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La blessure des pensionnats autochtones

Des élèves de la Première Nation Blackfoot regroupés devant le pensionnat autochtone à vocation industrielle Saint Joseph (aussi appelée Dunbow), à l'est de High River, en Alberta, en 1888.
Radio-Canada

Les 200 ans de présence de l'Église catholique dans l'Ouest canadien ont été marqués, entre autres, par la création de pensionnats autochtones. L'Église s'engage à présent sur la longue voie de la réconciliation avec les Autochtones.

Un texte de Virginie Dallaire

De la fin des années 1800 jusqu’en 1996, date de la fermeture du dernier pensionnat autochtone, plus de 150 000 enfants autochtones ont été retirés de leurs familles pour être instruits par des groupes religieux.

Ce pan de l'histoire canadienne a été orchestré, en partie, par le premier ministre de l'époque, John A. Macdonald, qui souhaitait ainsi l'assimilation des peuples autochtones.

Citation de John A. Macdonald en 1883 : « Les enfants indiens 
devraient être retirés le plus possible de l'influence de 
leurs parents, et la manière d'y arriver est de les placer dans des écoles industrielles où ils vont acquérir les 
habitudes et les pratiques 
des Blancs. »John A. Macdonald Photo : Bibliothèque et Archives Canada

Ry Moran, artiste métis et directeur du Centre national pour la vérité et la réconciliation, est d'avis que les pensionnats autochtones ont servi à détruire de nombreux aspects de la vie des enfants autochtones. La Commission de vérité et réconciliation a d'ailleurs reconnu que les pensionnats ont été un outil central d'un génocide culturel à l'égard des Autochtones.

« Dans les écoles, il y avait beaucoup d’abus, déplore Ry Moran. Il y avait beaucoup d’abus physiques, émotionnels, et une des grandes choses aussi était de l’abus ou de la violence spirituelle, et ça, c’est quelque chose qui est central et c’est quelque chose que toutes les églises ont fait. »

Dans l’Ouest, ce sont entre autres les missionnaires oblats et les Soeurs grises qui ont eu comme mission d’instruire les jeunes Autochtones.

Lorraine Turchansky, directrice des communications pour l’Archidiocèse catholique d’Edmonton, admet que l'Église a suivi la volonté d'assimilation du gouvernement de l'époque et qu'il y a eu des sévices dans ces écoles.

C’est vrai que des choses horribles sont survenues dans les écoles résidentielles.

Lorraine Turchansky, directrice des communications, Archidiocèse catholique d'Edmonton

Selon elle, les religieux responsables de ces écoles manquaient énormément de ressources. Elle ajoute qu’il faut se remettre dans le contexte de l’époque pour tenter de comprendre comment les sévices ont pu être commis.

« Il y a eu des périodes vraiment difficiles. Dans certains cas, ils n’avaient pas les ressources du gouvernement dont ils avaient besoin pour nourrir ces enfants ou le personnel nécessaire pour s’occuper d’un nombre approprié d’élèves. »

Le chemin vers la guérison

En 2009, la Commission de vérité et réconciliation a levé le voile sur ce pan de l’histoire canadienne et catholique.

Pendant six ans, les commissaires ont recueilli les témoignages de plus de 7000 victimes, à travers le pays, de ces pensionnats autochtones. Leur rapport contient 94 recommandations pour amener le Canada à amorcer un processus de réconciliation avec les Autochtones.

Lorraine Turchansky est d’avis que l’Église catholique a, depuis la Commission, effectué un virage majeur vers une réconciliation avec les victimes. L’Église s’est mise au défi de laisser tomber son approche paternaliste du passé.

C’est un voyage, un périple vers la guérison. Combien de temps prendra ce voyage? Je ne sais pas.

Lorraine Turchansky, directrice des communications, Archidiocèse catholique d'Edmonton

Ry Moran a bon espoir qu’on parviendra à une réconciliation avec l’Église catholique, mais il croit lui aussi qu'il reste beaucoup de travail à faire.

« [Lorsque c’est fait dans le respect], avec une vraie reconnaissance de l’histoire et quand il y a une vraie [volonté] de trouver les manières de travailler ensemble, oui, absolument oui, la réconciliation est possible. »

L’histoire au-delà des blessures

Kate Rozon (à gauche), archiviste pour les Archives provinciales de l'Alberta, présente à la journaliste Virginie Dallaire (à droite), un registre d'inscriptions d'élèves au pensionnat de Red Deer, datant de 1884.Kate Rozon (à gauche), archiviste aux Archives provinciales de l'Alberta, présente à la journaliste Virginie Dallaire (à droite), un registre d'inscriptions d'élèves au pensionnat de Red Deer, datant de 1884. Photo : Radio-Canada

Bien que l’Église reconnaisse à présent les sévices perpétrés dans les écoles résidentielles, Lorraine Turchansky reste convaincue que les missionnaires oblats ont joué un rôle important pour les peuples autochtones et les premiers arrivants dans l’Ouest canadien.

« Je crois qu’on retrouve encore les traces de la présence catholique, que ce soit dans les services sociaux, par les écoles catholiques et le système de santé. »

Claude Roberto, ancienne archiviste aux Archives provinciales de l’Alberta, partage ce point de vue.

Les oblats ont aidé à sauvegarder la culture amérindienne. Ils ont aussi écrit des livres, des dictionnaires [en langue autochtone], des livres de grammaire.

Claude Roberto, ancienne archiviste

Kate Rozon, également archiviste, explique que les oblats ont documenté presque tous les aspects entourant les pensionnats autochtones. Même si elle sait que ce pan de l'histoire canadienne n'est pas des plus reluisants, elle trouve important que des traces en subsistent aujourd'hui.

« Bien ou mal, c’est l’histoire. Le Canada a plusieurs histoires à raconter, et une histoire, c’est juste une histoire si on n’a pas de preuves. »

Le centre national des archives de l’Alberta regorge d’ailleurs de photos, de registres d’inscription des écoles et d’écrits produits par les oblats sur la vie des enfants dans les pensionnats.

Ces documents constituent parfois un point de départ vers la guérison pour les victimes ou leurs familles, qui viennent pour y retrouver une partie de leur identité.

Pour sa part, Ry Moran croit qu'un important travail d'information et de sensibilisation reste à faire auprès des Canadiens à propos de l'histoire des Autochtones.

« On doit travailler très fort pour établir de nouvelles relations entre les personnes autochtones et les personnes non autochtones au Canada », conclut-il.

Avec la collaboration de Mylène Briand

Alberta

Société