•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La question de l'avortement s'invite dans un programme fédéral d'emplois d'été

Une jeune femme qui travaille à un ordinateur

De nombreux organismes qui emploient des étudiants pendant l'été font appel au programme d'aide financière du gouvernement fédéral.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les organismes qui font une demande au programme Emplois d'été Canada doivent attester qu'ils se conforment à la Charte canadienne des droits et libertés, ce qui dérange des groupes pro-vie.

Le directeur adjoint de l’École catholique d’évangélisation, située à Saint-Malo, au Manitoba, Kevin Prada, voit mal comment il pourrait déposer une demande au programme Emplois d'été Canada (EEC) cette année, comme il le fait normalement à ce moment de l'année.

Le programme demande aux organismes demandeurs d'attester que « l'emploi offert et le mandat principal de l'organisme sont conformes aux droits de la personne au Canada, notamment aux valeurs sous-jacentes à la Charte canadienne des droits et libertés ainsi que d'autres droits ». Une mesure nouvelle cette année qui peut apparaître consensuelle, mais qui pose des problèmes à certains organismes.

Une des sources de problème est que, quand le gouvernement fédéral invoque les valeurs sous-jacentes à la Charte, il inclut aussi des droits en matière d'avortement : « Les droits des femmes font partie des droits de la personne, ce qui comprend les droits sexuels et reproductifs, ainsi que l’accès à des avortements sûrs et légaux. Ces droits sont au cœur des politiques intérieures et étrangères du gouvernement du Canada. »

Le droit à l'avortement pose un problème

« Nous n’avons aucun problème à dire que nous souscrivons aux droits de la personne et à la Charte canadienne des droits et libertés, précise Kevin Prada. Mais, pour nous, le droit à l’avortement n’est pas spécifiquement inclus dans la Charte. De plus, nous, nous souscrivons aux normes et aux enseignements de l’Église catholique, alors nous ne serons pas capables de signer l’attestation requise. »

Le programme d’emplois d’été permet à l'école, en général, de payer le salaire d'un à trois étudiants pendant l’été, selon les années. Si l’Église catholique d’évangélisation ne peut faire appel au programme cet été, ce sont les familles qui inscrivent leurs enfants aux camps qui en subiront les conséquences, déplore Kevin Prada. « Nous devrons augmenter le coût des camps. Ça nous fait mal comme organisme, mais ça fait surtout mal aux jeunes et à leurs familles. »

M. Prada dit avoir eu l’occasion de parler avec des députés de ses préoccupations.

Une mesure discriminatoire?

Dans une entrevue à CBC, le député conservateur de la circonscription de Provencher, Ted Falk, a déclaré que ces nouvelles règles du jeu sont discriminatoires. ll craint aussi qu'elles ne fassent baisser le nombre d’emplois pour les étudiants. « Les Canadiens devraient tous être préoccupés par ce que ces changements représentent », s’est-il inquiété.

Je pense qu’il est vraiment troublant de constater qu’un gouvernement impose un test de valeurs à ses citoyens pour qu’ils puissent être admissibles à un programme gouvernemental.

Ted Falk, député conservateur de la circonscription fédérale de Provencher

Dans le Guide du demandeur, accessible en ligne, destiné à appuyer les organismes qui font une demande, l'EEC écrit : « L’objectif de ce changement est de veiller à ce que le financement du gouvernement ne soit pas versé à des organismes dont le mandat ou les projets pourraient ne pas être conformes aux droits de la personne, y compris aux valeurs sous-jacentes à la Charte des droits et libertés et la jurisprudence qui en découle. Ceci permettra de s’assurer que les jeunes, ce qui comprend ceux âgés d’à peine 15 ans, ne soient pas exposés à des organismes dont les emplois vont à l’encontre des valeurs contenues dans la Charte des droits et libertés et la jurisprudence qui en découle. »

« L'attestation est requise pour que la demande soit considérée [comme] complète et admissible à l'évaluation », y précise-t-on également.

Cependant, le guide indique aussi que « le fait qu'un organisme est affilié à une religion ne constitue pas en soi une inadmissibilité à ce programme ».

« On ne peut pas signer cela, maintient Kevin Prada. Ce qui nous fait hésiter, c’est qu’on ne peut pas dire que ça fait partie du mandat de notre organisme. »

Il s’interroge aussi sur le sens de cette démarche du fédéral. « Pour moi, les droits et libertés, c’est aussi le droit à la liberté de conscience et de religion, dit-il. Être pro-vie ou être pro-choix, ce n’est pas quelque chose de légal ou d’illégal. »

Ted Falk qualifie « d’hypocrite et inappropriée » la démarche du fédéral qui « pour respecter la Charte des droits et libertés, est discriminatoire envers des gens ».

Pas automatiquement invalide

La ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’oeuvre et du Travail, Patricia Hadju, a défendu vendredi dernier l’approche du gouvernement et dit travailler avec les organisations confessionnelles pour leur faire comprendre que les demandes qu’elles déposeront ne seront pas automatiquement rejetées.

Ted Falk estime de son côté que le gouvernement doit simplement reculer sur cette question.

Des valeurs inclusives

Au Conseil jeunesse provincial (CJP), un « organisme par et pour les jeunes, qui est inclusif », le président, Derrek Bentley, explique ceci :« L'inclusion est une de nos valeurs organisationnelles. Ce que nous priorisons est toujours la protection des jeunes et la création d'espaces sécuritaires en tout temps. Si les nouvelles attestations permettent à un plus grand nombre de jeunes de se sentir en sécurité et valorisés dans le cadre d'un programme d'emploi, le CJP croit que cela devrait être la priorité. »

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Politique fédérale

Politique