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Une coroner se joint à l’enquête sur une femme disparue il y a 65 ans

La photo de Marie-Paule Rochette retrouvée dans la malette noire, aux côtés des fameuses lettres bleues
La photo de Marie-Paule Rochette retrouvée dans la mallette noire, aux côtés des fameuses lettres bleues Photo: Radio-Canada / Photo utilisée avec la permission de François Rochette

Le Service de police de la Ville de Montréal fait appel à une coroner dans le dossier de Marie-Paule Rochette, une femme dont la disparition en 1953, à Montréal, demeure à ce jour nébuleuse. C'est le balado Disparue(s) produit par Radio-Canada qui a permis à Marie-Paule Rochette de sortir de l'oubli.

Un texte de Daniel Blanchette Pelletier

L’investigation menée par le spécialiste en affaires policières Stéphane Berthomet et la nièce de la disparue, Patricia Rochette, a apporté un éclairage nouveau sur cette affaire. Au point où la coroner Pascale Descary a été saisie du dossier.

« Je pense que c'est plutôt un bon signe qu'ils [le SPVM] aient demandé à une coroner de rouvrir le dossier, estime la coroner en chef Catherine Rudel-Tessier, qui a participé au balado. C'est un signe qu'ils s'attendent à ce que quelque chose débloque. »

L’année où Marie-Paule Rochette a disparu, le corps d’une femme assassinée a été retrouvé dans la rivière des Prairies. De nombreux éléments portent à croire qu’il s’agit de la même personne. Mais, à l’époque, les autorités n’ont jamais fait le lien.

On n’a jamais retrouvé le corps de Marie-Paule, tandis que quelques mois plus tard, une femme qui correspond assez bien à sa description, vêtue exactement de la même façon, sans aucun bijou, est retrouvée assassinée au même endroit et ne sera jamais réclamée ni même identifiée. Que fallait-il de plus aux policiers de l’époque pour faire un lien entre les deux femmes?

Stéphane Berthomet, dans un extrait du balado Disparue(s)

Le SPVM a ouvert une enquête en septembre dernier, puis a récemment transféré le dossier au Bureau du coroner du Québec.

« Les policiers ont probablement décidé qu’ils avaient suffisamment d’éléments pour rouvrir le dossier du coroner, pour faire de nouvelles expertises sur la dépouille et pour être capables d’avancer », suggère Catherine Rudel-Tessier.

Découverte de nouveaux documents

Au fil de leur enquête, Stéphane Berthomet et Patricia Rochette ont retrouvé des documents qu’ils croyaient disparus. Le demi-frère de Patricia, François, avait en sa possession une mallette remplie de photos et de lettres de l’époque sans que personne le sache.

« Avant que nous ne mettions la main sur le contenu de la mallette conservée par François, aucun document officiel, aucun article de presse, aucune lettre, rien, ne nous donnait le moindre élément sur les circonstances de la disparition de Marie-Paule », rappelle Stéphane Berthomet dans le balado.

Les documents retrouvés par Stéphane BerthometLes documents retrouvés par Stéphane Berthomet Photo : Radio-Canada / François Rochette

Tout reposait donc sur le témoignage de Patricia Rochette qu'il avait recueilli. Elle a depuis remis les documents confirmant ce qu’elle lui avait raconté au Bureau du coroner et au SPVM, à la demande de la sergente détective chargée du dossier.

On ne semble pas s’enligner vers une fermeture, mais plutôt vers une ouverture, vers une poursuite [du dossier], ce qui m’a quand même rendue assez heureuse.

Patricia Rochette, dans un extrait du balado Disparue(s)

D'autres photos au cœur de l’enquête

Ils sont à l'extérieur.Patricia Rochette et Stéphane Berthomet lors de leur enquête Photo : Radio-Canada / Cédric Chabuel

La mallette retrouvée contient notamment d'autres photos de Marie-Paule Rochette, dont une le jour de son mariage, tout sourire, le 15 décembre 1945.

