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Des cimetières cachés qui témoignent de l'histoire des Noirs au Canada

Gros plan sur une pierre tombale couchée par terre, craquée et jonchée de feuilles et de brindilles.
Des pierres tombales au cimetière New Canaan situé dans le comté d'Essex en Ontario. Photo: Radio-Canada / CBC/Meg Roberts
Radio-Canada

On retrouve près d'une vingtaine de cimetières dans lesquels d'anciens esclaves fuyant les États-Unis et leurs descendants ont été enterrés dans le comté d'Essex, dans le sud-ouest de l'Ontario. Une page de l'histoire afro-canadienne s'est écrite dans cette région frontalière.

Souvent cachés derrière des forêts ou camouflés au milieu des champs, ces cimetières restent méconnus du grand public.

En 1850, la Loi des esclaves fugitifs a été adoptée par le Congrès américain. Elle stipulait que les esclaves capturés dans les États libres du Nord pouvaient être retournés à leur propriétaire dans le Sud.

Cette loi a poussé des milliers d'esclaves fugitifs à tenter de venir au Canada, alors l'Amérique du Nord britannique, dans l'espoir d'une vie meilleure.

Les historiens estiment que près de 30 000 esclaves se sont enfuis par le chemin de fer clandestin [Underground Railroad en anglais].

La plupart sont passés par la région de Détroit, alors appelée « Minuit » dans les noms de code des esclaves et des passeurs.

Gros plan sur des pierres tombales avec des gens rassemblés en habits chauds derrière les pierres tombales. La famille Nolan en visite au cimetière Canaan dont certains ancêtres sont enterrés dans le cimetière. Photo : Radio-Canada / CBC/Meg Roberts

Préserver la mémoire collective

« Ils ont tout risqué pour devenir libres afin d'avoir des familles qui vivent comme tout le monde; et pour ce faire, ils devaient avoir leurs propres cimetières », indique l'historienne Elise Harding-Davis.

Avec un groupe de bénévoles, elle entretient depuis plus d'une vingtaine d'années ces lieux oubliés.

Le principal défi, selon Mme Harding-Davis, est de faire reconnaître et de protéger ces cimetières menacés par l'abandon.

Elle a même déjà empêché la municipalité d'Essex d'installer un stationnement temporaire dans un cimetière.

Le cimetière New Canaan, nom de code donné au Canada par les esclaves à l'époque, est maintenant protégé parce que l'historienne a réussi à prouver que le premier avocat canadien descendant d'esclaves, Delos Rogest Davis, y a été enterré.

Son arrière-petit-fils, le juge Loyd Dean, vient toujours visiter la tombe de son arrière-grand-père.

« Tu peux sentir qu'il y a quelque chose d'important ici. C'est quelque chose de vraiment significatif pour moi », explique M. Dean.

Une femme avec un manteau d'automne et des lunettes fumées pose dignement devant la caméra. L'historienne locale Elise Harding-Davis a dédié sa vie à la préservation de ces cimetières. Photo : Radio-Canada / CBC/Meg Roberts

Quand je me promène dans ces cimetières, ça réjouit mon coeur de pouvoir honorer mes ancêtres. Ils ont fait de ce pays ce qu'il est aujourd'hui.

Elise Harding-Davis, historienne

Libres, mais victimes de racisme

Bien que les lois du Haut-Canada permettaient aux esclaves d'être libres, le racisme était bien présent.

« Je pense souvent en privé que mon arrière-grand-père serait tellement ébahi de voir que je suis juge alors qu'aucun cabinet d'avocats ne voulait l'engager à l'époque », raconte M. Dean.

D'autres cimetières d'anciens esclaves ont aussi été répertoriés dans la région de Harrow.

Le cimetière Saint Mark's est situé dans un champ en bordure de la route Dunn, et le cimetière Central Grove est derrière une église centenaire de la route Walker.

Pour Mme Harding-Davis, l'abandon et l'oubli sont les principales menaces qui planent sur ces lieux significatifs de l'histoire des Noirs.

Windsor

Histoire