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Halifax va retirer la statue d’Edward Cornwallis

Statue d'Edward Cornwallis.

La statue d'Edward Cornwallis le 30 janvier 2018 à Halifax.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Radio-Canada

La statue du controversé général Edward Cornwallis quittera l'espace public à Halifax.

Un texte de Frederic Wolf

La Municipalité régionale d’Halifax a voté, mardi après-midi, pour le retrait du monument du général. À 12 voix contre 4, les conseillers se sont prononcés en faveur d’une motion en ce sens.

Edward Cornwallis, un officier militaire britannique ayant fondé Halifax en 1749, est aussi connu pour avoir offert une prime à quiconque tuait un Micmac, homme, femme ou enfant.

Le monument, une oeuvre du sculpteur J. Massey Rhind, a été érigé en 1931 par la Compagnie des chemins de fer nationaux (l'actuel Canadien National) à des fins touristiques, et se trouve au parc Edward-Cornwallis, dans le sud de la ville, face à la gare de VIA Rail.

La Ville choisit de retirer le monument du parc et de le remiser temporairement, en attendant de prendre une décision sur ce qu'il faut faire avec la sculpture.

Esprit de réconciliation

Plusieurs élus ont fait valoir qu'à leur avis, la présence du monument dans l'espace public était un obstacle à une véritable réconciliation avec les Premières Nations.

Le maire d’Halifax, Mike Savage, a invoqué son enfance « dans les cours arrière » du Darmouth des années 1970 pour expliquer son appui à la motion.

« Nous jouions aux cowboys et aux Indiens, comme plusieurs. Tout le monde voulait être un cowboy. Mon nom de famille avait un caractère inévitable : tu es un sauvage, qu’ils disaient, tu devrais être l’Indien. C’est ce que les enfants disaient. Ce qu’ils voulaient dire, c’est : tu es un Indien, tu es inférieur à nous. »

« Ceci n’est pas une réécriture de l’histoire », soutient le maire Savage. « C’est reconnaître qu’elle n’est pas coulée dans le bronze. »

Aujourd’hui, Halifax n’est pas la petite ville de garnison d’Edward Cornwallis. C’est une ville prospère, diverse et moderne qui, je crois, sera largement façonnée par ceux qui y sont depuis le plus longtemps, et par ceux qui la découvrent pour la première fois.

Mike Savage, maire d'Halifax
Trois personnes suivent les travaux du Conseil.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'activiste Rebecca Moore (au centre) assistait à la séance du Conseil régional d'Halifax le 30 janvier 2018.

Photo : Radio-Canada

Les Micmacs saluent une décision « courageuse »

« Aujourd’hui, nous avons entendu les voix de leaders qui veulent sincèrement faire des efforts de réconciliation avec les Micmacs de la Nouvelle-Écosse », se réjouit le chef Terrance Paul, codirecteur de l’Assemblée des chefs micmacs de la Nouvelle-Écosse.

« Nous sommes heureux de la décision d’aujourd’hui et espérons qu’elle rouvrira des portes à de véritables discussions nation à nation », dit-il.

« Nous avons une histoire unique en Nouvelle-Écosse, et nous avons hâte de raconter cette histoire, ensemble, avec nos partenaires du Traités [de paix et d’amitié] »

Le chef Terrance Paul, Assemblée des chefs micmacs de la Nouvelle-Écosse

Pour Rod Googoo, de l’Assemblée des chefs micmacs, le vote de mardi est la démonstration d'un « grand leadership ».

Terrance PaulAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le chef Terrance Paul, codirecteur de l’Assemblée des chefs micmacs de la Nouvelle-Écosse.

Photo : CBC / George Mortimer

« Le reste du Canada peut apprendre du maire Savage et du Conseil ce qu’est le vrai leadership et le courage », affirme M. Googoo.

Un débat qui prenait de l'ampleur

Le conseil régional d’Halifax avait voté en octobre dernier pour la formation d’un comité d’experts qui devait faire des recommandations sur la place d’Edward Cornwallis dans l’espace public. L’Assemblée des chefs micmacs de la Nouvelle-Écosse devait choisir la moitié des membres du comité. Mais frustrée par des délais, l’Assemblée avait annoncé vendredi dernier qu’elle se retirait du comité, et a demandé que la statue soit enlevée immédiatement.

Dans la motion soumise au conseil, mardi, l’administration municipale recommandait le retrait temporaire du monument, redoutant une escalade des tensions. Une manifestation demandant le déboulonnage de la statue était prévue pour le 4 février. « Les risques de dommages à la statue sont plus grands, tout comme les risques de conflit entre les manifestants et les contre-manifestants et les risques de blessures chez des participants », écrivait l'administration.

À la fête du Canada, le 1er juillet 2017, quelques membres du groupe se faisant appeler Proud Boys se sont opposés à des manifestants devant la statue de Cornwallis. Même s’il n’y a pas eu de gestes de violence, l’événement a retenu l’attention des médias nationaux et a intensifié le débat.

Certains conseillers ont déploré qu’une décision soit prise dans de telles circonstances.

« J’ai l’impression qu’on me demande de faire cela aujourd’hui pour une autre raison, pour prévenir la violence, des deux côtés, de la droite et de ceux en faveur du retrait de la statue. Cela me déçoit. Ce n’est pas la vérité et la réconciliation », a déclaré le conseiller Tim Outhit, qui a néanmoins appuyé la motion pour le retrait de la statue.

« C’est la mauvaise raison. Je voulais le faire pour la bonne raison », a-t-il déploré, disant voter en faveur de « la bonne chose à faire », mais « avec tristesse et un peu de ressentiment. »

Une motion appuyée à 12 voix contre 4

Enlever la statue n’est pas « essayer de changer l’histoire », a soutenu la conseillère Lisa Blackburn. « Nous ne retenons pas l’histoire avec les statues. Les livres et les musées servent à cela. Les statues sont la manière par laquelle nous glorifions l’histoire. »

Lorelei Nicoll, Sam Austin et Tony Mancini durant les travaux du Conseil régional.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lorelei Nicoll, Sam Austin et Tony Mancini sont trois des conseillers ayant appuyé la motion de retrait de la statue d'Edward Cornwallis, le 30 janvier.

Photo : Radio-Canada

« Cette ville ne s’appelle pas Cornwallis, cette ville s’appelle Halifax », a renchéri le conseiller Steve Streatch, rappelant que la statue ne date que des années 1930.

Expliquant son vote en faveur de la mesure, le conseiller Richard Zurawski a été le plus cinglant : « De soutenir que cette statue doit rester en place est un exercice de suprémacisme résiduel. J’aimerais la voir être déplacée vers le front de mer… à peu près 20 pieds en bas du quai. »

Voix dissidentes

Parmi les voix dissidentes, le conseiller David Hendsbee, depuis longtemps opposé au retrait du monument de la sphère publique, a émis une suggestion qu’il avait faite par le passé, celle de déplacer la statue de Cornwallis sur le front de mer d’Halifax et de renommer l’espace « Cornwallis Landing » (en français, le lieu de débarquement de Cornwallis).

Le conseiller Steve Adams a suggéré une « Place des fondateurs » où seraient représentés Cornwallis et des individus associés aux communautés autochtones et acadienne. Si « tout le monde de certains aspects [sic] de notre société n’est pas heureux, c’est une solution plutôt bonne », a-t-il soutenu.

L'administration municipale espère que l’enlèvement de la statue permettra de créer un environnement plus propice à la discussion. La mesure coûterait 25 000 $.

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