•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La pilule abortive toujours hors de portée de la plupart des femmes en Nouvelle-Écosse

la pilule Mifegymiso
Mifegymiso est une pilule qui met fin de façon médicale à une grossesse, dans les premières semaines. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

La pilule abortive n'est toujours pas facilement accessible aux femmes de la Nouvelle-Écosse, car il n'existe pas de code de facturation spécifique au Mifegymiso.

Les médecins ne peuvent facturer à la province qu’un montant équivalent à celui d’une consultation médicale ordinaire. Ils soutiennent qu’il faut beaucoup plus de temps pour prescrire le médicament aux patientes.

L’automne dernier, la province avait annoncé que le Mifegymiso, une combinaison de médicaments qui permet d’interrompre une grossesse sans procédure chirurgicale jusqu’à 63 jours après la conception, serait couvert par le système public de santé.

La plupart des femmes qui en ont fait la demande rapportent avoir été incapables d’obtenir une ordonnance, car la majorité des médecins de famille ainsi que la seule clinique d’avortement de la Nouvelle-Écosse ne l’offrent pas.

Offrir le Mifegymiso « implique bien plus que de simplement écrire une prescription », selon Lianne Yoshida, codirectrice médicale de l’unité d’interruption de grossesse au centre des sciences de la santé de l’Hôpital Queen Elizabeth II d'Halifax.

Elle explique que les médecins conseillent et informent leurs patientes au sujet des options disponibles, prodiguent des explications concernant la prise sécuritaire des médicaments, et expliquent à ces femmes ce à quoi elles doivent s’attendre. Des tests sanguins et une échographie sont nécessaires, et il y a aussi des rendez-vous de suivi.

La Dre Yoshida explique que les médecins ne peuvent facturer qu’une visite ordinaire, ce qui ne reflète pas le temps consacré à la patiente et ne se compare pas à la rémunération de leurs homologues des autres provinces. Elle indique avoir demandé un code de facturation peu après l’approbation du Mifegymiso par Santé Canada en 2015.

Le Mifegymiso...

  • est une combinaison de deux médicaments, le mifépristone et le misoprostol;
  • est sur la liste des médicaments essentiels de l'Organisation mondiale de la santé;
  • il permet d'interrompre une grossesse sans devoir subir un avortement chirurgical;
  • il permet d'interrompre la grossesse jusqu'à 63 jours, ou 9 semaines après la conception;
  • au départ, il ne pouvait être prescrit que durant les 49 jours, ou 7 semaines suivant la conception;
  • était autrefois connu sous l'appellation RU 486, d'après les initiales du laboratoire qui l'avait breveté;
  • en usage en France, où il a été créé, depuis 1987, et aux États-Unis depuis 2000, Santé Canada n'y a donné le feu vert qu'en 2015.

Une porte-parole du ministère de la Santé de la Nouvelle-Écosse, Tracy Barron, soulève que plusieurs médicaments sont régulièrement approuvés par Santé Canada, sans qu’un nouveau code de facturation ne soit nécessaire aux médecins pour qu’ils les prescrivent. Les frais du médecin sont, dit-elle, couverts par la rémunération offerte par le régime de santé provincial, qui inclut la visite où le docteur explique à son patient les avantages et les risques d'un médicament.

Mme Barron précise que la province a été informée de la situation qui prévaut avec le Mifegymiso et elle dit qu’une requête est présentement à l’étude pour un code de facturation spécifique.

« Cette requête est une priorité », assure-t-elle.

Le Dr Ken Wilson, consultant médical chez Doctors Nova Scotia, un organisme qui représente quelque 2400 médecins en Nouvelle-Écosse, explique que la mise en place d’un nouveau code de facturation pour le Mifegymiso a été retardée par le fait que les médecins ignoraient au départ combien de temps prendraient les consultations médicales.

Martha Paynter.Agrandir l’imageMartha Paynter. Photo : CBC

Il dit que si les démarches s’éternisent, il insistera pour que le ministère de la Santé établisse un montant temporaire.

Martha Paynter, une infirmière de la région d’Halifax et ancienne présidente de la section du Fonds d'action et d'éducation juridiques pour les femmes à Halifax, estime que le code de facturation est une question urgente.

« Il existe beaucoup de confusion. Vous ne pouvez pas dire que vous allez payer pour les interruptions médicales de grossesse le 1er novembre quand vous n’avez même pas créé un mécanisme pour payer la personne qui prescrit », déplore-t-elle.

« Pour les patientes qui ont fait toutes leurs recherches et sont convaincues de leur décision, ce sera relativement rapide », dit Mme Paynter. « Mais dans les autres cas, lorsque davantage de conseils et d’éducation sont requis, de permettre aux docteurs de facturer une visite de 10 minutes seulement n’est pas suffisant. »

Avec les informations de La Presse canadienne

Nouvelle-Écosse

Santé