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L'Acadie Nouvelle face aux médias sociaux : le cri du coeur d'un dirigeant

Le journal l'Acadie Nouvelle fait face à un important défi financier.
Le journal l'Acadie Nouvelle fait face à un important défi financier. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Les dirigeants du quotidien l'Acadie Nouvelle multiplient les efforts pour surmonter l'énorme défi financier qui se dresse devant eux.

Un texte de René Landry

Une rencontre sera bientôt organisée entre les dirigeants du journal et les députés francophones du Nouveau-Brunswick, tant fédéraux que provinciaux, ainsi que des sénateurs, selon le président du conseil d'administration des Éditions de l'Acadie Nouvelle.

D'ailleurs, le message de la nouvelle année de Clarence LeBreton, publié fin décembre en page éditoriale et intitulé « Le Crépuscule... », ne laissait aucune place à l'interprétation : le journal a un urgent besoin d'aide.

Dans son message de fin d'année, le président du conseil d'administration a exprimé son inquiétude.Dans son message de fin d'année, le président du conseil d'administration a exprimé son inquiétude Photo : Radio-Canada

« C'était tout simplement pour éveiller notre population, notre lectorat, nos politiciens, nos leaders, explique Clarence LeBreton. On a un journal qui est aussi vulnérable que tous les autres. Mais, en étant le seul quotidien dans un milieu minoritaire, ça demandait un cri d'alarme. »

Le jour où l'Acadie Nouvelle va cesser, il n'y en aura pas d'autres. Ce sera fini.

Clarence LeBreton, président du conseil d'administration des Éditions de l'Acadie Nouvelle

Le président du conseil d'administration répète qu'il ne s'agit pas de demander la charité aux gouvernements. « Nous avons un lectorat qui est vieillissant, constate-t-il. Les jeunes sont beaucoup plus intéressés à Facebook, à Twitter, qu'à lire un article sur le taux de taxation du village de Saint-Antoine; ça se comprend. Ce qui est arrivé au cours des dernières années, c'est que notre gouvernement provincial et le gouvernement fédéral ont presque complètement cessé de se servir des journaux pour leurs annonces. On veut que les gouvernements continuent de se servir du journal pour leurs annonces. »

Le virage numérique

Le virage numérique de l'Acadie Nouvelle ne se fait pas sans heurts.

« Plus de 45 % de notre lectorat a 50 ans et plus et n'est pas prêt à faire le transfert vers le web, poursuit M. LeBreton. Ça se fait graduellement. On se bat littéralement contre des médias sociaux très populaires. Ce n'est pas ce qu'un journal fait tous les jours, c'est-à-dire d'être rigoureux et d'informer. Dans les médias sociaux, vous savez, on a une bonne nouvelle entre deux recettes de brownies... On s'entend que ça fait un peu différent. »

Les coûts de distribution

M. LeBreton rappelle que le journal ne reçoit pas de subventions. D'ailleurs, il parle du fonds de fiducie comme d'un cadeau empoisonné. Ce fonds de 6 millions de dollars a été créé par les gouvernements fédéral et provincial pour assurer la survie et la distribution provinciale d'un quotidien francophone.

Clarence LeBreton lance un cri d'alarme pour la survie de l'Acadie Nouvelle.Clarence LeBreton lance un cri d'alarme pour la survie de L'Acadie Nouvelle Photo : Radio-Canada / René Landry

« Le fonds de fiducie ne nous rapporte presque rien, déplore Clarence LeBreton. Nous avons continué de distribuer le journal, à perte, aux quatre coins de la province, que ce soit à Saint-Jacques du Madawaska ou à Saint-Jean ou à Fredericton. Nous avons un fonds de fiducie de 6 millions de dollars qui nous a rapporté 148 000 $ l'an passé, après les frais d'administration. On s'entend que lorsqu'un journal te coûte plus d'un million de dollars à distribuer... »

Postes éliminés, ententes collectives respectées

Le président du conseil d'administration de l'Acadie Nouvelle admet que des postes doivent être éliminés, sans donner de détails.

« On élimine peut-être des postes, mais on cherche deux personnes pour les nouvelles technologies. On s'adapte et le nombre d'employés ne diminue pas, notre couverture ne diminue pas non plus. L'Acadie Nouvelle va continuer de faire les efforts nécessaires. Les conventions collectives sont respectées. Le 1er janvier, il y avait une augmentation de salaire de 1 %, selon la dernière entente collective. Les employés l'ont reçue », affirme Clarence LeBreton.

Les dirigeants de l'Acadie Nouvelle disent vouloir poursuivre la mission de ce journal en milieu minoritaire francophone et sauvegarder plus d'une soixantaine d'emplois.

« L'Acadie Nouvelle ne va pas fermer demain, assure Clarence LeBreton. Mais si les gouvernements restent insensibles à se servir de notre journal pour leurs annonces, on va avoir énormément de difficulté. »

Un portrait trop optimiste de la situation, selon le syndicat

Le nombre d’employés a bel et bien diminué ces dernières années, rappelle Anthony Doiron, président du Syndicat des travailleuses et travailleurs de l’Acadie Nouvelle.

« Je n’ai pas les chiffres exacts, mais on a coupé du personnel de révision, des traducteurs, des photographes et d’autres. Ça, évidemment, le personnel de la salle de nouvelles est demeuré. Il n’y a pas eu de journalistes coupés en tant que tel, mais la pression sur ceux qui sont restés a doublé, triplé. On cumule des tâches, mais notre salaire stagne, voire diminue si on [tient] compte de l’inflation », déplore Anthony Doiron.

Le syndicat n’est pas d’accord non plus avec la direction sur la question du respect de la convention collective.

« Oui, on a reçu notre augmentation de 1 % le 1er janvier comme M. LeBreton l’a mentionné, mais ce qu’il ne vous dit pas, c’est que nous avons perdu notre contribution de l’employeur à notre fonds de retraite. Ça, selon notre interprétation, ça va à l’encontre de la convention collective en vigueur », affirme Anthony Doiron.

L’employeur soutient que l'arrêt de sa contribution est une mesure temporaire pour un an, ajoute M. Doiron, mais le syndicat ne sait pas encore si l’Acadie Nouvelle compte recommencer à contribuer au régime de pension immédiatement au bout cette année ou de façon progressive.

Nouveau-Brunswick

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