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Pikiskwe-parle, une exposition sur la souffrance dans la quête de son identité

Pikiskwe-parle, une exposition sur la souffrance dans la quête de son identité
Radio-Canada

L'installation art-film Pikiskwe-Parle, une exposition multidisciplinaire présentée durant le Flying Canoë Volant, propose un retour dans le passé tout en gardant espoir pour l'avenir. L'artiste crie Lana Whiskeyjack a vécu les séquelles des pensionnats autochtones en voyant son oncle dépérir et vivre dans la rue. Elle expose cette souffrance, qui a marqué plusieurs générations, en espérant offrir par le biais de l'art une nouvelle vision des relations entre Autochtones et non-Autochtones au Canada.

Un texte de Lyssia Baldini

L'artiste multidisciplinaire Lana Whiskeyjack présente 16 oeuvres qui dénoncent l'assimilation obligatoire des Autochtones dans les pensionnats. Étant elle-même du peuple cri, elle a vécu durant sa vie les conséquences de cette assimilation et a même perdu certains référents importants de sa culture, de son peuple.

Une femme se tient debout devant un écran.Lana Whiskeyjack a travaillé pendant près de cinq ans pour terminer l'oeuvre principale de son exposition. Photo : Radio-Canada / Brent Roy

L'exposition tourne autour d'une pièce maîtresse, Langue Perdu, un triptyque qui présente une réflexion sur la vie de son oncle George.

L'oncle bien-aimé de l'artiste, maintenant défunt, a été une personne marquante dans sa vie. Il a été pensionnaire et a vécu énormément de violence, de discrimination, de racisme, ce qui l'a malheureusement brisé intérieurement.

L'oeuvre représente trois époques. À gauche, c'est le grand-père maternel de l'oncle George, Mumstop. À l'époque où les cérémonies traditionnelles étaient interdites, Mumstop les conservait secrètement à Saddle Lake pour ensuite pouvoir les enseigner à son petit-fils.

Trois visages sont peints.Le triptyque « Langue Perdu » est l'oeuvre principale de l'exposition. Photo : Radio-Canada / Brent Roy

Au milieu, on peut voir un visage qui est déformé. Lana Whiskeyjack a voulu montrer ce que les lois de l'époque, le pensionnat et la société ont fait subir à son oncle : une violence extrême et des préjugés qui ont créé des blessures intérieures et extérieures permanentes.

Trois toiles sont exposées sur un mur. Ces oeuvres représentent la vie de l'oncle George après sa sortie du pensionnat, où il a vécu beaucoup dans les bars, dans la violence et même en prison. Photo : Radio-Canada / Brent Roy

La dernière montre l'oncle George une fois sorti du pensionnat.

Durant la période suivant le pensionnat, George a eu une vie difficile dans la rue, devant encore une fois faire face à la violence, au racisme et aux préjugés, mais lorsqu'il rentrait à la réserve, il retrouvait sa nièce.

Il lui a transmis des apprentissages de vie importants, des leçons de survie, des moments qu'elle a toujours su garder au fond de son coeur pour bâtir sa confiance en elle, comme jeune femme crie.

Un peinture d'une jeune femme autochtoneL'oncle de Lana lui a montré le lancer du couteau et comment se défendre, des enseignements qui l'ont aidée à surmonter ses peurs du monde extérieur qu'elle avait vu détruire avec violence la vie de son oncle. Photo : Radio-Canada / Brent Roy

Elle voyait sa souffrance dans ses yeux, dans son coeur, c'est ce qui l'a marquée. Elle voyait un être qui pouvait être si bon, mais qui avait été dépossédé de toute sa culture, de toute son identité.

Il y a tellement de gens qu'on voit dans la rue qui ont enduré cette violence et pourquoi? On y entend le même discours qui dit que nous n'étions bons à rien, sales, mauvais. Cette violence a entraîné un cercle vicieux d'abus, d'automutilation jusqu'à une haine de soi. Et qui s'est transmise ensuite aux autres générations

Lana Whiskeyjack, artiste
Une femme tient dans des bras deux autres personnes.Cette oeuvre explore l'interdépendance de trois générations sur les traumatismes vécus et la résilience. Photo : Radio-Canada / Brent Roy

Lana Whiskeyjack espère, par cette exposition, ouvrir l'esprit des gens pour les aider à mieux comprendre les Premières Nations. Elle croit que les arts visuels offrent la possibilité de reprogrammer les pensées des gens.

Une femme tient dans ses bras un bébé et on voit au loin un enfant qui se fait emporter par une religieuse.Lana Whiskeyjack raconte que durant la période des pensionnats, les liens entre culture, langue et croyances ont été brisés. Photo : Radio-Canada / Brent Roy

Ses origines

L'artiste a commencé à réapprendre sa langue, le cri, en 2006. Depuis, elle se sent plus connectée à sa culture, elle comprend mieux qui elle est en tant que femme. Elle cherche constamment des mentors pour l'aider à apprendre encore mieux sa langue et ses traditions.

Et, depuis qu'elle a des enfants, elle sent davantage la responsabilité, en tant que mère, de leur offrir une terre saine, un environnement sécuritaire, pour qu'ils puissent grandir et évoluer tout en gardant leur richesse, leur culture et leur langue. Elle veut qu'ils puissent célébrer qui ils sont et vivre en toute sécurité, tirant son inspiration de son oncle et de sa grand-mère.

Ma grand-mère a été ma référence, mon pilier. Elle m'a toujours encouragée à suivre ma voie et je suis reconnaissante qu'elle ait été dans ma vie, ainsi que mon oncle, car sans eux, je ne serais pas la femme, la mère que je suis devenue.

Lana Whiskeyjack, artiste
Une peinture d'une grand-mère autochtoneLa grand-mère de Lana Whiskeyjack, Caroline, a été une grande inspiration et a soutenu Lana durant toute sa vie. Photo : Radio-Canada / Brent Roy

J'espère que, grâce à cette exposition, mon oncle sentira l'amour et l'honneur qu'il mérite.

Lana Whiskeyjack, artiste

L'exposition sera à La Cité francophone, à Edmonton, jusqu'au 31 mars, et sera ensuite présentée dans d'autres grandes villes canadiennes, pour les célébrations du 150e anniversaire de la Confédération.

Alberta

Arts visuels