Le Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale du Québec a demandé à Patricia Rochette de les lui remettre comme nouveaux éléments pour comparer la mâchoire de la noyée de la rivière des Prairies à celle de Marie-Paule Rochette.

« Cette demande est une très bonne nouvelle, qui me laisse penser que le laboratoire travaille sur une piste positive qu’il chercher à valider », explique Stéphane Berthomet.

Patricia Rochette avait déjà remis aux autorités les fiches dentaires de sa tante, retrouvées dans son dossier militaire, ainsi que des photos de la noyée publiées dans le Allô Police.

Un dentiste à l’époque aurait déjà conclu qu’il s’agissait de la même personne. Puis, des décennies plus tard, un autre dentiste, dans le cadre du balado, a relevé sept similitudes entre les deux mâchoires et aucune discordance à partir des mêmes documents.

La photo de la noyée de la rivière des Prairies publiée dans « Allô Police », en page 3 de l’édition du 25 octobre 1953 ainsi que la fiche dentaire de Marie-Paule Rochette tirée de son dossier militaire.La photo de la noyée de la rivière des Prairies et la fiche dentaire de Marie-Paule Rochette font partie des éléments entre les mains des autorités. Photo : Radio-Canada / Photo et archives utilisées avec la permission de Patricia Rochette

Le processus d’identification est toujours en cours, confirme pour sa part le Bureau du coroner, joint juste avant la diffusion des nouveaux épisodes.

Nous y apprenons entre autres que le corps pourrait être identifié seulement à partir des éléments déjà entre les mains du Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale, « mais si on n’est pas assez certain, on va faire l’exhumation » du corps de la noyée, assure Catherine Rudel-Tessier.

Une démarche déjà envisagée par Patricia Rochette et Stéphane Berthomet, qui se sont cependant butés à plusieurs obstacles.

La dépouille de la noyée de la rivière des Prairies se trouve au repos Saint-François d'Assise, une fosse commune de Montréal, dont les plans ne permettraient pas de localiser l’emplacement exact du corps.

L’exhumer pourrait ainsi s’avérer difficile, faute des moyens financiers nécessaires, voire impossible, selon ce que rapporte Patricia Rochette de sa conversation avec la policière du SPVM chargée du dossier.

Une quête familiale sur plusieurs décennies

La pierre tombale où la famille Rochette a fait graver le nom de Marie-Paule Rochette en 2016.La pierre tombale où la famille Rochette a fait graver le nom de Marie-Paule Rochette en 2016. Photo : Radio-Canada / Patricia Rochette

Quatre membres de la famille Rochette ont, à travers les années, tenté d’élucider la disparition de Marie-Paule, alors âgée de 35 ans.

Son frère Raymond a fait ce qu’il a pu à l’époque, puis ses trois enfants ont poursuivi son travail : Louis, dont les notes se retrouvent dans la mallette, François, qui l’avait en possession, et Patricia, dont l’acharnement permet aujourd’hui d’apercevoir la lumière au bout du tunnel.

Patricia, François et leur frère Louis, aujourd’hui décédé, sont les porteurs à travers une génération d’un message que j’ai décidé de reprendre à mon compte. Nous voulons la vérité pour Marie-Paule Rochette.

Stéphane Berthomet, dans un extrait du balado Disparue(s)

Mais au-delà de la vérité, la démarche de Patricia Rochette était justifiée par son désir d’enterrer sa tante aux côtés de ses parents et de son frère au cimetière Saint-Charles, à Québec.

Rien ne garantit qu’elle y parvienne, peu importe le dénouement de l’enquête policière.

Et rien n’indique non plus qu’il y aura un jour justice pour Marie-Paule Rochette, s’il s’avère que la femme assassinée retrouvée dans la rivière des Prairies et elle sont bel et bien la même personne.

Découvrez les nouveaux éléments de l’enquête dans les épisodes 7, 8 et 9 du balado Disparue(s), disponibles sur l’application ICI RADIO-CANADA PREMIÈRE ou en ligne sur Radio-Canada.ca/disparues.

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