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Où y a-t-il le plus de millionnaires dans le monde?

Radio-Canada

Depuis plusieurs années, des organismes tels qu'Oxfam dénoncent l'inégalité dans la répartition de la richesse qui fait qu'une dizaine d'hommes dans le monde en détiennent autant que la moitié la plus pauvre de l'humanité. Alors que se tient à Davos le rendez-vous de l'élite mondiale, c'est l'occasion de se pencher sur les écarts qui se creusent un peu partout sur la planète.

Un texte de Ximena Sampson

C’est aux États-Unis que l’on trouve le nombre le plus élevé de millionnaires. Plus de 15 millions de personnes se situent dans cette catégorie, ce qui représente 43 % des millionnaires de la planète, alors que les Américains ne constituent que 4,3 % de la population mondiale.

Note : Les pays où il y a moins de 1000 millionnaires n’ont pas été indiqués. Il s’agit de millions en dollars américains.

Source : Crédit Suisse


Cela s’explique notamment « par une plus grande accumulation d'actifs financiers que dans d’autres pays développés, ainsi que par la taille de l'économie américaine et de ses marchés financiers », estime Michael O’Sullivan, du Crédit Suisse.

À l’inverse, la Chine, avec 19 % de la population mondiale, ne compte que 5 % des millionnaires du monde. « Malgré une forte croissance économique, une partie significative de la population vit encore en milieu rural et ne participe pas du tout à l’économie monétaire », soutient Éric Pineault, professeur au département de sociologie de l’UQAM.

Si on regarde plutôt le pourcentage de la population du pays qui est millionnaire, c’est la Suisse qui se retrouve en tête de peloton. Il faut dire que, dans la Confédération helvétique, le revenu médian, à 229 059 $ US, est le plus élevé au monde.

Selon les données du Crédit Suisse, 70 % de la population mondiale détient 2,7 % des richesses, tandis que ceux qui sont au sommet de la pyramide, les 1 % les plus riches, en accaparent 50,1 %. Cet écart a augmenté dans toutes les régions du monde au cours de la dernière décennie.

Ce constat est partagé par les chercheurs du Laboratoire sur les inégalités mondiales, à Paris, qui ont constitué une base de données sur la richesse et le revenu mondiaux (World Wealth & Income Database). Selon leurs données, le 1 % d’individus avec les plus hauts revenus ont vu leur part croître deux fois plus que celle des 50 % les plus pauvres depuis 1980.

C’est au Moyen-Orient que l’on enregistre les plus grandes inégalités. Les 10 % les plus riches y perçoivent 61 % des revenus globaux de la région. L’Inde, le Brésil et l’Afrique subsaharienne sont également des régions très inégalitaires.

La région la plus égalitaire demeure l’Europe, même si on y constate une augmentation des écarts de richesse au cours de la dernière décennie.

En ce qui concerne l’évolution des inégalités au fil des ans, l'augmentation a été particulièrement marquée en Inde et en Chine au cours des 20 dernières années. L’accroissement de la richesse qu’ont vécu ces géants n’a pas profité à tous de la même façon.

Les plus pauvres ont fait des gains importants dans la période entre 1950 et 1980, mais depuis, ce sont surtout les 1 % et les 0,1 % qui se sont le plus enrichis, tandis que les revenus des autres ont stagné.

Qu’est-ce qui explique ces différences?

Il y a toujours eu des riches et des moins riches et le concept des 1 % n'est pas nouveau, mais depuis quelques décennies, l’écart s’est accentué, soutient Éric Pineault, professeur au département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal.

« Il y a des forces qui se sont développées dans les 30 dernières années qui génèrent des inégalités de manière systématique », affirme-t-il. « C’est tout ce qui est rattaché à l’explosion des actifs financiers et de l’économie financière. »

Les flux de rachats d’action et de versements de dividendes sont concentrés dans les mains d’une classe assez restreinte, qu’on peut appeler les 1 %.

Éric Pineault, professeur de sociologie à l‘UQAM

Cette part grandissante du secteur financier dans l’économie est l'un des facteurs qui expliquent les écarts de richesse. Mais il y a aussi la perte d’efficacité des mécanismes de redistribution de l’État, la mondialisation et la désyndicalisation, croit Éric Pineault.

« Nos mécanismes de redistribution économique, qui datent des années 1950-60, n’ont pas été pensés pour une économie avec une sphère financière prédominante », avance-t-il.

Entre autres, les gains en capital et les dividendes (dont bénéficient majoritairement les biens nantis) ne sont pas imposés de la même façon que les revenus d’autres sources.

Les travailleurs sont également touchés par le déplacement des entreprises manufacturières vers l’Asie et par l’automatisation des tâches, « deux facteurs qui entraînent une pression à la baisse sur les revenus des travailleurs peu qualifiés », croit le chercheur.

Enfin, la chute du taux de syndicalisation laisse les travailleurs avec un faible rapport de force face à leur employeur. « La croissance est capturée par ceux qui ont un pouvoir économique », croit M. Pineault.

L'accroissement des inégalités est-il inévitable?

Pas du tout, croit Lucas Chancel, codirecteur du Laboratoire sur les inégalités mondiales à l’École d'économie de Paris. « Il n’y a pas de fatalité », soutient-il.

Si on veut réduire les inégalités, on peut.

Lucas Chancel, codirecteur du Laboratoire sur les inégalités mondiales à l’École d'économie de Paris

Ainsi, si on compare les trajectoires des États-Unis et de l’Europe depuis 1980, on voit qu’il y a une « explosion » des inégalités aux États-Unis, alors qu’en Europe l’augmentation a été bien plus faible.

Cela est notamment dû à des choix politiques aux États-Unis qui se sont traduits par une baisse majeure de la fiscalité progressive.

L’adoption récente de la réforme fiscale américaine, qui profitera surtout aux plus riches, ne fera rien pour infléchir la situation, bien au contraire. « La réforme fiscale va être le ''turbochargeur'' des inégalités américaines », estime Lucas Chancel. « On fait des cadeaux fiscaux de dizaines de milliards de dollars aux plus riches parmi les plus riches, tandis que la classe moyenne continuera à payer les mêmes impôts qu’avant. »

Si les gouvernements décidaient de s’attaquer vraiment au problème, ils s’y prendraient tout autrement, pense Lucas Chancel. « Il faudrait des investissements en éducation et en santé […], ainsi qu’une réflexion sur la progressivité de l’impôt, sur l’évasion fiscale et sur la démocratisation de la gouvernance à l’intérieur des entreprises ».

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