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Des particules de schiste contaminent un puits, selon des analyses

Marc tient dans sa main un bocal en verre avec de l'eau de couleur noire.

Marc St-Pierre montre l'eau noire qui sort de son puits

Photo : Radio-Canada / Nicolas Pham

Radio-Canada

La présence de particules de schiste noir a augmenté substantiellement dans un puits de la région de Chatham-Kent en Ontario, après des travaux d'installation d'éoliennes. C'est ce qu'indiquent les résultats d'analyses d'eau commandées par un groupe de défense des citoyens qui soutient que le problème est répandu dans le secteur.

Un texte de Colin Côté-Paulette

Dix-huit résidents du comté de Dover accusent les promoteurs d'un parc d'éoliennes, les compagnies Samsung et Pattern Development, d'avoir contaminé l'eau de leurs puits.

Radio-Canada a appris que les membres du groupe Water Wells First ont récemment reçu les résultats d'analyses d'eau.

Ces analyses démontrent que la concentration de schiste noire est passée d'environ 47 microparticules par millilitre avant les travaux à 681 939 microparticules par millilitre après les travaux.

Les échantillons d'eau ont été recueillis dans un seul puits. Les employés du laboratoire qui ont effectué les analyses n'ont toutefois pas prélevé les échantillons eux-mêmes.

Photo d'un champ avec le pieux pour creuser les fondations

Installation par battage de pieux des fondations des éoliennes pour le projet North Kent One en 2017

Photo : Radio-Canada / Nicolas Pham

« Ça prouve que la nappe phréatique de la région est très sensible aux vibrations », indique le porte-parole du groupe, Kevin Jakubec.

D'après le groupe, c'est la technique utilisée par les entreprises Samsung et Pattern Development pour installer la base des éoliennes, le battage de pieux, qui ferait autant vibrer le sol.

Les tests ont été effectués par les laboratoires RTI au Michigan, puisque ceux-ci possèdent la certification ISO17025, une norme scientifique internationale dans l'analyse au microscope de particules.

La majorité des microparticules de schiste noir mesurent moins d'un micron, ce qui rend la filtration de l'eau extrêmement difficile.

Kevin Jakubec, porte-parole de Water Wells First

M. Jakubec croit que le schiste noir contient beaucoup de métaux et pose un danger pour la santé.

« On sait qu'il y a de l'uranium dans le schiste et que l'uranium peut libérer du radon. C'est documenté dans la géologie médicale », soutient-il.

Portrait de Kevin dans son salon

Kevin Jakubek, porte-parole de Water Wells First

Photo : Radio-Canada / Nicolas Pham

Les scientifiques partagés

La plupart des experts questionnés à ce sujet estiment que tout dépend des éléments que contient le schiste en question.

« C'est normal qu'il y ait des particules de schiste dans des puits privés. Ce sont plutôt les métaux dans l'eau qui sont inquiétants et certains schistes ont un taux de métaux très élevé, d'autres bas », explique le géologue à la retraite Olle Selinus.

D'après ce dernier, l'eau doit être analysée selon une série d'éléments pour pouvoir déterminer si elle est néfaste ou non pour la santé.

« Boire de l'eau qui contient des particules n'est pas encouragé mais ne peut pas être dangereux pour la santé [...] si les particules de schiste ne contiennent pas d'éléments toxiques comme de l'arsenic et du mercure par exemple », explique le professeur au département de géologie de l'Université de Dallas, Robert Finkelman.

M. Jakubec soutient, pour sa part, que c'est l'exposition à une grande concentration de particules est problématique, à long terme.

La formation de schiste noir dont on parle est particulière au sud-ouest de l'Ontario. [...] Elle n'est pas très profonde dans le sol et, au-dessus d'elle, il y a la nappe phréatique.

Kevin Jakubec, porte-parole de Water Wells First.
Une route à travers champs avec une énorme éolienne à droite

Une éolienne sur le bord de la route proche de la ville de Dover Center, Ontario

Photo : Radio-Canada / Nicolas Pham

Une approche prudente

Les scientifiques qui ont analysé l'eau croient toutefois que le nombre de particules pourrait être bien plus élevé que ce que leurs résultats ont démontré.

« Quand on a établi le protocole pour caractériser le schiste noir, on a été très prudents dans nos critères d'identification », commente Loyd Kauffman, l'un des directeurs des laboratoires RTI.

Je comprends les questions politiques derrière cette affaire et c'est pourquoi on essaie d'être la troisième partie neutre du conflit.

Loyd Kauffman, Laboratoires RTI

Le scientifique précise qu'il ne peut commenter la façon dont les échantillons ont été recueillis puisqu'aucun membre de son équipe n'était présent.

Gouvernements peu proactifs

Dans une déclaration écrite, le ministère de l'Environnement de l'Ontario indique qu'il continue d'examiner les résultats d'analyses de l'eau commandées par Pattern Development et de Samsung.

Ses employés devraient présenter un état de la situation aux propriétaires des puits au cours des prochaines semaines.

Le porte-parole du ministère rappelle que les réserves d'eau souterraine, qui alimentent les puits, sont situées juste au-dessus du schiste. Cela expliquerait la présence de particules dans l'eau.

Le ministère n'écarte pas non plus une potentielle contamination bactérienne de l'eau, qui créerait de la turbidité.

De son côté, le service des communications de Santé Canada a envoyé un message à Radio-Canada. « Si votre eau potable provient d'un puits situé sur votre propriété privée, vous avez probablement la responsabilité de vous assurer qu'elle est propre à la consommation. Il faut faire analyser cette eau périodiquement pour vérifier si elle est toujours saine. »

Windsor

Environnement