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Souvenirs d'un autre Ordre : retour sur une société secrète francophone au Manitoba

un vieux cahier, une page ouverte, avec des notes écrites à la main.

Procès-verbal d'une cellule manitobaine de l'Ordre de Jacques-Cartier datant du 27 novembre 1932.

Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

On l'appelait la Patente. C'était une société secrète, établie un peu partout dans le Canada français, pour « former et grouper une élite militante » au service du « bien commun des catholiques de langue française », selon ses statuts.

Un texte de Sylviane Lanthier et Thibault Jourdan

Le nom officiel de cette société secrète, qui exerçait dans la plus grande discrétion était l’Ordre de Jacques-Cartier. Fondé en 1926, disparu en 1965, l’Ordre de Jacques-Cartier (OJC) a pu compter jusqu’à 40 000 membres au pays à son apogée, relate le politologue Raymond Hébert.

Au Manitoba, l’Ordre a certainement eu deux cellules, l’une à Saint-Boniface et l’autre à Saint-Pierre-Jolys, et peut-être une troisième à La Broquerie. « Il y a même eu un congrès national de l’OJC en 1943 à La Broquerie, précise M. Hébert. Donc [l’OJC] était certainement actif au Manitoba. » L'Ordre y comptait 20 membres environ dans les années 1920, et peut-être une cinquantaine dans les années 1940 ou 1950, selon Raymond Hébert, qui rappelle qu'il est impossible de le savoir avec précision.

Un homme assis à une table conenant deux boîtes de documents, certains d'entre eux étalés devant lui sur la table, et il feuillette un dossier. Autour de lui, des étagères conternant deslivres et des documents.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Raymond Hébert, au Centre du patrimoine de Saint-Boniface, à Winnipeg, examine les documents du fonds d'archives de Raymond Bernier relatifs à l'Ordre de Jacques-Cartier.

Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

Raymond Hébert est tombé par hasard sur des archives relatant l’existence de l’OJC au Manitoba, il y a une dizaine d'années, alors qu’il faisait des recherches au Centre du patrimoine de Saint-Boniface, à Winnipeg, pour documenter son livre sur la Révolution tranquille au Manitoba français.

C’est en cherchant dans les archives de Raymond Bernier, un ancien de l’Association canadienne d’éducation de langue française (qui a précédé la Société de la francophonie du Manitoba), qu’il a découvert les documents.

Correctif : une version précédente de ce texte attribuait les archives de Raymond Bernier à Raymond Hébert.

J’ai été emballé! C’est pour ça qu’on fait de la recherche. Je savais que ça existait, mais je n’avais jamais vu d’archives de l’Ordre de Jacques-Cartier.

Une citation de : Raymond Hébert, politologue

Sa découverte? « Quatre-vingts pages de textes, quatre ans de procès-verbaux, avec les noms des gens les plus actifs de l’Ordre. » Ces pages lui ont donné un aperçu des activités de l’OJC au Manitoba. Ce sont, explique Raymond Hébert, essentiellement des hommes qui se rencontraient en secret pour organiser des stratégies et tenter d’influencer la Ville de Saint-Boniface, ou encore la province, afin de favoriser la prise de pouvoir ou de postes clés par les francophones.

Au début, l’OJC, présente surtout au Québec, où elle a eu le plus d'influence, « voulait essayer de faire entrer le plus de francophones possibles à la fonction publique fédérale pour faire contrepoids à l’influence perçue des francs-maçons qui plaçaient [les leurs dans] des postes-cadres à la fonction publique », explique Raymond Hébert.

« L’Ordre s’est préoccupé du côté municipal et provincial, au Québec certainement », précise M. Hébert. Il estime que l’influence de l’Ordre n’a pas été aussi importante au Manitoba, en raison de la faible proportion de la population francophone, « sauf peut-être au niveau municipal, quand Saint-Boniface était une ville ».

« On se préoccupait de plusieurs choses, on le voit dans les [procès-verbaux], note-t-il. On y parle ainsi de recrutement de médecins francophones ou encore de façon d’aider financièrement des élèves du Collège de Saint-Boniface dans le besoin. » Des préoccupations légitimes qui ne nécessitaient pas toutefois l'existence d'une société secrète, relève le chercheur.

Des membres manitobains de l’Ordre de Jacques-Cartier

Les archives de Raymond Bernier au sujet de l'OJC permettent de connaître quelques-uns des noms de l’Ordre au Manitoba, qui y sont listés. On y trouve ainsi :

  • Mgr Jubinville;
  • Donatien Frémont, ancien rédacteur de La Liberté;
  • Émile Couture, père de la romancière Arlette Cousture;
  • Amable Toupin;
  • Joe Mathieu;
  • Ulric Lambert;
  • Henri Lacerte;
  • Henri Deschambault;
  • Georges-Henri Daigneault, qui était secrétaire général de l'Association canadienne d’éducation de langue française.

« Mgr Baudoux, le juge Prudhomme, Roland Couture, qui était directeur de CKSB, Alfred Monnin en ont aussi été membres  », rappelle Raymond Hébert.

L’évolution de la société a eu raison de cette société secrète, qui reposait sur une alliance très forte entre la langue et la foi.

« Ce lien était contesté par des gens, des jeunes comme moi dans les années 1960. Aujourd’hui, on ne veut plus que le clergé contrôle des institutions séculières qui devraient être laïques, alors que l’OJC fusionnait les deux », rappelle Raymond Hébert, qui a par ailleurs lui-même été recruté par l’Ordre de Jacques-Cartier, vers 1963, alors qu’il était étudiant au Collège de Saint-Boniface.

« Mais je n’ai jamais participé à une réunion, dit-il, et l’Ordre a été aboli deux ans plus tard. »

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