•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Seule face à un siècle de contamination, une petite coopérative ontarienne lance un cri du coeur

Le traversier Pelee Islander avance sur les eaux du Lac Érié.
L'île Pelée est la municipalité la plus méridionale du Canada. L'été, un traversier permet de s'y rendre, mais en hiver, l'île est uniquement accessible par avion. Photo: La Presse canadienne / Jason Werling
Radio-Canada

Tenue responsable de la contamination d'une partie du territoire, la Coop de l'île Pelée espère amasser suffisamment d'argent d'ici la fin du mois pour financer une étude environnementale ordonnée par le gouvernement ontarien. Sans cela, la communauté la plus au sud du pays pourrait perdre sa seule coopérative.

Un texte de Catherine Poisson

L'étude, qui permettrait de déterminer la source et le niveau de contamination des terres de l'île Pelée, a été ordonnée par le ministère de l'Environnement et de l'Action en matière de changement climatique (MEACC).

Or, les frais de cette étude s'élèvent à 80 000 $ et doivent être entièrement pris en charge par la petite coopérative de l'île, puisque c'est elle qui est jugée responsable de la contamination des terres.

Pour venir en aide à sa Coop, la municipalité a voulu déposer une demande de subvention par l'entremise du Fonds municipal vert de la Fédération canadienne des municipalités. Cette démarche requiert toutefois que 50 % du montant demandé soit déjà amassé au moment de la demande, indique le maire de l'île Pelée, Rick Masse.

L'organisme tente donc d'amasser 40 000 $ au moyen d'une campagne de sociofinancement et de donations privées.

« Si nous ne parvenons pas à amasser les fonds suffisants d'ici février, nous aurons une autre décision à prendre. Je ne veux pas penser à ce qui pourrait arriver dans ce cas-là », soupire M. Masse.

Ce serait un énorme coup dur pour notre communauté. La Coop est à la fois notre seule épicerie, bureau de poste, station d'essence et quincaillerie.

Rick Masse, maire de l'île Pelée

La romancière ontarienne Margaret Atwood a été l'une des premières à apporter son appui à la campagne de sociofinancement. L'auteure du roman à succès La Servante écarlate a une maison sur l'île Pelée, qu'elle visite chaque année.

100 ans de contamination

Selon le maire, cela fait plus de 100 ans que les terres entourant la marina Scudder, sur la côte nord de l'île, sont contaminées en raison de l'activité industrielle qui s'y déroule.

« Il y avait un quai de transbordement, un élévateur à grains, de la pêche, des installations de distribution de carburant et une marina », explique M. Masse.

Il est faux de penser que la Coop est la seule responsable, c'est un problème beaucoup plus grand.

Rick Masse, maire de l'île Pelée

Or, la seule fuite de carburant connue dans cette zone provient de la Coop, qui l'a d'ailleurs elle-même documentée.

Pour cette raison, le MEACC considère que la Coop est responsable de la contamination, et doit assumer les frais de la décontamination.

Des années d'efforts partis en fumée

En 2006, les directeurs de l'organisme ont accepté cette responsabilité et ont amorcé le processus de nettoyage.

Après avoir emprunté 600 000 $ auprès du gouvernement de l'Ontario, et 140 000 $ auprès des membres de la communauté, la Coop a investi 800 000 $ dans la mise à niveau de ses installations de distribution de carburant, et 250 000 $ pour la décontamination des terres.

Ces efforts ont permis de réhabiliter 75 % des terres.

Cependant, en 2009, un incendie a endommagé le bâtiment, dont l'équipement de décontamination, et la Coop s'est retrouvée à la case départ. Il a fallu trois ans avant d'établir un nouveau système de traitement, qui a démontré que le niveau de contamination des terres était équivalent à celui de 2006.

Après quelques années d'efforts infructueux pour décontaminer les terres, la Coop a maintenant épuisé toutes ses ressources financières.

L'ordonnance du ministère oblige la Coop à réaliser cette étude environnementale, mais la Coop n'en a plus les moyens.

Rick Masse, maire de l'île Pelée

« Le ministère est tout à fait au courant de la situation. Ils semblent compréhensifs, mais ils refusent de revoir leur ordonnance », déplore le maire.

Au moment de publier, le ministère de l'Environnement et de l'Action en matière de changement climatique n'avait pas encore répondu à la demande de commentaires de Radio-Canada.

Environnement