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Une femme d'affaires dénonce l'exclusion des femmes d'un club de squash pour hommes

L'ancienne présidente de la Chambre de commerce de Winnipeg, Jodi Moskal.
Jodi Moskal, l'ancienne présidente de la Chambre de commerce de Winnipeg estime qu'il est temps que les clubs privés réservés aux hommes s'ouvrent aux femmes. Photo: Radio-Canada / Jeff Stapleton
Radio-Canada

L'ancienne présidente de la Chambre de commerce de Winnipeg estime qu'il est temps que les clubs réservés aux hommes s'ouvrent aux femmes. Elle vise notamment un club de squash qui exclut les femmes et les empêche de participer à ses activités de réseautage.

Jodi Moskal, copropriétaire d'une entreprise d'électricité, s'est mise en tête de trouver des clubs réservés aux hommes qui ont depuis ouvert leurs portes aux femmes. Pendant ses recherches, elle a découvert que le Winnipeg Squash Racquet Club continue d'empêcher les femmes de faire partie de ses membres, et ce, depuis son ouverture en 1909.

Elle se dit particulièrement choquée d'un message publié sur le site du club en question. « Désolé, mesdames, c'est réservé aux hommes », peut-on lire sur la page d'accueil du site qui explique les avantages d'être membre. Le club, qui met l'accent sur les occasions de réseautage réservées à ses membres, se targue par ailleurs d'être « l'un des derniers clubs privés réservés aux hommes au Canada ».

« Je n'ai pas cherché à en savoir plus, je sais juste que je ne peux pas être admise parce que je suis une femme. Cela fait beaucoup de mal aux jeunes femmes qui essayent de percer dans le monde des affaires à Winnipeg », regrette Jodi Moskal.

Lorsqu'elle a publié sa découverte dans un message sur Twitter, une personne lui a répondu que c'était de sa faute si elle manquait quelque chose parce que son mari pouvait, lui, adhérer au club. D'autres internautes ont en revanche pris position et demandé au club de modifier ses règles.

Une photo publiée sur le site montre quatre hommes portant des vestons de sport et tenant des verres de whisky. En plus de l'accès à des terrains de squash, à des tables de billard et à des cabines de bronzage, le club organise des rendez-vous d'affaires propices au réseautage.

Des hommes posent sur une photo publiée sur le site Internet du Winnipeg Squash Racquet Club. Le site Internet du Winnipeg Squash Racquet Club met en avant des hommes jeunes et met l'accent sur les avantages qu'il y a à devenir membre du club Photo : Radio-Canada

« Beaucoup de nos membres y ont rencontré de nouveaux partenaires commerciaux, et nos membres les plus jeunes s'y sont vu proposer des offres d'emploi et y ont forgé des amitiés pour la vie », peut-on lire sur le site.

Depuis lundi cependant, le club a enlevé de son site toute référence à ses activités de réseautage parmi les avantages d'être membre.

La direction explique par ailleurs dans un communiqué qu'elle organise des rencontres mixtes, mais dit ne pas pouvoir permettre aux femmes d'être membres en raison du manque de place dans les bâtiments actuels.

Un lieu de débat

La ministre de la Condition féminine, Rochelle Squires, a refusé de dire si elle souhaite la fin des clubs réservés aux hommes à Winnipeg. La progressiste-conservatrice a plutôt souligné son soutien au droit de Mme Moskal « de prendre la parole sur une question que [la femme d’affaires] a à coeur ».

Je pense que le dialogue est toujours bénéfique, et je suis vraiment contente de voir autant de gens débattre de la question.

Rochelle Squires, ministre de la Condition féminine

La présidente-directrice générale du World Trade Centre de Winnipeg, Mariette Mulaire, partage le point de vue de Jodi Moskal quant aux clubs réservés aux hommes.

« C’est vraiment très archaïque comme façon de penser. Nous sommes en 2018. Je crois que le moment est venu de nous pencher sur ce genre de situation. Peut-être que ça ne nous a jamais effleuré l’esprit, mais maintenant que la question a été formulée, il est important que nous l’examinions et que nous la prenions au sérieux. »

Un riche patrimoine d’exclusion

L’ancienne mairesse de Winnipeg Susan Thompson dit que ce sont les mêmes raisons qui lui ont été opposées lorsqu'elle a tenté sans succès d'adhérer au club il y a 30 ans.

Elle avait à l'époque repris l'entreprise familiale spécialisée dans la sellerie, mais on lui a refusé l'adhésion à divers clubs d'affaires parce qu'elle était une femme. Au Carlton Club, où la Winnipégoise était inscrite comme associée, elle ne pouvait rentrer qu'avec son père.

L'ancienne mairesse de Winnipeg, Susan A. ThompsonL'ancienne mairesse de Winnipeg, Susan A. Thompson, est tout sourire lors de la cérémonie où son nom a été donné à l'immeuble administratif de l'hôtel de ville. Photo : Radio-Canada / Bartley Kives

Par ailleurs, elle était autorisée à déjeuner au Manitoba Club, mais devait utiliser la porte latérale pour y entrer. Et après avoir postulé chaque année pendant huit ans, Susan Thompson est finalement devenue la première femme membre du Rotary Club de Winnipeg.

Des idées qui persistent

Quant à la spécialiste en communication Suzie Erjavic Parker, celle-ci met en cause une certaine image de l'homme véhiculée sur le site du club de squash et sur les médias sociaux. « Il ne s'agit pas d'hommes d'un certain âge dont on attendrait ce genre de conception d'un autre âge », estime-t-elle.

« Et je me demande ce qui passe avec les hommes de ma génération qui pensent encore que cela est acceptable. Parce que ces hommes sont mariés, ont certainement des petites filles, et sont membres d'un club qui n'accepterait pas leurs femmes ni leurs filles. Pourquoi les hommes ne se posent-ils pas cette question en 2018? »

Manitoba

Égalité des sexes