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Les médias parlent-ils trop de météo?

Une voiture ensevelie sous la neige.
Les précipitations de neige ont été si importantes pendant la tempête des 4, 5 et 6 janvier qu'elles ont enseveli certaines voitures à Rimouski. Photo: Facebook/Heidi Morneau
Radio-Canada

L'année 2018 venait à peine de commencer que les Québécois étaient emmitouflés jusqu'aux oreilles pour affronter la vague de froid et avaient déjà pelleté des heures pour sortir leurs voitures des bancs de neige. Pendant ce temps, les médias suivaient, d'heure en heure, les aléas de dame Nature, au grand déplaisir de certains qui les considèrent comme anodins. Mais parle-t-on plus de météo qu'auparavant?

Un texte d’Édith Drouin

C’est un fait connu, les médias québécois parlent plus de météo que leurs homologues canadiens. Selon les données d’Influence Communication, la météo occupait 1,22 % du contenu médiatique au Québec en 2017, comparativement à 0,66 % au Canada et 0,56 % dans le monde.

La météo se situe normalement entre le 15e et le 17e rang des sujets les plus traités par les médias, devant l’éducation, les aînés et la pauvreté.

Malgré ces statistiques, le nombre de contenus qui traitent de météo n’est pas pour autant en hausse, selon Jean-François Dumas, président d’Influence Communication. Il constate plutôt que la météo occupe plus d'espace médiatique lorsqu’il y a des variations importantes dans les conditions météorologiques.

Les années où on en parle le plus, c’est les années où il y a beaucoup de variations de température importantes.

Jean-François Dumas, président d’Influence Communication

Le début de l’année 2018 en est un bon exemple. Le Québec a connu plusieurs événements météorologiques marquants en l’espace de quelques semaines, dont une vague de froid, quelques tempêtes de neige et d'autres types de précipitations, comme de la pluie ou du verglas.

La neige ensevelie une maisonLes bancs de neige dépassent presque les maisons à Saint-Bruno. Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon-Lalancette

Aux dires de Jean-François Dumas, si l’année se terminait en janvier, la vague de froid et la « bombe météo » qui a touché l’est du Canada occuperaient le premier rang du palmarès des nouvelles.

Le président d'Influence Communication affirme même que les conditions météorologiques extrêmes du début du mois de janvier se retrouveront parmi les nouvelles qui auront le plus fait parler en 2018.

La force des mots

Les termes plus colorés qu’utilisent les médias pour décrire les phénomènes météorologiques peuvent aussi donner l’impression qu’ils occupent une place de plus en plus importante dans les médias.

Par exemple, entre 2016 et 2017 au Québec, le terme « bombe météo » a connu une croissance de 1000 % dans le contenu médiatique, selon Influence Communication.

Feu de circulation dans la neigeLa visibilité est réduite ou nulle sur les routes du Bas-Saint-Laurent. Photo : Radio-Canada / Sandra Fillion

Le vecteur de la peur et les médias sociaux

Jean-François Dumas inscrit l’utilisation de ce genre de termes et de divers superlatifs dans une tendance plus grande dans les médias : celle du vecteur de la peur. Les données d’Influence Communication montrent qu'en 2016, 40 % du contenu médiatique au Québec a porté sur la peur.

Chaque fois qu’il y a un incident, une tragédie, quelque chose d’important, on essaie toujours de la classifier; est-ce que c’est la plus grosse, la plus importante, la pire, la plus horrible?

Jean-François Dumas, président d’Influence Communication

Les sujets qui suscitent beaucoup de discussions sur les médias sociaux ont aussi tendance à influencer la couverture médiatique.

Jean-François Dumas explique par exemple que les médias parlent jusqu’à 19 fois plus d’une nouvelle lorsqu’elle fait jaser sur Twitter et Facebook, ce qui est souvent le cas avec la météo.

Plus de phénomènes météorologiques extrêmes

Les événements météorologiques extrêmes occupent d'ailleurs de plus en plus de place dans la couverture météorologique traditionnelle, selon Pascal Lapointe, rédacteur en chef de l’Agence Science-Presse.

Il ne voit pas cette tendance d'un mauvais œil, puisqu'il considère que ces événements sont d'intérêt public. Des routes fermées et une mer qui se déchaîne peuvent par exemple poser des problèmes de sécurité pour la population.

Mettre ces événements de l'avant pourrait aussi, selon lui, influencer les médias à traiter davantage des changements climatiques et des problèmes économiques, sociaux et politiques qui en découleront.

Le rédacteur en chef précise que les sujets environnementaux, y compris la météo, sont encore loin d’éclipser d’autres sujets d’actualité. Ils représentent entre 2 et 3 % de la couverture médiatique au Québec.

« J’attendrais un peu avant de dire qu’on en parle trop, comme média, parce qu’on est vraiment dans un moment où c’est important », note Pascal Lapointe.

La question qu’on va devoir se poser en tant que journaliste, tôt ou tard, c’est à quel moment on fait la connexion avec le réchauffement climatique?

Pascal Lapointe, rédacteur en chef de l’Agence Science-Presse

M. Lapointe explique qu’il demeure pour l’instant difficile pour les journalistes de faire un lien entre les événements météorologiques extrêmes actuels et les changements climatiques, puisque les scientifiques ne sont pas encore en mesure de confirmer cette corrélation.

Les avertissements d’Environnement Canada

Lorsque les journalistes informent la population d’une possible tempête, une de leur source est le service météorologique d’Environnement Canada. Si l’agence gouvernementale diffuse plus d’avertissements ou d’alertes qu’à l’habitude, les médias parleront probablement plus de météo.

Les alertes sont différentes des avertissements, puisqu'elles sont diffusées en prévision d'événements météorologiques imminents, comme des orages ou des tornades.

Le service météorologique n’a pas été en mesure d’indiquer à Radio-Canada s’il lançait plus d’avertissements et d’alertes qu’auparavant.

L’agence dit toutefois avoir publié en moyenne 22,5 avertissements par année à Montréal entre 2005 et 2017, soit un ou deux par mois en moyenne. La dernière année a toutefois été exceptionnelle en fait d’événements marquants, selon le météorologue Jean-Philippe Bégin.

Une vue aérienne de dizaines de maisons inondéesLe secteur de la rue Saint-Louis, à Gatineau Photo : Radio-Canada

Les avertissements et les alertes ne sont pas diffusés au hasard, des critères précis les régissent. Les vents doivent par exemple atteindre au moins 90 km/h pour qu’un avertissement soit transmis.

Jean-Philippe Bégin explique que le mandat premier de l’agence est de protéger la population et de lui fournir assez d’information pour qu’elle puisse faire face aux intempéries.

Nous basons toujours nos interventions et nos prévisions sur la science et on s’efforce toujours aussi d’utiliser les mots justes. On ne joue pas dans la sensation.

Jean-Philippe Bégin, météorologue à Environnement Canada.

Jean-Philippe Bégin précise d'ailleurs qu’Environnement Canada n’a jamais utilisé le terme « bombe météorologique », qui aurait été popularisé par un chercheur canadien. Le terme cocktail météorologique provient par contre de l’agence. Il explique qu’il s’agit de l’expression juste pour décrire un mélange de plusieurs types de précipitations.

Bas-Saint-Laurent

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