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Ankara accuse Washington de vouloir créer une armée de « terroristes » kurdes en Syrie

Recep Tayyip Erdogan, devant un micro.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan, lors d'un discours prononcé lundi, à Ankara. Photo: La Presse canadienne / AP/Yasin Bulbul
Radio-Canada

Le président turc Recep Tayyip Erdogan dénonce avec véhémence la décision de la coalition militaire dirigée par les États-Unis de créer d'une nouvelle force transfrontalière de 30 000 combattants, dont des Kurdes, sur le territoire syrien.

« L’Amérique a avoué qu’elle était en train de constituer une armée de terroristes à notre frontière. Ce qui nous revient à nous autres, c’est de tuer dans l’œuf cette armée terroriste », a-t-il tonné lors d’un discours prononcé lundi, à Ankara.

Un pays que nous appelons allié insiste pour créer une armée terroriste à notre frontière. Que peut cibler cette armée, sinon la Turquie?

Recep Tayyip Erdogan

La création de cette nouvelle « Force de sécurité frontalière » a été annoncée dimanche par la coalition militaire. L’objectif est « d’empêcher la résurgence » du groupe armé État islamique (EI), dont les combattants sont aujourd’hui retranchés dans quelques poches en Syrie.

Selon la coalition, elle sera composée à moitié par des membres des Forces démocratiques syriennes (FDS), une force dominée par les Unités de protection du peuple kurde (YPG), mais comprenant aussi des combattants arabes.

Les FDS ont été des alliés de Washington dans sa volonté de décimer l’EI. Ses forces ont notamment repris cet automne le contrôle de Raqqa, capitale de l’EI en Syrie, avec l’aide de frappes aériennes de la coalition.

Ankara associe toutefois les combattants de l’YPG au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), la guérilla contre laquelle le gouvernement turc se bat depuis plus de trois décennies dans l’est du pays.

Le PKK est aussi considéré par Washington comme une organisation terroriste.

Des combattants des Forces démocratiques syriennes célèbrent leur reprise de Raqqa des mains du groupe armé État islamique.Des combattants des Forces démocratiques syriennes célèbrent leur reprise de Raqqa des mains du groupe armé État islamique. Photo : Reuters / Erik de Castro

Une force qui verra le jour « au cours des prochaines années »

Selon ce que la coalition militaire a annoncé dimanche, la force frontalière de 30 000 hommes sera créée « au cours des prochaines années », et sera composée à parts égales de membres des FDS et de nouvelles recrues.

Les membres de la nouvelle force transfrontalière patrouilleraient à la frontière turque dans le nord, à la frontière irakienne dans l’est, mais aussi à la lisière du territoire contrôlé par le régime syrien.

« Il y a environ 230 individus qui sont en train d’être entraînés », a précisé le porte-parole de la coalition, le colonel Ryan Dillon.

Un porte-parole des FDS, Mustefa Bali, a confirmé que cette nouvelle force sera créée et que les entraînements avaient déjà commencé.

« Nous sommes en transition vers une nouvelle phase de coordination entre nous et la coalition internationale », a-t-il déclaré. « Les vastes zones et villes ayant été libérées ont besoin de quelqu’un pour les protéger. »

« Il y a des menaces de l'État turc. Le régime [syrien] a aussi déclaré plus d'une fois qu'il attaquerait », a pour sa part commenté une politicienne kurde, Fawza Youssef.

Pour empêcher toute attaque, il doit y avoir une force de dissuasion qui protège la frontière entre nos zones et les autres. Et nous devons protéger les endroits que nous avons libérés.

Fawza Youssef, politicienne kurde

« Tant qu'un règlement politique n'aura pas été conclu en Syrie, ces zones ont besoin de protection. Actuellement, il n'y a aucune garantie », a encore dit Mme Youssef. « Ces forces sont syriennes et elles protégeront le sol syrien des agresseurs. »

Les FDS contrôlent environ 25 % du territoire syrien. L’essentiel de ce territoire est situé dans le nord-est du pays, et comprend notamment Raqqa, Hassaké et Qamishli.

Ils contrôlent aussi un petit territoire situé dans le nord-ouest autour d’Afrin, le long de la frontière turque.

Ankara ne veut rien savoir de la présence de combattants kurdes à sa frontière. À l’été 2016, elle a appuyé d’autres rebelles syriens qui ont repoussé des combattants de l’EI qui se trouvaient le long de sa frontière, entre les deux zones contrôlées par les FDS.

Cette offensive avait un autre objectif, longtemps affirmé haut et fort par M. Erdogan : empêcher les Kurdes de faire la jonction entre les deux zones qu’ils contrôlent dans le nord de la Syrie et de disposer d’un vaste territoire continu le long de sa frontière.

Des combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS) près de véhicules militaires américains aux abords de Manbij, dans la province d’Alep, en Syrie, le 7 mars 2017, soit deux mois avant l’offensive menée à Raqqa.Des combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS) près de véhicules militaires américains aux abords de Manbij, dans la province d’Alep en Syrie, le 7 mars 2017, soit deux mois avant l’offensive menée à Raqqa. Photo : La Presse canadienne / Arab 24/AP

Opérations militaires turques à venir dans le nord de la Syrie?

M. Erdogan a d’ailleurs affirmé lundi que l’armée turque est prête à lancer une opération « à tout moment » contre les YPG à Afrine et Manbij, dans le nord-est syrien.

« Les préparatifs sont terminés, l’opération peut commencer à tout moment », a indiqué le président turc, ajoutant que « les opérations se [poursuivraient] jusqu’à ce qu’il ne reste plus un seul terroriste ».

Ankara et Washington sont des alliés au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), mais leurs relations sont devenues particulièrement tendues au fur et à mesure que la Syrie s’enfonçait dans la guerre.

Ankara demeure toutefois beaucoup plus engagé que Washington dans le conflit. Avec la Russie et l’Iran, deux alliés du régime syrien, la Turquie a joué un rôle déterminant dans la conclusion d’un accord de cessez-le-feu sur le territoire.

La création annoncée d’une nouvelle force transfrontalière a aussi été dénoncée par Damas et Moscou.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a soutenu lundi que cette initiative prouve que les États-Unis « ne veulent pas préserver l’intégrité territoriale de la Syrie » et que cela « n’aide pas à calmer la situation ».

La Syrie a pour sa part fait savoir dimanche qu’elle « condamne fermement l’annonce américaine concernant la formation d’une milice armée », selon ce qu’a déclaré une source du ministère des Affaires étrangères citée par l’agence officielle SANA.

Cela constitue « une atteinte flagrante à la souveraineté et à l’intégrité du territoire syrien, et une violation du droit international », a ajouté cette même source. « La Syrie considère tout citoyen syrien qui participe à des milices […] comme un traître à la nation ».

La télévision d'État syrienne a également cité un responsable du même ministère selon qui l'armée syrienne est déterminée à « mettre fin à toute présence américaine » en Syrie. Selon le Pentagone, quelque 2000 soldats américains sont actuellement déployés dans le pays.

Syrie : l'engrenage de la guerre
Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

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