•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Comment mettre fin à la stigmatisation de la dépression chez les fermiers?

Les trois fondateurs son sur une scène où on voit en arrière-plan un grand champ et une carte de l'amérique du nord, une femme se tient derrière le podium de la conférence FarmTech.

De gauche à droite, Himanshu Singh, Lesley Kelly et Kim Keller, au lancement de leur fondation

Photo : FarmTech

Radio-Canada

Deux agricultrices de la Saskatchewan ont lancé mardi à Edmonton la fondation Do More Ag, pour démarrer une discussion nationale sur la santé mentale des fermiers. Le but premier de cette initiative est d'encourager les agriculteurs touchés par la dépression, le stress et l'anxiété à en parler pour, par la suite, obtenir de l'aide.

Un texte d’Emma Hautecoeur

Le lancement de la fondation Do More Ag s’est déroulé durant la première journée de la conférence nationale sur l’agriculture FarmTech au Centre des expositions d’Edmonton.

Lesley Kelly, une des fondatrices, a elle-même brisé le mur du silence, il y a six mois environ, en publiant une vidéo d’elle et de son mari.

Capture d'écran de la vidéo.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

« Nous mettons tout sur la table ce soir. Mon mari et moi partageons nos histoires de santé mentale. Continuez la conversation, s'il vous plait », peut-on lire au bas de cette vidéo virale de Lesley et Mathieu Kelly.

Photo : Periscope

Mère de deux enfants, Lesley a vécu une période de stress intense durant sa deuxième grossesse et une dépression après l'accouchement. Peu de temps après, son mari est lui-même passé par un moment difficile, relié à leur mode de vie d’agriculteurs.

Mathieu Kelly travaille à la ferme des parents de Lesley, à deux heures de Regina, où vit sa famille. Il est donc loin d’elle de mars à novembre. L’isolement, combiné aux longues journées de travail et au stress, ont amplifié ses problèmes d’anxiété.

« Avec le stress de ne pas voir [Lesley et nos garçons] tous les jours, de devoir gérer la météo, les employés, et deux autres entreprises, en plus de manquer de sommeil… Mon monde s’est écroulé », témoigne Matt Kelly dans la vidéo.

« Nous voulions rendre ce genre de discussions plus normales et montrer aux gens qu’ils ne sont pas seuls », explique Lesley Kelly en entrevue avec Radio-Canada. Cette vidéo a été vue 10 000 fois et a poussé l’agricultrice à continuer son travail, notamment en démarrant la fondation Do More Ag, avec ses cofondateurs, Kim Keller, Himanshu Singh et Kirk Muyres.

Une culture qui stigmatise les problèmes de santé mentale

Les producteurs et les agriculteurs baignent dans une culture qui valorise la force et la persévérance, explique Lesley Kelley. « Ça peut être en soi une faiblesse parce qu’on nous apprend à ne pas pleurer, à ne pas laisser transparaître ses émotions », dit-elle.

Une étude de l’Université de Guelph, basée sur un sondage mené en ligne en 2016 auprès de 1100 agriculteurs, révélait que 58 % des répondants souffraient d’anxiété, et 35 %, de dépression. Pourtant, 40 % d'entre eux hésitaient à consulter à cause de l’opinion de leur entourage, et 30 % ont répondu qu'ils risquaient d'être stigmatisés s'ils le faisaient.

Le message de Do More Ag, pour le moment principalement sur les réseaux sociaux, est de démontrer que de révéler sa vulnérabilité peut au contraire être une force. La campagne a déjà suscité de nombreuses réactions sur Twitter, dont des témoignages vidéo d’agriculteurs et d’autres acteurs de l’industrie. Parmi eux, cette vidéo en anglais (Nouvelle fenêtre), de Stewart Skinner, un producteur porcin ontarien, qui a tenté de se suicider, mais qui est toujours en vie, grâce à l’appui de sa famille.

La fondation tente maintenant de récolter des fonds et de recruter des partenaires pour lancer d’autres initiatives.

Alberta

Agro-industrie