient déjà consulté un psychologue, contrairement à celui qu'a abandonné récemment l'Université Laval, affirme la Ville de Longueuil. On y demandait cependant aux femmes d'indiquer si elles étaient enceintes ou dans leur période menstruelle.

« Ce n'était pas vraiment des questions pour les besoins de la Ville en tant que tels, admet le porte-parole de la Ville, Louis-Pascal Cyr. C'est un questionnaire qui est développé pour un médecin afin qu'il puisse évaluer l'état de santé complet. C'est pour ça d'ailleurs qu'on l'a laissé tomber, parce que, pour nous, ce n'est pas vraiment des questions pour lesquelles on cherche à obtenir des réponses. »

Le formulaire n'était utilisé que pour l'embauche des cols blancs. « Pour les autres catégories d'employés, on fait affaire avec un fournisseur externe où on envoie les candidats rencontrer un médecin, précise M.Cyr. Il faut savoir que, dans tous les cas, on n'est informés que lorsqu'il y a une incompatibilité entre l'état de la santé de la personne et le travail pour lequel elle postule. »

M. Cyr souligne que la Ville n’a jamais reçu de plainte formelle à propos de ce questionnaire.

Des questions jugées discriminatoires

L'Ordre des conseillers en ressources humaines du Québec déplore que des employeurs posent encore des questions discriminatoires dans leur questionnaire médical.

« ''Avez-vous déjà manqué le travail pour des raisons de santé mentale?'' J'ai vu ce genre de questions-là s'introduire dans certains questionnaires dans les dernières années. Ce n'est pas du tout pertinent, c'est discriminatoire, c'est illégal, ce n'est pas une bonne pratique, ce n'est pas un bon message et ce n'est pas justifié pour la réputation de l'employeur d'utiliser ce genre de questionnaire-là », martèle sa directrice générale, Manon Poirier.

La grossesse est un motif interdit de discrimination et de harcèlement, selon la Charte des droits et libertés de la personne du Québec.

« Le seul fait de poser une question dans le cadre d'un processus de sélection, que ce soit dans le cadre d'une entrevue ou dans des outils dans le processus d'embauche, constitue de la discrimination, à première vue. On pourrait parler presque d'une présomption de discrimination [du] seul fait d'avoir à répondre à une question en lien avec un des motifs de discrimination », indique l’avocate Stéphanie Fournier, de la Commission des droits de la personne du Québec.

Chez Medisys, on explique que de nombreux employeurs utilisent le même questionnaire générique, mais que le médecin qui le révise considère seulement les réponses pertinentes pour l'emploi visé et qu'il est tenu à la confidentialité.

« Pour nous, ce n'est jamais une question de discrimination, c'est toujours une question de sécurité dans un emploi ou d'une aptitude dans un emploi, ou d'une conformité à une législation, affirme la vice-présidente de Medisys, Michelle Cialdella. Donc jamais nos questionnaires ne sont administrés par des gens de ressources humaines. »

Mme Cialdella assure que les questionnaires pré-emploi révisés par un médecin sont utiles à la fois à l'employeur et au futur employé pour savoir si les conditions de travail représentent un risque pour sa santé.

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