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Trudeau à Davos, entre exercice de vente et choc des idées

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Justin Trudeau est au Forum économique mondial pour aller à la pêche aux investissements, mais il y fera aussi la promotion de l'ouverture des marchés et du partage des richesses. Le premier ministre pourrait y croiser le président américain, Donald Trump, à contre-courant de l'esprit du Forum, qui traverse l'Atlantique pour promouvoir son programme « les États-Unis d'abord ».

Un texte de Fannie Olivier

Justin Trudeau est arrivé tard lundi soir dans les Alpes suisses avec, dans sa poche, l’atout d’une économie canadienne bien portante. Dans cette grand-messe réunissant les dirigeants des multinationales et les leaders mondiaux, le premier ministre tentera surtout d’attirer des investissements étrangers au pays.

« C’est un exercice de vente. Il y a beaucoup de marketing », explique Patrick Leblond, économiste et titulaire de la Chaire CN-Paul-M.-Tellier en entreprises et politiques publiques, à l'Université d'Ottawa.

Les entreprises ne pensent pas nécessairement au Canada. Elles pensent aux États-Unis, à la Chine. Le Canada demeure, malgré tout, un petit joueur. Mais si on peut faire valoir nos avantages dans un contexte comme celui [de Davos], c’est positif.

Une citation de : Patrick Leblond, économiste et titulaire de la Chaire CN-Paul-M.-Tellier de l'Université d'Ottawa

Le fait d’envoyer à Davos Justin Trudeau lui-même donne plus de poids à l’argument de vente, explique-t-on au bureau du premier ministre.

Pour John Manley, président du Conseil canadien des affaires et ancien ministre libéral, la présence de M. Trudeau est la bienvenue, d’autant que de nombreux chefs d’État et de gouvernement ont décidé de faire le voyage cette année, comme le président français, Emmanuel Macron, et la première ministre britannique, Theresa May, en plus de M. Trump.

« C'est important et c'est un endroit où le premier ministre peut bien représenter le Canada […] et exprimer les valeurs du Canada », signale-t-il.

Justin Trudeau y a emmené quelques-uns de ses ministres pour l’épauler dans cet exercice : Chrystia Freeland aux Affaires étrangères, Bill Morneau aux Finances, Navdeep Bains à l’Innovation et Maryam Monsef à la Condition féminine.

Monde fracturé

Le thème du Forum cette année, « Construire un avenir commun dans un monde fracturé », semble en phase avec la volonté affichée des libéraux fédéraux de faire profiter de la croissance économique à tous.

« On a une occasion de parler à des gens qui ont le pouvoir de changer les choses. On essaie de communiquer qu’ils ont le devoir de s’assurer que la croissance doit être partagée », explique une source au gouvernement.

Le premier ministre a également l’intention d’y faire la promotion de l’égalité des sexes. Il doit notamment tenir là-bas une séance publique avec Malala Yousafzai – à qui il a offert la citoyenneté canadienne honoraire l’an dernier – pour discuter d’éducation et d’autonomisation des femmes.

L’environnement devrait aussi être l’un des thèmes de choix, alors que dans son rapport de 2018 sur les risques planétaires, le Forum économique mondial plaçait en tête de liste des préoccupations les enjeux environnementaux, comme les événements climatiques extrêmes et les désastres naturels.

Les yeux sur Trump

Parmi les 70 chefs d’État et de gouvernement qui sont attendus à Davos, Donald Trump est sans l’ombre d’un doute celui qui risque le plus d’attirer l’attention.

Le président, qui ne cache pas sa vision protectionniste, se trouvera parmi des leaders qui cherchent, au contraire, à faire tomber les barrières du commerce. Sa porte-parole, Sarah Huckabee Sanders, a mentionné qu’il s’y rendait pour promouvoir son programme « les États-Unis d’abord », ce qui semble aller à l'encontre de l’esprit du Forum, qu’il avait d’ailleurs critiqué en campagne.

Pourquoi y assister, alors?

Ça vient rejoindre le côté vaniteux de M. Trump […] d’être en présence des bonzes de ce monde et de se faire voir. Et comme on sait qu’en plus tout le monde va vouloir parler de M. Trump – on sait qu’il aime beaucoup l’attention – […], c’est peut-être une des raisons pour lesquelles il y va.

Une citation de : L'économiste Patrick Leblond

Bill Clinton est le dernier président américain à avoir fait le déplacement au Forum de Davos, en 2000. Donald Trump doit prononcer cette année le discours de clôture.

On ignore par ailleurs si le président croisera M. Trudeau, puisque la présence du premier ministre est attendue en début du Forum, tandis que celle de M. Trump est prévue à la fin.

Renégociation de l'ALENA

Le sujet de la renégociation de l’ALENA pourrait d’ailleurs s’inviter au Forum, alors que le sixième cycle de pourparlers se déroule simultanément à Montréal.

Guillaume Dubreuil, directeur des affaires publiques de la Chambre de commerce du Canada, souhaiterait que le gouvernement libéral profite du Forum pour faire avancer le dossier. « Même si on se retrouve en Europe, même si on est à 6000 kilomètres, la communauté d'affaires s'attend à ce que M. Trudeau défende l’ALENA, défende le commerce avec les États-Unis et soit capable de mettre ça à l'avant-plan », plaide-t-il.

L’an dernier, Justin Trudeau avait annulé sa présence à Davos, dans la foulée des controverses sur ses vacances sur l’île de l’Aga Khan et ses cocktails de financement privés. Pour éviter de paraître déconnecté de la réalité de la classe moyenne, il avait troqué une présence à ce forum réunissant la crème des dirigeants d’entreprise contre des assemblées publiques aux quatre coins du pays.

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