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Pour une plus grande place aux artistes visuels autochtones

Une oeuvre de l'artiste mohawk Hannah Claus

Une oeuvre de l'artiste mohawk Hannah Claus

Photo : Guy L'Heureux

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les artistes autochtones de la métropole sont moins reconnus et moins bien payés que les autres artistes, en plus d'évoluer dans un système mal adapté à leurs pratiques artistiques, constate une nouvelle étude commandée par le Conseil des arts de Montréal (CAM).

Un texte de Laurence Niosi

« Le réel problème avec les Autochtones, c’est un problème de connaissance et de reconnaissance. On s’aperçoit que le monde de l’art contemporain est peu au fait des réalités autochtones », résume le professeur au département d'histoire de l'art de l’Université du Québec à Montréal, Jean-Philippe Uzel, qui a dirigé l’étude.

Depuis de nombreuses années, la métropole québécoise, qui compte 35 000 résidents autochtones, accuse un retard sur les autres villes canadiennes en ce qui a trait notamment à l’art public autochtone. Et très souvent, les expositions qui y sont consacrées présentent des artistes de l’Ontario ou des provinces de l’Ouest.

« En 1998, lors de la première biennale d’art contemporain à Montréal, la plus grande exposition était sur les capteurs de rêve. Et dans l’exposition, sur les 30 artistes, aucun n’était autochtone », illustre M. Uzel.

Il note néanmoins un intérêt grandissant pour l’art autochtone dans les centres d’artistes. « L’intérêt est là, ajoute-t-il, mais on ne sait pas quoi faire avec. Ce sont souvent des oeuvres qui viennent bousculer les critères de jugement occidentaux. Le rapport au passé est très différent dans les propositions autochtones ».

L’historien de l’art donne l’exemple de la chasse ou des cérémonies sacrées, des référents en arts autochtones qui se heurtent à l’idée faite de l’art contemporain, « qui fait table rase du passé ».

« On assiste à un repli sur une forme de pureté disciplinaire et de préférence pour les valeurs déjà reconnues. C’est ce repli qui se fait souvent au détriment des artistes de la diversité et des artistes autochtones qui sont jugés "impurs" artistiquement », peut-on lire dans l’étude.

Les artistes autochtones sont en outre moins bien payés que leurs collègues non autochtones, relève également l’étude, qui porte aussi sur les artistes issus de la diversité. Toutes disciplines confondues, leur revenu est de 28 % de moins que le revenu moyen des autres artistes. À titre de comparaison, les artistes des minorités visibles avaient un revenu annuel moyen 11 % inférieur aux autres.

Des recommandations

L’étude, qui a pour titre Pratiques professionnelles en arts visuels issues de l’autochtonie et de la diversité à Montréal, fait une série de recommandations. Notamment, on suggère de favoriser la reconnaissance des artistes autochtones auprès des associations professionnelles, de favoriser les programmes d’accompagnement et de mentorat destinés à ces artistes, de tisser des liens plus systématiques avec les artistes des communautés mohawks près de Montréal, ou encore de créer des prix pour les artistes autochtones.

Depuis quelques années, le contexte semble plus favorable aux artistes autochtones. L’automne dernier, le CAM a créé un siège à son conseil d’administration réservé à un artiste autochtone, qui est occupé par l’artiste visuelle d’origine mohawk Hannah Claus.

« Notre première priorité dans notre Plan stratégique est l’inclusion, et la priorité numéro un de l’inclusion est l’autochtonie », affirme Nathalie Maillé, la directrice générale en poste depuis 2013. Elle a notamment remarqué une forte progression de l’art autochtone urbain à Montréal.

Emboîtant le pas au Conseil des arts du Canada, le Conseil des arts et des lettres du Québec a pour sa part annoncé l’année dernière la création de programmes dédiés aux créateurs autochtones.

Hannah Claus se réjouit de ces « changements » qui, dit-elle, s’opèrent depuis les deux dernières années. « Je trouve ça très prometteur, et j’ai hâte de voir quelles seront les propositions concrètes pour améliorer la situation ».

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