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Le Cap deviendra la première grande ville du monde à manquer d'eau potable

Une femme marche près d'un robinet qui coule.
Les résidents du Cap risquent de ne plus avoir d'eau potable le 12 avril prochain. Photo: Reuters / Mike Hutchings
Radio-Canada

La capitale législative de l'Afrique du Sud est en voie de devenir la première grande ville du monde à manquer complètement d'eau potable, résultat de sécheresses exceptionnelles et du laxisme des autorités.

Un texte de Jean-Philippe Guilbault

« Day Zero », c’est le nom qui a été donné à la date du 12 avril prochain, jour où les réserves en eau du Cap ne seront plus qu’à 13 % de leur niveau habituel et que les habitants devront faire la file pour obtenir leur ration d’eau potable.

En deçà d’un certain seuil, l’eau provenant des barrages risque davantage d’être contaminée et les autorités n’auront d’autre choix que de couper l’approvisionnement en eau potable par les canalisations et de procéder à la distribution de 25 litres d’eau par personne par jour à 200 points de service prédéterminés.

Des citoyens du Cap font la file sur le trottoir avec des bidons de plastique pour s'approvisionner en eau potable à l'aide d'un tuyau relié à une source.Des citoyens du Cap font la file pour s'approvisionner en eau potable d'une source souterraine. Photo : Getty Images / AFP/Rodger Bosch

Il s’agit du minimum calculé pour l’hygiène et la santé, toujours selon le plan mis en place par la Ville du Cap.

« La chose la plus importante, c’est la santé publique. Il faut que la Ville ait un plan d’urgence, explique le titulaire de la Chaire de recherche en eau potable de l'Université Laval, Manuel Rodriguez. Les gens qui sont plus vulnérables, ce sont les gens plus pauvres, qui sont dans des quartiers où il y a d’autres types de problèmes. Il y a une question de gestion de risques pour minimiser les conséquences. »

Comment en sont-ils arrivés là?

Un pilier habituellement submergé par les eaux du barrage Voelvlei, près du Cap, est complètement à découvert alors qu'il n'est rempli qu'à 24 % de sa capacité.Le barrage Voelvlei, près du Cap, n'est rempli qu'à 24% de sa capacité Photo : Reuters / Mike Hutchings

« C’est une combinaison de plusieurs facteurs qui arrivent en même temps. Évidemment, c’est une question associée à la disponibilité en eau et à la sécheresse des derniers mois, explique M. Rodriguez. C’est aussi une question de prévision des autorités et des programmes d’économie d’eau qui ne semblent pas fonctionner. »

Depuis le début du mois de janvier, 12,6 mm de pluie sont tombés dans la région du Cap alors que la moyenne est d’environ 26,6 mm.

Ainsi, les réserves en eau potable du Cap sont présentement évaluées à 27 % de leur capacité maximale, faisant craindre le pire aux autorités. En 2017, à pareille date, les réservoirs étaient remplis à 41 % et ils l’étaient à 90 % en 2014.

Le Cap est approvisionné en eau par six barrages. Or, en date du 25 janvier 2018, trois étaient à moitié remplis et deux étaient remplis à moins de 20 % de leur capacité.

Le barrage Theewaterskloof est presque vidé de son eau, avec des montagnes sud-africaines au loin et le soleil se couchant à l'horizon.Photo prise en juin 2017 du barrage Theewaterskloof presque vide près du Cap, en Afrique du Sud Photo : Reuters / Mike Hutchings

Le fait d’avoir atteint ce niveau-là démontre que la Ville n’était pas prête, qu’elle n’était pas résiliente à des cas de sécheresse aussi importants que celui-ci.

Manuel Rodriguez, titulaire de la Chaire de recherche en eau potable de l'Université Laval

Mesures draconiennes

Dans l'espoir de ne jamais atteindre le jour fatidique du « Day Zero », la Ville a donc invité les habitants du Cap à ne pas consommer plus de 87 litres d’eau par personne quotidiennement. À titre de comparaison, chaque Montréalais consomme en moyenne 270 litres d’eau par jour.

Or, selon les dernières estimations des autorités, à peine 47 % des habitants de la ville respecteraient cette consigne.

Une carte interactive, sur laquelle on peut suivre la consommation en eau de chaque résidence de la capitale sud-africaine, a même été mise en ligne.

Une capture d'écran illustrant la carte interactive d'un secteur du Cap où des points verts, foncés ou pâles, indiquent les quantités d'eau consommées par mois pour chaque maison.La carte interactive d'un secteur du Cap. Les points verts foncés indiquent les maisons où l'on consomme moins de 6 000 litres d'eau par mois alors que les points verts pâles indiquent les maison où l'on consomme entre 6 000 et 10 500 litres d'eau par mois. Photo : Capture d'écran tirée du site de la Ville du Cap

Selon le plan d'urgence mis en place, les résidences où l'on consomme plus de 10 500 litres par mois recevront une contravention ou des « dispositifs de gestion de l’eau » pourront être installés aux frais des occupants.

De plus, les piscines privées ne peuvent pas être remplies avec l’eau municipale et les véhicules ne peuvent pas être lavés non plus.

Si tous les habitants du Cap réduisent leur usage quotidien à 87 litres d'eau ou moins et que la Ville met en place les mesures nécessaires, nous pourrons éviter "Day Zero".

Site web de la Ville du Cap

Apprendre de ses erreurs

« Des solutions à ce genre de crise, il n’y en a pas cinquante. Les solutions, c’est d’aller chercher par exemple des sources différentes d’eau ou d'aménager les infrastructures, selon Manuel Rodriguez. L’autre stratégie, ce sont des programmes d’économie d’eau axés sur la sensibilisation ou des programmes qui impliquent des interdictions, comme c’est actuellement le cas au Cap, mais cela ne semble pas suffire. »

Mais réadapter les infrastructures est extrêmement coûteux, souligne M. Rodriguez. La Ville a déjà mis sur pied sept mesures pour s’approvisionner autrement en eau, par exemple à l’aide de la désalinisation de l’eau au port. Cependant, six de ces sept mesures sont en retard sur leur échéancier.

Selon le professeur, la capitale a possiblement été « prise de court » par une multiplication de facteurs environnementaux, mais aussi démographiques. M. Rodriguez soutient que les infrastructures actuelles ne sont visiblement pas suffisantes pour soutenir une hausse de population plus importante que prévu par les autorités. Pourtant, selon le site de Statistics South Africa, Le Cap a connu un taux de croissance démographique de 2,6 % entre 2001 et 2011, alors que le taux moyen selon l'ONU entre 2000 et 2016 s'établit à 2,4 %.

« Il y a des mouvements migratoires, ce sont des villes qui se développent et donc il y a beaucoup plus de pression sur les ressources en eau », résume le professeur.

M. Rodriguez souligne toutefois le caractère exceptionnel de la crise vécue par Le Cap cette année et espère que les autorités adapteront leurs stratégies en conséquence.

À moyen terme, le problème d’approvisionnement en eau ne se réglera que lorsqu’il recommencera à pleuvoir.

On dépend du climat.

Manuel Rodriguez, titulaire de la Chaire de recherche en eau potable de l'Université Laval

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