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Réduire la consommation de sel des Canadiens, un processus laborieux

Une personne met du sel dans sa casserole sur le feu.

Les principaux aliments qui contribuent à l'apport en sodium sont les pains, les viandes transformées, les soupes, les fromages, les mets combinés et les sauces.

Photo : getty images/istockphoto / Neustockimages

Radio-Canada

Réduire la quantité de sel dans l'assiette des Canadiens prend plus de temps que prévu. Selon un récent rapport de Santé Canada, l'industrie alimentaire a échoué à atteindre les cibles suggérées en 2012. Un constat jugé décevant par des organismes de la santé, qui devront encore s'armer de patience.

Un texte de Valérie Boisclair

Selon le rapport du ministère, en cinq ans, seulement 14 % de l’industrie a réussi à atteindre les cibles. « La réduction du sodium dans les aliments transformés s’est avérée beaucoup plus faible qu’anticipée », admet Santé Canada. La teneur en sel a même augmenté dans certaines catégories d'aliments.

Sur une base volontaire, l’industrie agroalimentaire avait été appelée en 2012 à apporter sa contribution à la réduction de la quantité de sel dans les aliments transformés, qui représentent 77 % de l’apport en sodium des Canadiens.

Mais aux yeux de l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ), les efforts de l’industrie pour atteindre les cibles volontaires sont « pour le moins décevants ».

Même son de cloche du côté de l'association Les diététistes du Canada. « Nous espérions des résultats plus positifs. Nous sommes déçus de voir le peu de progrès », a réagi sa porte-parole, Kate Comeau.

Le sel, que l’ASPQ qualifie de « nouvel ennemi public », continue de se retrouver en trop grande quantité dans le régime alimentaire des Canadiens. Selon des données compilées en 2004 par Santé Canada, la consommation moyenne de sel s'élève à 3400 mg par jour. Normalement, on recommande de consommer un maximum de 1500 mg à 2300 mg de sel par jour.

La consommation en sodium est trop élevée chez 80 % des Canadiens et chez 93 % des enfants de 4 à 8 ans.

Le plan d’action du ministère, qui vise ultimement à remédier aux problèmes de santé publique qu’engendre une trop grande consommation de sel, prévoyait une réduction à 2300 mg en moyenne par jour d’ici la fin de 2016, soit l'équivalent d'une cuillère à thé.

Risques liés à une assiette trop salée

« Un excès de sodium peut conduire à l’hypertension, qui est un facteur de risque majeur pour les maladies du cœur », rappelle le Dr Alfred Aziz, chef de la Division des règlements et des normes en nutrition pour Santé Canada.

Près du quart des Canadiens ont reçu un diagnostic d'hypertension, selon l'Agence de la santé publique du Canada.

L’idée n’est pas de jouer au Big Brother et de dicter aux gens ce qu’ils ne doivent pas manger, mais de prévenir les troubles néfastes.

Paule Bernier, présidente de l’Ordre professionnel des diététistes du Québec, en entrevue à Sur le vif

Selon Paule Bernier, présidente de l’Ordre professionnel des diététistes du Québec, l’industrie alimentaire canadienne doit s’attaquer plus sérieusement à la réduction de la teneur en sodium dans ses aliments.

« La consommation de sel est très liée aux accidents vasculaires cérébraux. En ce sens, je pense que les transformateurs ont une responsabilité publique », a-t-elle exprimé au micro de Sur le vif sur les ondes de Radio-Canada, le 15 janvier dernier.

Le sodium, un nutriment complexe

Santé Canada avait déjà vu poindre à l’horizon les résultats décevants annoncés dans son dernier rapport. En 2015, le ministère avait procédé à une évaluation de 15 des 94 catégories d'aliments établies en 2012. « On savait qu’il y aurait des défis », concède le Dr Aziz.

L’évaluation des cibles pour chaque catégorie avait déjà représenté un travail de taille. Outre pour le goût, le sel entre dans la préservation des aliments.

Un autre défi était de prendre en compte la consommation des Canadiens. Par exemple, la teneur en sodium de certaines catégories peut être plus élevée, mais les aliments ne se retrouvent pas souvent au menu. C’est le cas notamment des condiments et des sauces orientales.

À l’opposé, d’autres produits représentent un bien moindre apport en sodium, mais se retrouvent plus régulièrement dans les assiettes, comme le pain.

