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La dyslexie aurait des causes anatomiques

On voit un oeil ouvert en gros plan.
Une cause de la dyslexie se trouverait au fond de l'oeil. Photo: Radio-Canada

Deux chercheurs français auraient découvert une anomalie dans les yeux des personnes dyslexiques, des travaux qui ont suscité énormément d'intérêt ces derniers mois. Cette anomalie se situe au niveau de la fovéa et pourrait expliquer pourquoi les dyslexiques ont de la difficulté à lire et à écrire.

Un texte de Daniel Carrière, de Découverte

La dyslexie est un trouble de l’apprentissage du langage écrit qui toucherait plus de 700 millions de personnes. C'est un mal mystérieux et ses causes font l’objet de nombreux débats. Malgré un cerveau qui fonctionne normalement, les dyslexiques auraient du mal à décoder certaines lettres.

Lorsqu’il lit, Edwin Cotar, un des jeunes étudiants français qui ont participé à l'étude, voit apparaître des images miroirs. Il trébuche sur certaines lettres; le b par exemple se transforme en d et le p devient un q.

Je suis toujours obligé de relire plusieurs fois mes textes avant de vraiment cerner le sens. Ce n'est pas de l'instantané. Donc j'ai appris à apprendre les sens des mots et à différencier certains sons, certaines syllabes. […] Je n'arrivais pas à écrire, à faire la différence entre un p et un b. Donc j'ai appris des techniques pour le faire.

Edwin Cotar
On voit Edwin Cotar en train de lire un document, assis dans un escalier.Edwin Cotar, un jeune dyslexique du groupe d'étude de l'Université de Rennes Photo : Pier Gagné

Avec toutes ces lettres qui dansent constamment dans leur tête, les personnes dyslexiques ont de la difficulté à lire et plusieurs d’entre elles abandonnent complètement la lecture en bas âge. On ne connaît pas les sources de la dyslexie, mais les recherches publiées jusqu’à ce jour montrent que des causes neurologiques et génétiques seraient à l’origine de ce trouble.

Nouvelle hypothèse

Les physiciens Albert Le Floch et Guy Ropars, rattachés à l’Université de Rennes, ont émis une nouvelle hypothèse : il y aurait une différence anatomique dans les yeux des personnes dyslexiques. Cette anomalie se situe en plein centre de la fovéa, dans une zone minuscule qui fait moins d’un millimètre de diamètre et qu’on appelle la tache de Maxwell.

On voit les deux hommes en gros plan, sourire à la caméra, devant un tableau rempli de formules et de concepts écrits à la craie.Les physiciens Albert Le Floch et Guy Ropars Photo : Pier Gagné

En étudiant la tache de Maxwell de 30 étudiants dyslexiques et non dyslexiques, les chercheurs ont découvert que cette petite structure était différente d’un groupe à l’autre. Les taches étaient asymétriques chez les non-dyslexiques et parfaitement rondes chez les dyslexiques.

Selon eux, les taches rondes sont rattachées à la fonction de l’œil dominant. En ayant des taches de Maxwell parfaitement rondes dans chaque œil, les dyslexiques auraient deux yeux dominants, ce qui crée une surcharge d’informations dans le cortex visuel et produirait les « images miroirs ».

Infographie : Christian Goupil

Il y a, en fait, un transfert entre les deux hémisphères. Donc un b, par exemple, transféré sur l'hémisphère droit va donner un d.

Guy Ropars, physicien à l'Université de Rennes

« Pour les personnes standards qui n'ont pas de problème de dyslexie, cette image-là [le d] va être occultée. On ne va pas la voir. Donc, il ne va nous rester que le b. Par contre, si c'est trop symétrique, comme dans le cas d’une personne dyslexique, vous allez voir à la fois le b et le d. Donc le problème, [c’est que le cerveau] ne peut pas choisir dans ces cas-là, on a donc deux images qui ont à peu près la même intensité », poursuit Guy Ropars.

On voit un « b », en gros plan en rouge, à gauche et on voit un « d » apparaître à droite. Les deux images sont symétriques.Les dyslexiques n'auraient pas un, mais deux yeux dominants. C'est ce qui produit des images miroirs et qui crée de la confusion dans le cerveau. Photo : Radio-Canada

La lampe « magique »

Non seulement les chercheurs pensent avoir découvert un des mécanismes de la dyslexie, mais ils ont aussi développé une technique pour éteindre les images miroirs qui créent la confusion lors de la lecture. Il s’agit d’une lampe stroboscopique qui émet des éclairs de lumière à différentes fréquences. Les jeunes dyslexiques qui ont participé à l’étude appellent cette lampe stroboscopique la « lampe magique ». Elle permettrait de fixer les lettres et de rendre la lecture silencieuse plus fluide.

« Ça me paraît plus clair. J’ai moins de confusion que sur la lampe classique. C’est vrai qu’il n’y a plus les lignes. La ligne que je lis ressort mieux que tout à l’heure. J’ai moins de confusion », dit Edwin Cotar, pendant une séance de lecture à l’aide de la lampe stroboscopique.

On voit Edwin Cotar en train de lire, assis, à la lumière de la lampe électrique.Dans ce test, la lampe de droite est normale et celle de gauche est stroboscopique. La lampe stroboscopique permet d’éteindre la lumière pendant une fraction de seconde, ce qui ferait en sorte d’atténuer l’image miroir chez le participant dyslexique. Photo : Pier Gagné

Hypothèse contestée

Les spécialistes des troubles de l’apprentissage ne sont toutefois pas convaincus par les conclusions de ces chercheurs. Dave Ellemberg, un neuropsychologue qui étudie le développement des fonctions visuelles à l’Université de Montréal, souligne qu’il est beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions et que l’étude ne mentionne pas précisément comment le niveau de lecture des personnes dyslexiques s’est amélioré avec la lampe stroboscopique.

Est-ce que la lecture est plus fluide, plus exacte? Est-ce qu’elle est plus rapide? Est-ce qu’immédiatement au moment où on utilise la lampe leur lecture passe de 120 mots minute à 400 mots minute lorsqu’ils font une lecture silencieuse? Ce sont toutes des choses à valider.

Dave Ellemberg, neuropsychologue
On voit le Dr Ellemberg en gros plan, assis, qui parle à la caméra.Le neuropsychologue Dave Ellemberg Photo : Radio-Canada

Guy Ropars et Albert Le Floch ne sont pas des experts de la dyslexie, ce sont des physiciens spécialisés dans l’étude de la vision et des lasers. Leurs recherches sur la symétrie des taches de Maxwell des personnes dyslexiques ont été publiées dans la revue scientifique britannique Proceedings of the Royal Society (Nouvelle fenêtre).

Cette recherche a été aussitôt critiquée par les spécialistes des troubles de l’apprentissage. La Fédération française de la dyslexie se montre très prudente. Elle fait savoir que les méthodes utilisées par les chercheurs sont peu conventionnelles et qu’il est difficile d’en apprécier la pleine valeur.

On voit les deux hommes assis, au travail, qui lisent et annotent un article scientifique.Les physiciens Albert Le Floch et Guy Ropars Photo : Pier Gagné

Le reportage de Daniel Carrière et de Pier Gagné est diffusé à l’émission Découverte, dimanche, à 18 h 30, à ICI Radio-Canada Télé.

Science