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Dénonciations dans le milieu du divertissement : un débat essentiel, selon Robert Lepage

Robert Lepage.

Comédien et metteur en scène, Robert Lepage avoue que les récentes dénonciations dans son domaine l'ont fait réfléchir aux malaises qu'il aurait lui-même pu créer sans le vouloir.

Photo : BERTRAND GUAY/AFP/Getty Images

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'homme de théâtre Robert Lepage admet avoir atteint un certain seuil de saturation relativement à la vague de dénonciations de harcèlement et d'inconduite sexuelle non seulement au Québec, mais aussi au Canada anglais à la suite de l'affaire Albert Schultz. Or, cela ne l'empêche pas de croire que le débat demeure essentiel dans le milieu.

Un texte de Kevin Sweet

« Nous avons eu nos scandales au Québec, qui ont été couverts dans tous les médias. Ensuite, il y a eu l’histoire d’Albert Schultz, qui a fait les manchettes partout au Canada anglais. Il arrive à un moment où on perd de l'intérêt, parce que ça n'arrête pas, c’est une personne après l’autre. Cela étant dit, ça demeure important d’en parler », a expliqué Robert Lepage lors d'une entrevue accordée à l'émission q et diffusée mercredi sur les ondes de CBC.

« C’est un débat important, et je pense que les comportements commencent à changer », a-t-il poursuivi, lorsque questionné sur ses observations à propos de ce qui retient présentement l'attention sur la scène théâtrale.

De son propre aveu, le théâtre, les répétitions qui lui sont inhérentes, de même que les plateaux de tournage de télé et de cinéma s'avèrent des lieux où une certaine forme d'intimité peut s'installer.

On demande par exemple à des gens de s’embrasser parce que la pièce l'exige. Il s'agit d'un espace étrange et très délicat pouvant parfois servir d'excuse. On ne s’en rend pas immédiatement compte. Tout n’est pas noir ou blanc. Il y a plusieurs nuances de gris.

Robert Lepage, metteur en scène et comédien

Remise en question personnelle

Robert Lepage s’est demandé s’il était lui-même déjà allé trop loin.

Je me suis demandé si, il y a 15 ans, j’avais pu faire une blague déplacée et si quelqu’un, quelque part, allait sortir du placard pour me le reprocher.

Robert Lepage
Une comédienne est assise sur les genoux de Robert Lepage qui porte une perruqie aux longs cheveux blancs dans un décor évoquant un boudoir.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Robert Lepage incarne le marquis de Sade dans la pièce «Quills».

Photo : STEPHANE BOURGEOIS

L'homme de théâtre a par ailleurs cité le spectacle Quills, dans lequel il tient le rôle du marquis de Sade, rôle pour lequel il a consciemment accepté de jouer totalement nu pendant une grande partie de la pièce.

« Il y a une scène où je dois faire l’amour avec une femme, sur une croix, la tête à l'envers. C’est très intime de faire ça devant ses collègues. Il faut être professionnel, [...] mais en même temps, il faut aussi en rire », a-t-il commenté.

Je n’excuse les comportements de personne. Mais, en même temps, le théâtre est un lieu étrange où il n’y a pas de limites. Chacun doit donc établir les siennes. Il n’y a pas de règle écrite.

Robert Lepage

« Certains hommes, et je ne donnerai pas de noms, en profitent, parce qu’ils ont le sentiment d’avoir le pouvoir de le faire. Moi, je ne suis pas comme ça », a tenu à préciser M. Lepage. « J’ai un processus plus collectif et je ne me permets pas des choses à cause de mes personnages. »

Les accusations d’inconduite sexuelle contre le sénateur américain Al Franken l’ont beaucoup fait réfléchir. En novembre 2017, une animatrice de radio de Los Angeles accusait le sénateur démocrate de l’avoir embrassée de force et d’avoir pris une photo dans laquelle il semble poser les mains sur ses seins pendant qu’elle est endormie.

« Depuis la publication de cette histoire-là, je me retiens beaucoup plus de faire des farces qui ne sont pas politiquement correctes en répétition », a conclu M. Lepage.

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