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ALENA : un nouvel accord permettra-t-il d’éviter les délocalisations?

Donald Trump a visité l'usine de Carrier à Indianapolis, le 1er décembre 2016.

Photo : Reuters / Mike Segar

Radio-Canada

Donald Trump a souvent attribué à l'ALENA les pertes d'emploi dans le secteur manufacturier aux États-Unis. Afin de dissuader les entreprises de délocaliser leurs usines au Mexique, Ottawa propose qu'un accord modernisé impose des normes de travail plus élevées partout sur le continent. Les Américains accepteront-ils cette suggestion?

Un texte de Raphaël Bouvier-Auclair

Pour comprendre comment cette proposition est perçue chez nos voisins du sud, nous nous sommes rendus dans l'État de l'Indiana, où les délocalisations se sont multipliées ces dernières années.

L’usine de l’entreprise Rexnord, en périphérie d’Indianapolis, a déjà connu de meilleurs jours. Son stationnement est vide, et le nom de l'entreprise n'est plus indiqué au bord de la route.

Les 350 employés de l’usine ont quitté leur travail pour la dernière fois en avril.

La fermeture de l'usine rappelle de mauvais souvenirs à Kyle Beaman. Nous rencontrons l’homme de 63 ans sur son ancien lieu de travail. C’est la première fois qu’il y met les pieds depuis son licenciement.

Kyle Beaman, ancien employé de Rexnord.

Kyle Beaman, ancien employé de Rexnord.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Son poste payé 22 $ de l’heure a été transféré au Mexique à un salaire d’un peu plus de 3 $ de l'heure.

Le secteur manufacturier a fait la force de ce pays. Tout ça est en train de s’en aller.

Kyle Beaman, ancien travailleur de Rexnord

Rexnord n’est pas la seule entreprise installée à Indianapolis à avoir décidé de délocaliser des emplois au Mexique. À moins de trois kilomètres de là, la compagnie Carrier a aussi fait ce choix.

Ces décisions sont devenues très politiques. Pendant la campagne présidentielle, ces délocalisations ont été fortement critiquées par Donald Trump, alors candidat républicain.

Après son élection, Donald Trump s’est même rendu à Carrier, en promettant que « les compagnies n’allaient plus quitter les États-Unis sans conséquence ».

Le président élu était alors parvenu à une entente avec l’entreprise. Certains postes ont été sauvés, mais pas tous.

Le 11 janvier dernier, lors de notre passage à Indianapolis, plus de 200 travailleurs quittaient l’usine de manière définitive. Renee Elliott était du nombre.

Renee Elliott a perdu son emploi chez Carrier le 11 janvier.

Renee Elliott a perdu son emploi chez Carrier le 11 janvier.

Photo : Radio-Canada / Thierry Laflamme

Je sais que je ne travaillerai plus jamais dans ce genre de poste, d’endroit ou d’environnement.

Renee Elliott, ancienne travailleuse de Carrier

Comme plusieurs de ses collègues, elle blâme l’ALENA qui, selon elle, a favorisé les délocalisations vers le Mexique où les normes de travail sont moins contraignantes, et les salaires, moins élevés.

De meilleures conditions de travail?

C'est pour éviter ce genre de situation qu'Ottawa propose de meilleures conditions de travail partout en Amérique du Nord, dans le cadre de la renégociation de l’ALENA.

Le gouvernement Trudeau aimerait entre autres que les trois partenaires s’engagent à respecter certaines ententes internationales dans ce domaine. En ce moment, la question des droits des travailleurs fait partie d’un accord parallèle à l’ALENA qui n’est pas contraignant.

Un enjeu sensible

Cette proposition aurait pu intéresser l’administration Trump, mais une source bien informée à Ottawa indique que les discussions sur le travail font partie « des plus difficiles » autour de la table de négociation.

C’est qu’au sein même des États-Unis, plusieurs États ont de faibles normes en matière de syndicalisation et de salaire, ce qui leur permet d’encourager des entreprises à s’installer sur leur territoire.

Leurs autorités politiques n’ont pas l’intention de se faire imposer des mesures plus restrictives.

On appelle ça une course vers le bas, où il y a une surenchère d’un État vers l’autre qui dit : " Venez chez nous, nous sommes encore plus antisyndical qu’eux autres, notre salaire minimum est plus bas".

Marc Bilodeau, professeur d'économie, Indiana University-Purdue University Indianapolis

« Donald Trump doit dire : "Au diable l'ALENA" »

En plus de son emploi, Frank Staples a perdu son assurance-santé. Il a accumulé une dette de 2 milions de dollars pour des opérations chirurgicales au coeur.

En plus de son emploi, Frank Staples a perdu son assurance-santé. Il a accumulé une dette de 2 milions de dollars pour des opérations chirurgicales au coeur.

Photo : Radio-Canada / Thierry Laflamme

Le travailleur Frank Staples, rencontré à Indianapolis, salue l'initiative canadienne concernant les droits des travailleurs. Mais selon lui, un tel geste ne sera pas suffisant pour sauver des emplois.

Ce que Donald Trump doit dire, c'est : " Au diable l'ALENA et les autres pays et leurs produits. Il faut le produire aux États-Unis, l'acheter aux États-Unis ".

Frank Staples, ancien travailleur de Carrier

De nombreux travailleurs rencontrés en Indiana ont fait confiance à Donald Trump en 2016. Un an après son entrée en fonction, la pression s'accentue pour que le président pose un geste fort et que sa promesse de renforcer le secteur manufacturier donne des résultats concrets.

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