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L'infirmière Émilie Ricard « surprise » d'être autant appuyée

Le cri du coeur de l'infirmière Émilie Ricard résonne aux quatre coins du Québec

Affirmant que sa sortie sur les réseaux sociaux était avant tout « personnelle », l'infirmière Émilie Ricard s'est dite surprise, mercredi, par la vague de soutien dont elle fait l'objet depuis.

Un texte de Charles Beaudoin

« Je ne m'en attendais pas, pas du tout. C'était un message plus personnel pour mon entourage, pour montrer que je commençais à être tannée et je ne m'attendais pas à rejoindre autant de personnes », mentionne la femme de 24 ans, qui a lancé un cri du coeur sur Facebook. Celui-ci a été relayé plus de 45 000 fois depuis.

Sur le coup de midi, mercredi, près d'une vingtaine de collègues d'Émilie Ricard ont notamment manifesté devant le CHUS-Hôtel-Dieu de Sherbrooke pour montrer leur appui à cette dernière.

« Notre priorité à nous, c'est de bien soigner nos patients, insiste Chantal Pitre. Et quand on arrive de notre journée de travail fatiguées et épuisées, on se dit, comme Émilie, qu'on n'a pas donné tout ce qu'on aurait voulu donner, parce qu'on avait trop de patients, parce qu'on allait aux priorités. Mais à ce moment-là, on ne fait pas bien le travail comme on voudrait le faire. »

La vague de solidarité s'est répandue comme une traînée de poudre aux quatre coins de la province, se réjouit Émilie Ricard, qui travaille dans un centre d'hébergement de soins de longue durée (CHSLD) de Sherbrooke.

« J'ai des messages du Québec en entier : de patients, de familles, de professionnels ou juste de citoyens concernés par les soins pour du soutien », souligne-t-elle.

Ils me disent de continuer, d'être courageuse et de nous faire entendre. Ça aide, vraiment. Je ne m'attendais pas à ça. La société est concernée par ça et ça ne passe pas sous silence.

Émilie Ricard
Un groupe de près d'une vingtaine d'infirmières et d'infirmiers brandissent des drapeaux de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec.Des collègues de l'infirmière Émilie Ricard ont manifesté leur appui à cette dernière mercredi devant le CHUS-Hôtel-Dieu de Sherbrooke. Photo : Radio-Canada

La situation doit changer

Répétant à plusieurs reprises qu'elle aime son travail et qu'elle aurait simplement donné sa démission si ce n'était pas le cas, Émilie Ricard affirme que les choses devront néanmoins changer pour permettre aux jeunes infirmières de durer dans le métier. Heures supplémentaires, heures supplémentaires obligatoires, manque d'effectifs, le tout jumelé à l'impossibilité courante de prendre ses pauses pour éviter de prendre du retard sur les tâches à accomplir : il n'est pas rare pour une infirmière d'être complètement exténuée, affirme Mme Ricard.

Ça arrive que tu te fais dire qu'il faut que tu restes... Tu vas prendre un petit cinq minutes dans un coin, tu essuies le coin de tes yeux, et après, tu rembarques dans tes souliers et tu continues... C'est plate, c'est fâchant, mais en même temps, qu'est-ce que tu veux faire?

Émilie Ricard

« La grosse crainte de prendre un poste à temps complet dans le réseau, c'est que les gens sont tenus de faire du temps supplémentaire et du temps supplémentaire obligatoire, confirme la présidente du Syndicat des professionnels en soins des Cantons-de-l'Est, Sophie Séguin. Quand on fait déjà cinq jours par semaine et qu'on doit faire jusqu'à cinq quarts de travail de plus obligatoires, avec une surcharge de travail, c'est ce qui fait [peur aux] gens. »

La situation cause littéralement des dommages collatéraux aux patients et aux familles de ces derniers, déplore Émilie Ricard.

« Mon message englobe tout – pas juste la charge qu'on a, le personnel de la santé, mais nos patients aussi et leurs familles. Ça touche tout le monde, parce que ce n'est pas satisfaisant. On a des chutes, on a des plaies qui découlent de ça. Par exemple, un patient sonne parce qu'il veut aller aux toilettes, mais on n'a pas le temps. Il se lève et fait une chute. Quand tu expliques ça à la famille, [...] ils comprennent, mais pourquoi faudrait-il qu'ils comprennent? Ce n'est pas normal », résume-t-elle.

En réponse à la sortie de son infirmière, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie–CHUS a affirmé mercredi qu'elle ne sera pas réprimandée. On entend néanmoins la rencontrer pour discuter de la situation.

« Il n'y a pas de réprimande à venir », soutient Sylvie Queneville, directrice adjointe du programme de soutien à l’autonomie des personnes âgées du CIUSSS de l’Estrie–CHUS.

« On travaille pour améliorer la situation. Mais la clientèle a changé et s’est alourdie », a-t-elle mentionné.

D'après les informations de Marie-Hélène Rousseau

Estrie

Santé publique