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Les opérations humanitaires en Syrie ne vont « nulle part », admet l'ONU

Un enfant en détresse couché sur un lit ensanglanté reçoit des traitements à la tête.

Un enfant reçoit des soins d'urgence dans un hôpital de fortune de Douma, dans la Ghouta orientale, après des bombardements du régime syrien, le 1er février.

Photo : Getty Images / HAMZA AL-AJWEH

Radio-Canada

Le régime syrien de Bachar Al-Assad n'a autorisé aucun convoi d'aide humanitaire à entrer en Syrie depuis deux mois, a dénoncé jeudi le conseiller spécial du médiateur de l'ONU pour la Syrie, Jan Egeland.

S’exprimant à Genève au terme d’une rencontre du Groupe de travail sur l’accès humanitaire, le diplomate s’est plaint que les livraisons de nourriture et d’autres biens de première nécessité étaient limitées comme jamais depuis 2015.

La diplomatie humanitaire semble totalement impuissante. Nous n’allons nulle part.

Jan Egeland

M. Egeland presse maintenant la Russie, la Turquie et l’Iran, les trois parrains du cessez-le-feu chambranlant conclu il y a un peu plus d’un an, d’intervenir afin d’améliorer la situation.

Il leur demande plus spécifiquement d’imposer une « désescalade » dans le gouvernorat d’Idlib, où sont regroupés de nombreux rebelles, dont ceux évacués d’Alep, et une « pause humanitaire » dans la Ghouta orientale.

Des conditions de vie abjectes

Située en banlieue de Damas, la Ghouta orientale est assiégée et bombardée par l’armée syrienne depuis 2013, de sorte que les quelque 400 000 civils qui s’y trouveraient toujours vivent dans des conditions abjectes.

Damas continue d’attaquer la région, puisque les rebelles qui s’y terrent continuent de tirer des roquettes et des obus sur la capitale.

En novembre, l’ONU avait demandé à ce que 500 personnes, dont 167 enfants ayant besoin d’une aide médicale urgente, soient évacuées de la Ghouta orientale.

Or, selon M. Egeland, aucune évacuation du genre n’a eu lieu depuis la fin du mois de décembre. Seulement une poignée de patients avaient alors pu quitter la région, en échange de la libération de prisonniers détenus par les rebelles.

Nous avons des informations qui nous disent que les deux parties la veulent [la trêve dans la Ghouta], mais elle n'a pas eu lieu. Or, ce sont les deux parties qui doivent nous aider là-bas. Il y a des raids aériens, des combats du côté du gouvernement, mais il y a [aussi], en provenance de ce secteur, un déluge de mortiers et de grenades qui s'abattent sur les quartiers de Damas.

Jan Egeland

Selon l’ONU, pas moins de 13,1 millions de Syriens ont actuellement besoin d’une aide humanitaire, en incluant les 5,5 millions de personnes qui ont trouvé refuge dans des pays limitrophes.

Sur les 7,6 millions de personnes qui sont demeurées dans le pays, 6,1 millions ont dû quitter leur domicile.

Le ministère français des Affaires étrangères a fait écho aux propos de M. Egeland, en appelant jeudi la Russie et l’Iran, les deux principaux alliés de Damas, à prendre « les dispositions pour que cessent les bombardements » dans la province d’Idlib et dans la Ghouta orientale.

La diplomatie française dénonce plus particulièrement les bombardements « inacceptables » qui ont frappé un marché et un hôpital de Médecins sans frontières menés lundi dans la ville de Sarakeb, puis un marché d’Ariha le lendemain. Les deux localités sont situées près de la ville d’Idlib.

Paris rabroué par Ankara

Paris rappelle par ailleurs sa « préoccupation » à l’égard des opérations militaires que la Turquie mène depuis le 20 janvier dans la région d’Afrine, dans le nord-ouest de la Syrie. Ankara dit vouloir déloger les milices kurdes « terroristes » qui s’y trouvent.

Cette intervention, si elle peut être justifiée par des préoccupations de sécurité légitimes de la Turquie, ne doit pas faire aggraver la situation humanitaire des populations syriennes.

Extrait de la déclaration du ministère français des Affaires étrangères

Mercredi, le président français Emmanuel Macron a profité d’une entrevue au Figaro pour mettre en garde son homologue turc Recep Tayyip Erdogan contre toute tentative « d'invasion » du nord-ouest de la Syrie.

De la fumée noire s'échappe d'un immeuble d'Afrine, le 31 janvier.

De la fumée noire s'échappe d'un immeuble d'Afrine, le 31 janvier.

Photo : Getty Images / AHMAD SHAFIE BILAL

Ces propos lui ont valu une volée de bois vert de la part du chef de la diplomatie turque, Mevlüt Cavusoglu.

« Nous considérons comme des insultes les rappels d'un pays comme la France à propos d'une opération que nous menons en accord avec le droit international », a-t-il déclaré jeudi à des journalistes à Ankara.

Nous usons de notre droit à la légitime défense, en accord avec les décisions du Conseil de sécurité de l'ONU, et il ne s'agit pas d'une invasion. Il ne faut pas être hypocrite.

Mevlüt Cavusoglu, ministre turc des Affaires étrangères

« Je note que la réaction du ministre des Affaires étrangères turc signifie sans doute qu'il ne s'agit rien d'autre que de la sécurisation des frontières et que la Turquie n'entend pas aller plus loin que les positions qu'elle occupe aujourd'hui, ni rester durablement dans la région », a répondu le président Macron, jeudi lors d'une conférence de presse à Tunis.

La réaction turque « signifie » que « la Turquie n'entend pas aller plus loin, je suis donc rassuré », a-t-il ajouté.

Le plus récent bilan de l’Observatoire syrien des droits de l’homme avance les combats dans la région d’Afrine ont tué 91 combattants kurdes des Unités de protection, 85 rebelles proturcs, ainsi que 68 civils, dont 21 enfants.

Ankara affirme pour sa part avoir perdu sept soldats dans l'opération.

Selon l’ONU, 15 000 personnes ont fui la région d’Afrine depuis le début des opérations.

Syrie : l'engrenage de la guerre
Avec les informations de Reuters, et Associated Press

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