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Drogue au volant : le GHB encore loin devant le cannabis à Québec

Un consommateur fume un joint de marijuana.

Photo : ICI Radio-Canada

Radio-Canada

À six mois de la légalisation du cannabis, la fameuse plante est loin d'être l'ennemi public numéro un pour les policiers de Québec. C'est une autre drogue, le GHB, qui occupe toujours la part la plus importante des cas de conduite avec capacités affaiblies dans la capitale.

Un texte de Carl Marchand

Ce qu'on surnomme la drogue du viol se retrouve dans environ 70 % des cas de conduite avec facultés affaiblies répertoriés en 2017. La substance liquide a des propriétés euphorisantes qui ressemblent à celles de l’alcool quand elle est prise en petite quantité.

« On a beaucoup de cas de GHB et de méthamphétamines; c'est probablement nos deux drogues les plus prédominantes à la ville de Québec », indique le sergent-détective Jimmy Lapointe, également agent évaluateur pour la détection de la drogue au volant au Service de police de la Ville de Québec (SPVQ).

Jimmy Lapointe, sergent-détective et agent évaluateur au Service de police de la Ville de QuébecAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jimmy Lapointe, sergent-détective et agent évaluateur au Service de police de la Ville de Québec

Photo : Radio-Canada / Carl Marchand

Les forces policières ne peuvent expliquer la prédominance du GHB dans les échantillons prélevés sur des conducteurs fautifs sur son territoire. Chose certaine, cette réalité relativise les craintes quant au cannabis au volant.

« Régulièrement, des conducteurs sont interceptés en capacités affaiblies par la drogue; et à la suite de l'analyse des échantillons qui sont prélevés, ça nous permet de comprendre que le cannabis a un faible pourcentage dans tout ce à quoi on est confrontés », illustre le lieutenant Pierre Collin.

Pierre Collin, lieutenant au SPVQ à son bureau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le lieutenant Pierre Collin du Service de police de la Ville de Québec

Photo : Radio-Canada / Carl Marchand

Car les efforts pour détecter la drogue au volant ne datent pas d'hier. Depuis 2013, l'ensemble des patrouilleurs ont été formés pour repérer les conducteurs sous l'influence de stupéfiants.

Le SPVQ compte aussi neuf agents évaluateurs qui sont responsables de mener des tests plus poussés et de prélever des échantillons si nécessaire. Deux autres devraient s'ajouter en 2018.

Les conducteurs sous l'influence de la drogue ont rarement consommé une seule substance, révèle le SPVQ.

Un autre constat se dessine : alors que les cas d’alcool au volant se regroupent en majorité tard en soirée à la sortie des bars, il n’en est rien pour les stupéfiants. « Ça peut être le matin, l’après-midi, le soir ou la nuit », précise la constable Johanie Ouellet.

« On fait affaire avec des gens qui ont des problématiques, des toxicomanes. C’est à tout moment de la journée, toutes circonstances, semaine ou fin de semaine qu’on peut avoir affaire à des gens qui ont consommé », ajoute-t-elle.

La constable Johanie Ouellet du Service de police de la Ville de Québec lors d'une entrevue près d'une voiture de patrouille.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La constable Johanie Ouellet du Service de police de la Ville de Québec

Photo : Radio-Canada

À quelques mois de la légalisation du cannabis, le SPVQ assure être prêt. Néanmoins, impossible de prévoir avec certitude les impacts de cette mesure.

« Ce que je crains, c'est vraiment la combinaison cannabis et alcool qui a un effet exponentiel. C'est là que la capacité affaiblie augmente de façon exponentielle », conclut le sergent-détective Jimmy Lapointe.

Si on prend une consommation d'alcool, ça ne veut pas dire qu'on est en capacités affaiblies automatiquement. [...] Est-ce que la personne qui va consommer un joint va être en capacités affaiblies nécessairement? Je ne crois pas. Ça va être un ensemble d'observations qui vont nous amener à procéder avec un agent évaluateur.

