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Cannabis au travail : des patrons inquiets pour la sécurité de leurs employés

Un homme refuse un joint.

Des employeurs ont des craintes par rapport à la sécurité des employés, à quelques mois de la légalisation du cannabis au Canada.

Photo : iStock / chabybucko

Radio-Canada

La majorité des employeurs néo-brunswickois sont préoccupés par l'impact de la légalisation du cannabis sur le milieu du travail. Ils s'inquiètent pour la sécurité des employés et se posent des questions sur leurs droits et responsabilités.

Un texte de Catherine Allard

Les employeurs sont tenus par la loi d’assurer la sécurité de leurs employés et celle du public. Ils constatent cependant qu’ils ont peu de moyens de s’assurer qu’un employé ne travaille pas sous l'effet de la drogue.

Les lendemains de la légalisation inquiètent environ 60 % des employeurs, selon un récent sondage du Conseil économique du Nouveau-Brunswick. Le patronat craint, par exemple, d’être accusé de négligence si un employé impliqué dans un accident de travail est sous l'influence de la marijuana.

60 % des employeurs sont inquiets de l'impact de la consommation de cannabis sur la productivité de leur entreprise et la sécurité au travail

Source : Conseil économique du Nouveau-Brunswick

Le président du Conseil économique, Thomas Raffy, estime que « les employeurs sont les grands oubliés de la légalisation » et réclame la création de lignes directrices plus claires afin de protéger les employeurs et les employés.

« Il faut s’assurer que la loi est assez solide pour protéger les entreprises. Il faut les aider à comprendre comment elles peuvent se protéger dans les cas où des employés pourraient potentiellement consommer du cannabis », dit-il.

Le président du Conseil économique du Nouveau-Brunswick, Thomas Raffy.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le président du Conseil économique du Nouveau-Brunswick Thomas Raffy

Photo : Radio-Canada / Catherine Allard

Davantage d’employés consommeront du cannabis?

Des lois et règlements existent déjà concernant l’alcool et la drogue en milieu de travail.

La légalisation du cannabis, prévue pour juillet 2018, ne change rien à l’application de la réglementation. Certains employeurs craignent cependant que le nombre d’employés qui consomment du cannabis à usage récréatif n'augmente.

Le PDG de l’entreprise d’exploration minière Major Drilling, Denis Larocque, croit que les entreprises canadiennes ont raison de s'inquiéter de la légalisation. Son entreprise a des activités au Colorado, où la marijuana à usage récréatif est légale depuis 2014.

Il estime que le nombre d’employés qui ont présenté des résultats positifs lors d’un test de dépistage de drogue a doublé dans les mois qui ont suivi la légalisation.

On a vu une augmentation notable dans les tests qui étaient ratés chez nos gens du Colorado quand ça a été légalisé, c’est définitif.

Denis Larocque, PDG de Major Drilling

Le restaurateur de Moncton Gilles Ratté croit que la légalisation ne va pas représenter un problème supplémentaire en milieu de travail.

« Je ne crois pas que parce que c’est légal, ça va être un problème additionnel. Les gens consomment déjà du cannabis en milieu de travail, dans notre domaine », dit Gilles Ratté, qui embauche plus d’une centaine de personnes.

On ne favorise pas ça, mais il y a une certaine limite au contrôle et à notre capacité de reconnaître qui est en état ou pas.

Gilles Ratté, président du Groupe culinaire
Un homme consomme du cannabis Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un homme consomme du cannabis

Photo : iStock

Le casse-tête des tests de dépistage

Les tests de dépistage de drogue disponibles sur le marché actuellement permettent de savoir si la personne a consommé de la marijuana dans le dernier mois. Ces tests ne permettent cependant pas de déterminer quand l’employé a consommé la drogue, ni s’il est encore sous son effet.

« Les employés essaient de nous convaincre en disant qu’ils ne brisent aucune loi. Mais nous, on ne peut pas se permettre d’avoir des doutes et c’est le doute qui nous cause des problèmes », explique Denis Larocque, en évoquant l’exemple du Colorado.

Je ne pense pas que les employeurs canadiens sont prêts et on ne sera définitivement pas prêts pour le 1er juillet.

Denis Larocque, PDG de Major Drilling

Un avocat spécialisé en droit du travail, Joël Michaud, déplore que les tests qui existent actuellement pour dépister la présence de cannabis ne soient pas assez précis pour avoir une valeur légale. Selon lui, un employeur aurait beaucoup de difficulté à prouver qu’un employé est sous l'influence de la marijuana, même avec un test positif.

« Un test qui nous dit qu’il y a eu consommation de marijuana un mois passé n’est aucunement pertinent. C’est difficile de faire une hiérarchie des droits entre l’employeur et l’employé. Le droit va sûrement évoluer dans les deux ou trois prochaines années », précise Joël Michaud.



Votre patron a-t-il le droit de vous faire passer un test de dépistage de drogue?

Votre employeur doit respecter votre droit à la vie privée et ne peut pas vous obliger à passer un test de dépistage de drogue. Il existe cependant des exceptions précises, reconnues par les tribunaux, dans les cas suivants :

1. l'employé occupe un poste à risque, et la consommation de stupéfiants met en danger la sécurité du travailleur, celle de ses collègues ou celle du public en général (ex : opérateur de machinerie lourde);

2. l'employé a déjà connu des problèmes liés à la consommation de drogues;

3. un accident lié à la consommation de stupéfiants est survenu dans l'entreprise;

4. l'employeur a des motifs raisonnables de croire qu’un employé se présente au travail sous l’influence de drogues.

Source : Ordre des conseillers en ressources humaines agréés



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