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  • Envoyé spécial
  • Hydro-Québec : le projet Northern Pass entre les mains du New Hampshire

    Deux militantes opposées au projet Northern Pass. L'une porte une tuque sur laquelle on peut lire « Stop Northern Pass », l'autre bandit une pancarte arborant le même message.
    « Le projet Northern Pass n’apportera aucun bénéfice au New Hampshire. Le mieux, c’est encore d’économiser l’énergie, et on ne fait pas ça en construisant des pylônes», affirme Elisabeth Platt, de Concord. Photo: Radio-Canada / Etienne Leblanc
    Radio-Canada

    Les dernières délibérations publiques sur l'avenir du projet Northern Pass, piloté par Hydro-Québec, se sont mises en branle mardi à Concord, au New Hampshire. Une étape cruciale avant que la commission responsable d'étudier le projet ne se prononce sur la construction de cette ligne de transport électrique qui est essentielle pour qu'aille de l'avant l'important contrat que la société d'État québécoise a conclu avec le Massachusetts.

    Un texte d'Étienne Leblanc, au New Hampshire

    Ce n'est pas un détail. L'important contrat d'Hydro-Québec avec le Massachusetts ne pourra pas être officiellement conclu avant que le New Hampshire ne l'ait approuvé. La ligne de transport électrique doit passer sur le territoire de cet État bien connu pour ses beaux paysages et ses montagnes Blanches (White Mountains).

    En novembre dernier, Northern Pass a reçu l'aval du gouvernement fédéral américain; une étape obligatoire, puisque le projet traverse une frontière internationale. Ne manque maintenant que l'accord du New Hampshire.

    La dernière étape

    Après un long processus de consultations publiques qui a duré 77 jours l'an dernier, l'institution qui est responsable d'étudier les projets énergétiques au New Hampshire (le Site Evaluation Committee, ou SEC) entame la dernière étape du processus.

    Les sept commissaires qui composent le comité tiendront une douzaine de séances, au cours desquelles ils délibéreront en public des différents aspects du projet.

    L'exercice est assez unique. Les citoyens peuvent assister aux délibérations, mais seulement pour écouter. Ils ne peuvent pas intervenir, comme ils ont pu le faire dans des consultations publiques plus classiques, qui ressemblent à celles du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement du Québec (BAPE), tenues en 2017.

    Des gens, vus de dos, écoutent les délibérations. À l'avant-plan, un homme porte un chandail sur lequel on peut lire : « Soutenez l'énergie propre. Soutenez Northern Pass ».Opposants et partisans du projet Northern Pass assistent aux délibérations publiques, mardi, à Concord, au New Hampshire. Photo : Radio-Canada / Étienne Leblanc

    Au cours de ces délibérations publiques qui ont duré près de trois mois, tout le monde a pu participer : le promoteur a dû défendre son projet, des experts ont pu expliquer certains enjeux et les citoyens ont pu exprimer leur opinion.

    Contrairement au BAPE, qui n'a qu'un pouvoir de recommandation au gouvernement, le SEC du New Hampshire doit décider si le projet doit être approuvé ou non.

    Les commissaires promettent une décision rendue de vive voix le 28 février. La décision rendue par écrit, plus détaillée, doit être publiée en mars. L'exercice de délibération publique qui débute ce mardi prendra fin le 23 février prochain.

    Projet controversé

    Le projet Northern Pass divise la population du New Hampshire. Dans cet État qui a élu Hillary Clinton par à peine 3000 voix en 2016 (46,8 % pour Clinton contre 46,5 % pour Trump), les opinions sont tranchées. Même les partisans du président Trump ne s'entendent pas sur la question.

    Le gouverneur de l'État, le républicain Chris Sununu, appuie le projet Northern Pass sans réserve. Mais de nombreux citoyens de la même famille politique s'y opposent vigoureusement. Ils craignent ses répercussions sur le paysage et sur l'industrie touristique, très importante au New Hampshire.

    Le promoteur du projet, Eversource, affirme de son côté que la ligne sera construite en bonne partie le long de lignes qui existent déjà et qu'elle sera enfouie à certains endroits.

    PDG de Eversource, Bill QuinlanPDG de Eversource, Bill Quinlan Photo : Radio-Canada

    « Enfouir la ligne Northern Pass sur tout le trajet coûterait littéralement un milliard de dollars en plus, et le projet ne serait pas viable économiquement », affirme le PDG de Eversource, Bill Quinlan. Selon lui, cette ligne est nécessaire pour remplacer les vieilles sources d’énergie.

    « Le projet Northern Pass en est un de politique publique. Il tombe sous le sens pas tant parce que nous avons absolument besoin de cette énergie, mais parce que nous devons diversifier nos sources d’énergie et parce que nous avons des objectifs environnementaux », ajoute le PDG d'Eversource.

    Pour le syndicaliste Joe Casey, qui représente l'International Brotherhood of Electricity Workers, le projet signifie des centaines d'emplois supplémentaires pour les électriciens.

    « En temps normal, il y a du travail pour 300-400 travailleurs de l’électricité au New Hampshire. Le seul projet Northern Pass ferait passer la demande à 1200 pendant deux ans. Quatre fois plus! »

    Le tracé Northern Pass, qui part de Windsor, au Québec, pour se rendre jusqu'à Deefield, au New Hampshire. Le tracé Northern Pass Photo : Radio-Canada

    Sans surprise, ce sont les citoyens habitant la zone qui sera touchée par le passage de la ligne de transport électrique qui s'y opposent le plus vertement.

    « Le projet Northern Pass n’est pas une idée abstraite pour moi. Il passerait derrière la maison où je suis né et j’ai grandi, et où vit toujours ma soeur de 86 ans. Le tracé descend jusqu’au sud et passe derrière mon condo à Concord. Je ne peux pas l’éviter », dit Patrick Chaloux.

    La ligne de 309 km arriverait de l'Estrie au nord du New Hampshire, contournerait une partie de la forêt nationale des montagnes Blanches à l'ouest et en traverserait un petit segment pour rejoindre, au sud, le réseau électrique du Massachusetts.

    Ces divisions très marquées ouvrent la voie à une conclusion qui semble de plus en plus inévitable : quelle que soit la décision qui sera prise par le New Hampshire, tout porte à croire que l'affaire sera portée devant les tribunaux par la partie qui s'estime perdante.

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