Pierre Collin, lieutenant au SPVQ

Comment détecte-t-on la drogue?

Une fois la marijuana légalisée, les policiers ne pourront pas simplement prélever un échantillon pour épingler les conducteurs.

Un patrouilleur doit avoir un motif raisonnable de croire qu'il y a eu conduite avec les capacités affaiblies avant de procéder à l'arrestation d'un suspect. Le doute est validé notamment par trois épreuves de coordination de mouvements, semblables à celles utilisées pour la détection de l’alcool.

Quand les signes s’accumulent, le suspect est emmené au poste de police pour rencontrer un agent évaluateur pour un examen en 12 étapes qui dure environ 45 minutes.

Une pancarte annonçant une interdiction d'entrer dans un local d'un poste de police à Québec en raison d'un examen d'un agent évaluateur relativement à la détection de drogues.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le travail des agents évaluateurs ne doit pas être perturbé pour assurer la meilleure validité possible

Photo : Radio-Canada / Carl Marchand

Des questions de base sont d'abord posées sur la santé, l'alimentation et la dernière période de sommeil.

« Il y a du monde qui ne se rappelle pas quand ils ont dormi pour la dernière fois, ou que ça remonte à deux jours. Ça m'oriente », explique le constable Charles-Denis Jones, agent évaluateur.

L'agent évaluateur du Service de police de la Ville de Québec lors d'une simulation d'une épreuve de coordination de mouvement pour la détection du cannabis au volant.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le constable Charles-Denis Jones, agent évaluateur pour la détection de drogues au volant réalise l'une des épreuves de coordination de mouvement

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Viennent ensuite d'autres épreuves de coordination de mouvement, comme marcher sur une ligne, toucher son nez avec le bout des doigts ou pencher la tête. Ces tests permettent de valider tant la concentration que les capacités motrices, toutes deux essentielles à la conduite automobile.

« La minute que la personne n'est pas capable de faire les tests, qu’elle a des problèmes de mémoire, ça démontre qu’elle n'est pas apte à conduire de façon sécuritaire », précise Jimmy Lapointe.

Les tests se terminent par un examen des pupilles qui réagissent différemment chez un sujet qui a consommé de la drogue.

Un test de dilatation des pupilles lors d'un examen pour la détection du cannabis au volant.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un examen des pupilles fait partie des tests réalisés par les agents évaluateur pour déterminer si un conducteur a les capacités affaiblies par la drogue

Photo : Radio-Canada

Quand aucun agent évaluateur n'est en service, on procède à un rappel au travail, car chaque minute compte.

« Plus le délai est court, mieux c'est. On a des drogues de très courte durée, dont le GHB. C'est sûr que quand on évalue une personne deux heures après l’arrestation, il ne reste plus grand signes », convient Jimmy Lapointe.

Plus le délai est court, mieux c'est, et l'évaluation va être de qualité. On parle d'une moyenne de 30 minutes entre l'arrestation et l’arrivée de l'agent évaluateur qui commence son évaluation.

Jimmy Lapointe, sergent-détective et agent évaluateur, SPVQ

Les échantillons ne suffisent pas

Ce n'est qu'au terme de ce processus qu'un échantillon d'urine ou de sang sera prélevé sur un suspect. Plusieurs corps policiers au pays testent actuellement des appareils pour détecter la drogue dans la salive. Or, les échantillons à eux seuls seront insuffisants pour amener le dossier devant les tribunaux.

« L'échantillon salivaire ne permettra pas d'établir que la personne a les capacités affaiblies, elle va permettre d'établir qu'il y a une présence de cannabis. Ça ne nous amènera pas à porter des accusations juste avec ça. Il y a un travail qui va devoir être fait pour avoir des motifs raisonnables de croire que la personne a les capacités affaiblies par la drogue », précise le lieutenant Pierre Collin.

Québec

Drogues et stupéfiants