« Le sodium est un nutriment un peu complexe, parce qu’on en a tout de même besoin pour maintenir une bonne santé », explique Dr Aziz.

Un homme se tient devant les rayons d'une épicerie, où s'alignent des pots de fromage à la crème, de tartinades et de crème sûre.

Le fromage à la crème et les tartinades comptent au nombre des aliments où Santé Canada n’a pas observé de « progrès significatifs ».

Photo : Associated Press / Tony Dejak

Consciente des habitudes de consommation et des goûts des Canadiens, l’industrie alimentaire ne pliera pas d’elle-même pour offrir des produits plus fades du jour au lendemain, s’entendent pour dire les organismes de santé.

En donnant aux transformateurs une période de cinq ans pour atteindre les cibles, Santé Canada espérait que cette approche « graduelle » ne brusquerait pas les consommateurs.

« Plus on mange des aliments salés, plus notre seuil de détection s’élève : ça nous prend encore plus de sel et de sodium pour y goûter », indique Mme Bernier.

Si l’industrie avait respecté les cibles et avait progressivement diminué la teneur en sodium, « le goût et l’appréciation de l’aliment auraient dû demeurer les mêmes, au final », souligne-t-elle.

Les hauts et les bas des cibles volontaires

La cible de 2300 mg semble « réaliste » et pourrait être atteinte, selon les Diététistes du Canada, si le ministère arrive à mettre en place toutes les mesures suggérées dans sa Stratégie en matière de saine alimentation de 2017.

Santé Canada propose entre autres d’apposer un symbole sur le devant des emballages des produits à forte teneur en sodium et d’imposer des restrictions aux publicités pour des boissons et aliments « malsains » destinées aux enfants. Or, ces initiatives font encore l'objet de discussions avec l'industrie.

Depuis le début des démarches, l’approche préconisée est basée sur les efforts volontaires de l’industrie, « un problème majeur » selon Yves G. Jalbert, spécialiste de contenu à l'ASPQ.

Il est là le problème : on demande à l’industrie de s’autoréglementer.

Yves G. Jalbert, spécialiste de contenu à l'ASPQ

Le Dr Aziz demeure confiant face à la stratégie adoptée par Santé Canada. « Prenez l’exemple du Royaume-Uni. Ils étaient les premiers à mettre en place une stratégie basée sur la réduction volontaire. L’approche a porté fruit, mais elle avait aussi son lot de défis », explique-t-il.

Ailleurs dans le monde, la Finlande est vue comme une figure de proue dans la lutte contre la réduction du sodium dans l’alimentation, qui a débuté dans les années 80.

Difficile ne pas tracer de parallèle entre les initiatives proposées par Santé Canada et les mesures adoptées en Finlande, où le gouvernement a beaucoup misé sur la sensibilisation, grâce à des campagnes médiatiques d’envergure, tout en imposant l’étiquetage obligatoire sur les aliments à haute teneur en sel.

En 2010, le groupe de travail sur le sodium du gouvernement du Canada a souligné les progrès réalisés en Finlande. « L’industrie a modifié la composition d’une variété de groupes de produits pour réduire leur teneur en sel d’environ 20 à 25 % », écrit-il.

L'étiquette nutritionnelle d'une canette de boisson gazeuse.

En plus de faire cuire les aliments à la maison, les Diététistes du Canada recommandent de bien consulter les étiquettes nutritionnelles des produits. L’idéal se situe entre 5 et 15 % de sodium par portion.

Photo : Getty Images / Spauln

« Je reste optimiste à cause de toutes les mesures que nous tentons de mettre de l’avant. Beaucoup de progrès reste à venir », résume le Dr Aziz, qui rappelle que les initiatives doivent entrer en vigueur d’ici la fin du mandat des libéraux à Ottawa.

Les organismes de la santé attendent pour leur part les résultats de données collectées en 2015 par Santé Canada, qui pourront donner une meilleure idée de la consommation en sodium des Canadiens à ce jour. Mais fort est à parier que les habitudes n’auront pas beaucoup changé, croit la porte-parole des Diététistes du Canada, Kate Comeau.

Pour la suite, Santé Canada doit rencontrer des représentants de l'industrie et des experts scientifiques afin de faire le point sur les piètres résultats des transformateurs. Les cibles volontaires demandées à l'industrie pourraient être modifiées en conséquence, selon le Dr Aziz.

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